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Je ne crains plus la pétulance
Des faunes indiscrets que trouve sur le soir
La bergère qui veut reposer sous les hêtres:
Quand on ne les craint plus on cesse de les voir.

Adieu, divinités champêtres;
Adieu, dryades et sylvains;

Adieu, sylphes, charmans lutins,
Tous enfans de l'erreur, chers à la poésie.
Je ne me livre plus à ces illusions
Qui, sans tes vérités, triste philosophie,
Pourraient jusques au bout enchanter notre vie.

Oui, ces riantes fictions
Valent mieux mille fois que tes doctes leçons.

Je ne desire point les charmes

De la beauté, de la fraîcheur,
Ni des amans les soupirs, la langueur;

Sans regret je verrais leurs larmes:
L'amour n'est fait, hélas ! que pour les jeunes gens;
Douces réalités, transports, tendres mystères

Sont les trésors de leurs printems.
Ab! de cet âge heureux, de ce précieux tems
Je ne voudrais que les chimères.

Par Mme la marquise de ***

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LE POÈTE MALHEUREUX.

Vous que l'on vit toujours, chéris de la fortune,
De succès en succès promener vos desirs,
Un moment, vains mortels, suspendez vos plaisirs:
Malheureux!... ce mot seul déjà vous importune;
On craint d'être forcé d'adoucir mes destins:
Rassurez-vous, cruels! environné d'alarmes,
J'appris à dédaigner vos bienfaits incertains,
Et je ne viens ici demander que des larmes.

Savez-vous quel trésor eût satisfait mon cœur?
La gloire : mais la gloire est rebelle au malheur,
Et le cours de mes maux remonte à ma naissance.
Avant que, dégagé des ombres de l'enfance,
Je pusse voir l'abyme où j'étais descendu,
Pere, mère, fortune , oui, j'avais tout perdu.

Du moins l'homme éclairé, prévoyant sa misère ,
Enrichit l'avenir de ses travaux présens.
L'enfant croit qu'il vivra comme a vécu son père,
Et, tranquille, s'endort entre les bras du Tems,
La raison luit enfin, quoique tardive à naître.
Surpris il se réveille, et, chargé de revers,
Il se voit sans appui, dans un monde pervers,
Forcé de haïr l'homme , avant de le connaître.

que, tourmenté

Saison de l'ignorance, ô printems de mes jours !
Faut-il

par un instinct perfide,
J'aie à force de soins précipité ton cours,
Trop lent pour mes desirs, mais déjà si rapide !
Ou faut-il qu'aujourd'hui , sans gloire et malheureux,
Jusqu'à te desirer je rabaisse mes veux,
Pareil à cet aiglon qui, de son nid tranquille,
Voyant, près du soleil son père transporté,
Nager avec orgueil dans des flots de clarté,
S'élève, bat les airs de son aile indocile,
Retombe; et, ne pouvant le suivre que des yeux ,
En accuse son nid, et "un bec furieux
Le disperse brisé, mai

vain le regrette,
Quand, égaré dans l'on l'e, il erre sans retraite !

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Mais on admire, on aime, on soutient les talens :
C'est en vain qu'on voudrait repousser leurs élans;
Sur ses pâles rivaux renversant la barrière,
Le génie à grands pas marche dans la carrière.

Tos
Que

C'est vous qui l'assurez; et moi, que les destins
Ont toujours promené sur la scène du monde,
Je dis : (et ma jeunesse , en naufrages féconde,
Etudia long-tems les perfides humains,
Apprit où s'arrêtaient les forces du génie.)
« Le talent rampe et meurt s'il n'a des ailes d'or,
« Ou, vendant ses vertus, rare et noble trésor,

Lève un front couronné de gloire et d'infamie.»

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Que ne puis-je, ô mortels, être accusé d'erreur!
Quel que soit mon orgueil, oui, j'aimerais à croire
Que j'ai par trop d'audace irrité mon malheur;
Que je frappais sans titre aux portes de la gloire.
Il en coûte à mon cæur de vous croire méchans;
Mais expliquez, cruels! l'énigme de ma vie,
Ou rendez-moi raison de votre barbarie.
Dieu plaça mon berceau dans la poudre des champs;
Je n'en ai point rougi: maître du diadême,
De mon dernier sujet j'eusse envié le rang,
Et, honteux de devoir quelque chose à mon sang,
Voulu renaître obscur, pour

m'élever moi-même.
A l'âge où la raison sommeille, oisive encor,
La mienne impatiente ose prendre l'essor:
Au nom seul d'un grand hommeonvoit couler mes larmes.
Grand Dieu, ne puis-je encor m'élancer sur ses pas?
Condé bégaie à peine, il demande des armes,
Et, déjà plein de Mars, respire les combats.....
Dannez-moi des pinceaux. Qu'exiges-tu d'un père!
Mon fils, crois-moi, surmonte un penchant téméraire:

Tu veux chercher la gloire! Eh! ne sais-tu donc pas
Que les plus grands talens y montent avec peine;
Que, noircis par l'envie, accablés par la haine,
Tous ont vu le bonheur s'échapper de leurs bras?
Songe au sort de Milton, songe au destin d'Homère:
L'homme, ingrat de leur tems, a-t-il changé depuis?
Ah, mon fils! je suis pauvre, et tu n'as plus de mère;
Bientôt tu vas me perdre; où seront tes appuis?
Mon fils, crois-moi; mon fils, sors de ton indigence,
Et vers la gloire alors dirige tes travaux,
Au nom de tous les soins qu'on prend de ton enfance,
Parmes cheveux blanchis. Donnez-moi des pinceaux!
Hé bien, vis à ton gré; je te livre à toi-même,
Ingrat! mais, en suivant ta folle passion,
Crains un père, reçois sa malédiction.
Vous pleurez !... Ah, mon fils... votre père vous aime;
Ecoutez. -Des pinceaux! Moi, sillonnant les mers,
J'aurais donc, sur la foi du zephyr infidèle,
Poursuivi la fortune au bout de l'univers,
Et peut-être , pour prix de mon avare zèle,
Enterré sous les flots, en revenant au port,
Et mes jours et mon nom! Qui peut vaincre la mort?
Qu'à son gré l'opulence, injuste et vile amante,
Berce sur le damas ce parvenu grossier,
Et laisse le poète, à l'ombre d'un laurier,
Charmer par ses concerts le sort qui le tourmente:
Il n'est qu'un vrai malheur; c'est de vivre ignoré.
L'homme brille un moment, et la tombe dévore

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