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Ces ruisseaux argentés fuyant dans la prairie;
L'abeille sur les fleurs cherchant son ambroisie;
Le zephyr qui se joue au fond de nos bosquets;
Ces cavernes, ces lacs et ces sombres forêts,
Ce spectacle riant, offert par la nature,
N'adoucit plus l'horreur du tourment que j'endure:
L'ennui, le sombre ennui, triste enfant du dégoût,
Dans ces lieux enchantés se traîne et corrompt tout;
Il sèche la verdure, et la fleur pâlissante
Se courbe et se flétrit sur sa tige mourante :
Zéphir n'a plus de souffle, Echo n'a plus de voix,
Et l'oiseau ne fait plus que gémir dans nos bois.

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Hélas! tels sont les lieux où, captive, enchaînée,
Je traîne dans les pleurs ma vie infortunée!
Cependant, Abeilard, dans cet affreux séjour
Mon cøur s'enivre encor des poisons de l'amour:
Je n'y dois mes vertus qu'à ta funeste absence,
Et j'ai maudit cent fois ma pénible innocence.
Moi dompter mon amour quand j'aime avec fureur!
Ah! ce cruel effort est-il fait pour mon cæur?
Avant que le repos puisse entrer dans mon ame,
Avant que ma raison puisse étouffer ma flamme,
Combien faut-il encore aimer, se repentir,
Desirer, espérer, désespérer, sentir,
Embrasser, repousser, m'arracher à moi-même,
Faire tout, excepté d'oublier ce que j'aime!

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O funeste ascendant! ô joug impérieux !
Quels sont donc mes devoirs, et qui suis-je en ces lieux?
Perfide! de quel nom veux-tu que l'on te nomme?
Toi, l'épouse d'un dieu, tu brûles pour un homme!
Dieu cruel! prends pitié du trouble où tu me vois,
A mes sens mutinės daigne imposer tes lois:
Tu tiras du chaos le monde et la lumière;
Hé bien! il faut tarmer de ta puissance entière:
Il ne faut plus créer... il faut plus en ce jour;
Il faut dans Héloïse anéantir l'amour.
Le pourras-tu, grand Dieu? Mon désespoir, mes larmes
Contre un cher ennemi te demandent des armes,
Et cependant, livrée à de contraires væux,
Je crains plus tes bienfaits que l'excés de mes feu.
Chères

seurs, de mes fers compagnes innocentes,
Sous ces portiques saints colombes gémissantes,
Vous qui ne connaissez que ces froides vertus
Que la religion donne... et que je n'ai plus;
Vous qui, dans les langueurs d'un esprit monastique,
Ignorez de l'Amour l'empire tyrannique;
Vous enfin qui, n'ayant que Dieu seul pour amant,
Aimez par habitude, et non par sentiment,
Que vos cours sont heureux puisqu'ils sont insensibles!
Tous vos jours sont sereins, toutes vos nuits paisibles;
Le cri des passions n'en trouble point le cours.
Ah! qu'Héloïse envie et vos nuits et vos jours!
Héloïse aime et brûle au lever de l'aurore;
Au coucher du soleil elle aime et brûle encore;

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Dans la fraîcheur des nuits elle brûle toujours;
Elle dort pour rêver dans le sein des amours.
A peine le sommeil a fermé mes paupières,
L'Amour, me caressant de ses ailes légères,
Me rappelle ces nuits chères à mes desirs,
Douces nuits qu'au sommeil disputaient les plaisirs!
Abeilard, mon vainqueur, vient s'offrir à ma vue;
Je l'entends... je le vois... et mon ame est émue.
Les sources du plaisir se r'ouvrent dans mon cœur;
Je l'embrasse... il se livre à ma plus tendre ardeur;
La douce illusion se glisse dans mes veines:
Mais que je jouis peu de ces images vaines!
Sur ces objets flatteurs offerts par le sommeil
La raison vient tirer le rideau du réveil.
Ah! tu n'éprouves plus ces secousses cruelles,
Abeilard; tu p'as plus de flammes criminelles:
Dans le funeste état où t'a réduit le sort
Ta vie est un long calme, image de la mort;
Ton sang, pareil aux eaux du lac et des fontaines,
Sans trouble et sans chaleur circule dans tes veines;
Ton cœur glacé n'est plus le trône de l'amour;
Ton cil appesanti s'ouvre avec peine au jour;
On n'y voit point briller le feu qui me dévore:
Tes regards sont plus doux qu'un rayon de l'aurore.
Viens donc, cher Abeilard! que crains-tu près de moi?
Le flambeau de Vénus ne brûle plus pour toi:
Désormais insensible aux plus douces caresses,
T'est-il encor permis de craindre des faiblesses?

