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A MON ARBRE,

Je n'ai que toi, mon arbre, en ce triste univers:
Aussi n'est-ce qu'à toi que j'adresse mes vers;
A toi qui fus planté des mains de mon amie,
A tes pieds maintenant pour jamais endormie!
De la Parque, dit-on, qui nous moissonne tous
Minerve ni Vénus ne craignent point les coups :
Et cependant la tombe enferme Eléonore!
Le sort qui me condamne, hélas! à vivre encore,
Me frappant au lieu d'elle, eût exaucé mes væux.
Que je te porte envie, arbre chéri des dieux !
De nos folles erreurs tu méconnais l'ivresse.
Le ciel, qui d'amertume a nourri ma jeunesse,
De ton heureux printems craint de troubler la paix ;
Il défend aux Amours de te lancer leurs traits.
Quand sa rigueur m'opprime il semble te sourire :
Au bonheur de ton sort ici bas tout conspire:
Au plus léger péril qui vient te menacer
Tu vois autour de toi les mortels s'empresser;

On te donne un soutien lorsque dans sa furie
L'impétueux Borée a menacé ta vie.
Tu ne connus jamais l'injure des saisons;
De chaume enveloppé, tu braves les glaçons;
Et lorsque, ramenant l'ardente canicule,
Apollon en courroux de ses rayons nous brûle;
Que la triste naïade, au milieu des roseaux,
Pour éteindre sa soif a trop peu de ses eaux,
Une onde salutaire, à tes pieds épanchée,
Abreuve autour de toi la terre desséchée.

La

L'épouse du Zéphir, t'accablant de faveurs,
Dès tes plus jeunes ans te couronne de fleurs.
Dans un âge plus mûr tu nous combles de joie:
Les présens que par toi Pomone nous envoie
Te font chez les humains une foule d'amis.
Mais, nous dès la jeunesse aux passions soumis,
L'orgueil, l'ambition nous forgent mille entraves.
Fiers des préjugés vains qui nous tiennent esclaves,
Sans trouver le bonheur au bout de nos travaux,
Nous n'avons pour amis qu'un peuple de rivaux.
Chacun de nos instans compte plus d'un orage,
Et chaque jour pour toi s'écoule sans nuage.

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Moins passager que nous,

bravant l'aile du Tems,
Tu ne vois la vieillesse avancer qu'à pas lents;
Et, dans cet âge encore exempt de nos misères,
Tu sembles nous donner des avis salutaires :

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Tu nous fais souvenir que le héros, le roi
Malgré cent noms pompeux vieilliront avant toi;
Que tout

passe ici bas; mais sur nous la vieillesse
Attire les mépris de la folle jeunesse :
A nos sages conseils nous la voyons s’aigrir.
Nous voyons nos enfans à leur perte courir,
Sans

que de nos erreurs la triste expérience Les sauve des écueils où perit l'imprudence.

Le voile de la mort nous dérobe le jour,
Et, par l'affreux tombeau dévorés sans retour,
Nous ne laissons bientôt qu'une cendre stérile.
Mais après son trépas l'arbre est encore utile:
Quand le Zéphir s'enfuit, chassé par

les hivers,
Qu'aux noirs enfans du Nord il livre l'univers,
Près de l'arbre enflammé nous bravons leur furie:
La cabane du pauvre avec l'arbre est bâție;
L'arbre soutient aussi le faite des palais;
Et l'arbre qui long-tems régna sur les forêts
En vaisseau transformé va régner sur les ondes,
Et, vainqueur de Neptune, il unit les deux mondes.

Heureux arbre! pour toi les destins moins cruels
Sont avares des maux prodigués aux mortels.
Ah! ton sort est trop beau! tu vis, tu meurs tranquille;
Toujours aimé de nous, quoique toujours utile,
Toi seul fais des heureux sans faire des ingrats.
Ton ombre au dieu du jour dérobe les appas

Qu'à son jeune vainqueur abandonne une belle:
Après ses doux transports, de ton ombre fidelle
Qui couvrit ses plaisirs et voile son secret,
L'amant ne t'a jamais reproché le bienfait.
Tu n'as pas vu non plus dans le cours de ta vie
De mortel insensé dont la sombre folie
Osât te reprocher ou tes fruits ou tes fleurs :
Le bonheur est pour toi, quand pour moi sont les pleurs.
A tes pieds dès long-tems mon amante inhumée,
Bel arbre, en ta substance est déjà transformée.
Tes rameaux orgueilleux brillent de ses attraits;
Mais ton aspect sans cesse irrite mes regrets:
Le fruit qui t'enrichit, la fleur qui te décore
Me rappellent, hélas ! de mon Eléonore
Les attraits enchanteurs et la rare bonté.
Ah!

que bientôt du jour je perde la clarté;
A mon amante uvi, qu'à la saison nouvelle,
Mon arbre, dans tes fleurs je renaisse avec elle!

Par G. DE LA MADELAINE.

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LE BOSQUET DÉSENCHANTÉ.

Pourquoi dans cette aimable enceinte Du noir chagrin qui dévore mon cæur

Tout a-t-il pris la sombre empreinte? Léger zephyr, n’as-tu plus de fraîcheur? As-tu, tendre fauvette, oublié ton ramage? Vous

que l'ingrate aimait, vous, innocentes fleurs, Simple ornement de ce riant bocage, Qu'avez-vous fait de nos riches couleurs ?

Qu'avez-vous fait de nos douces odeurs? La nature a perdu son magique langage; Le charme qu'elle avait fut un charme imposteur: Ainsi

que

moi tout est morne, sauvage; Et ces beaux lieux dorment dans la langueur.

De son flambeau la Vérité m'éclaire;

Mais qu'elle est triste sa clarté!
Hélas ! faut-il que sa lumière
N'offre à mon vil épouvanté,

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