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Mais le bonheur passe comme l'éclair;
Il nous fatigue, inconstans que nous sommes !
Le changement, dans ce siècle de fer,
Est devenu le lot de tous les hommes.
Las à la fin de ces baisers perdus,
Le beau Mirtil ne fut plus qu'un volage :
Sur Nise absente Emire eut l'avantage;
Il oublia l'objet qu'il ne vit plus.
Etant un jour entre les bras d'Emire
Il se souvint

que

dans ce même instant
Nise envoyait son gage à l'inconstant:
A cette idée il éclata de rire.
A son récit sa belle en fit autant :
Elle disait dans sa maligne joie:
Rends-moi soudain les baisers qu'on t'envoie.
Mais savez-vous ce que Nise faisait?
Elle donnait ses baisers à Sylvandre:
En les donnant l'infidelle disait:
A mon berger charge-toi de les rendre.

Par LEONARD.

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LE SIÈCLE PASTORAL.

Précieux jours dont fut ornée
La jeunesse de l'univers,
Par quelle triste destinée
N'êtes-vous plus que dans nos vers?

Votre douceur charmante et pure
Cause nos regrets superflus,
Telle qu'une tendre peinture
D'un aimable objet qui n'est plus.
La terre, aussi riche que belle,
Unissait, dans ces heureux tems,
Les fruits d'une automne éternelle
Aux fleurs d'un éternel printems.
Tout l'univers était champêtre,
Tous les hommes étaient bergers;
Les noms de sujet et de maitre
Leur étaient encore étrangers.

Sous cette juste indépendance,
Compagne de l'égalité,
Tous dans une même abondance
Goûtaient même tranquillité.

Leurs toits étaient d'épais feuillages,
L'ombre des saules leurs lambris;
Les temples étaient des bocages,
Les autels des gazons fleuris.

Les dieux descendaient sur la terre,
Que ne souillaient aucuns forfaits;
Dieux moins connus par le tonuerre,
Que par d'équitables bienfaits.
Vous n'étiez point dans ces années,
Vices, crimes tumultueux!
Les passions n'étaient point nées,
Les plaisirs étaient vertueux.

Sophismes, erreurs, impostures,
Rien n'avait pris votre poison!
Aux lumières de la nature
Les bergers bornaient leur raison.

Sur leur république champêtre Régnait l'ordre, image des cieux: L'homme était ce qu'il devait être; On pensait moins, on vivait mieux.

Ils n'avaient point d'aréopages
Ni de capitoles fameux;
Mais n'étaient-ils point les vrais sages,
Puisqu'ils étaient les vrais heureux?

Ils ignoraient les arts pénibles
Et les travaux nés du besoin;
Des arts enjoués et paisibles
La culture fit tout le soin.

La tendre et touchante harmonie
A leurs jeux doit ses premiers airs;
A leur noble et libre génie
Apollon doit ses premiers vers.

On ignorait dans leurs retraites
Les noirs chagrins, les vains desirs,
Les espérances inquiètes,
Les longs remords des courts plaisirs.

L'intérêt au sein de la terre
N'avait point ravi les métaux,
Ni soufflé le feu de la guerre,
Ni fait des chemins sur les eaux.

Les pasteurs, dans leur héritage
Coulant leurs jours jusqu'au tombeau,
Ne connaissaient que le rivage
Qui les avait vus au berceau.

Tous dans d'innocentes délices,
Unis
par

des næuds pleins d'attraits, Passaient leur jeunesse sans vices Et leur vieillesse sans regrets.

La mort, qui pour nous a des ailes,
Arrivait lentement pour eux;
Jamais des causes criminelles
Ne hâtaient ses coups douloureux.

Chaque jour voyait une fête;
Les combats étaient des concerts:
Une amante était la conquête;
L'Amour jugeait du prix des airs.

Ce dieu berger, alors modeste,
Ne lançait que des traits dorés;
Du bandeau qui le rend funeste
Ses yeux n'étaient point entourés.

Les crimes, les pâles alarmes
Ne marchaient point devant ses pas;
Il n'était point suivi des larmes,
Ni du dégoût, ni du trépas.

La bergère, aimable et fidelle,
Ne se piquait point de savoir;
Elle ne savait qu'être belle,
Et suivre la loi du devoir.

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