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Puis-je espérer encor d'être belle à tes yeux?
Semblable à ces flambeaux, à ces lugubres feux
Qui brûlent près des morts sans échauffer leur cendre,
Mon amour sur ton cæur n'a plus rien à prétendre;
Ce cæur anéanti ne peut plus s'enflammer:
Héloïse t'adore, et tu ne peux l'aimer!

Ah! faut-il t'envier un destin si funeste?
Abeilard, ces devoirs, ces lois que je déteste,
L'austérité du cloître et sa tranquille horreur,
A ton cher souvenir rien d'arrache mon cæur:
Soit

que ton Héloïse, aux pleurs abandonnéc,
Sur la tombe des morts gémisse prostemnéé;
Soit qu'aux pieds des autels elle implore son Dieu,
Les autels, les tombeaux, la majesté du lieu,
Rien ne peut la distraire, et son ame obsédée
Ne respire que toi, ne voit que ton idée;
Dans nos cantiques saints c'est ta voix quej'entends.
Quand sur le feu sacré ma main jette l'encens,
Lorsque de ses parfums s'élève le nuage,
A travers sa vapeur je crois voir ton image:
Vers ce fantôme aimé mes bras sont étendus;
Tous mes veux sont distraits, égarés et perdus.
Le temple orné de fleurs, nos fêtes et leur pompe,
Tout ce culte imposant n'a plus rien qui me trompe.
Quand, autour de l'autel, brillant de mille feux,
L'ange courbe lui-même un front respe ueux,
Dans l'instant redouté des augustes mystères,
Au milieu des soupirs, des chants et des prières;

Quand le respect remplit les cæurs d'un saint effroi, delle foin e Mon cour brûlant t'invoque, et n'adore que toi.

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z pote jusqu

Srete, chere

Mi cendre at paque amme toi

Comme toij

Mais que dis-je? O destin! ô puissance suprême!
Quelle main me déchire et m'arrache à moi-même? sit par inte
Tremble, cher Abeilard; un dieu parle à mon cæur:
De ce dieu, ton rival, sois encor le vainqueur;
Vole près d'Héloïse, et sois sûr qu'elle t'aime.
Abeilard dans mes bras l'emporte sur Dieu même.
Oui, viens... ose te mettre entre le ciel et moi;
Dispute-lui mon cæur... et ce cæur est à toi.
Qu'ai-je dit? Non, cruel! fuis loin de ton amante;
Fuis, cède à l'Eternel Héloïse mourante;
Fuis, et mets entre nous l'immensité des mers;
Habitons les deux bouts de ce vaste univers.
Dans le sein de mon Dieu quand mon amour expire,
Je crains de respirer l'air qu'Abeilard respire;
Je crains de voir ses pas sur la poudre tracés:
Tout me rappellerait des traits mal effacés.
Du crime au repentir un long chemin nous mène,
Du repentir au crime un instant nous entraîne.
Ne viens point, cher amant; je ne vis plus pour toi;
Je te rends tes sermens,

ne pense plus à moi.
Adieu, plaisirs si chers à mon ame enivrée!
Adieu, douces erreurs d'une amante égarée!
Je vous quitte à jamais, et mon cæur s'y résout:
Adieu, cher Abeilard, cher époux... adieu tout !

C'est dans la Que j'ai trou lil'on n'en li finit l'an

La piété

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Neuts, mai

le Dieu que

Loin d'allu Assoupit Don Dieu!

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påce lum stu, fille i

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