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En mourant l'immortel Voltaire
Ne m'a point transmis ses pinceaux:
Son génie est sans légataire;
Je n'hérite que de ses maux.
Quoique souffrant toute sa vie,
Il fut le roi des beaux esprits:
Ah! que ne puis-je au même prix
Comme lui mériter l'envie !
Vains souhaits! au lieu d'Apollon
C'est Esculape qui me guide;
Je n'aspire au sacré vallon
Qu'au rang d'un précoce invalide.
Mais

pour vous qui m'avez chanté,
Sachez du moins par mes disgraces
Qu'il faut aux Muses, comme aux Graces,
Des amans en bonne santé.

Par François (de Neufchâteau.)

A M. DE COUTERELLE,

chambellan de l'électear palatin.

Dans des vers fins et délicats
Votre muse aimable et polie
A dit que le nom de Thomas
Etait un nom digne d'envie.

Mon cæur en serait très-flatté,
Mais mon cœur ne saurait vous croire;
Ce nom fut toujours peu fêté
Chez la déesse de mémoire,

Thomas l'apôtre le premier
Sous ce beau nom se fit connaître;
Mais, quoique saint de son métier,
On sait qu'il renia son maître.

Thomas d'Aquin fut un docteur:
Mais ce bon docteur angélique
Ne fut

que le compositeur
D'un gros bouquin théologique.

Le Thomas de Cantorbéry
Eut l'ame sainte, mais trop haute:
Pourquoi brusquer le roi Henry?
Il fut martyr, mais par sa faute.

Un certain Thomas d'Akempis
Fit de la prose assez commune,
Et son livre ne fit fortune
Que chez les saints du paradis.

Thomas Corneille pour nous plairo
Souvent fait un heureux effort;
Mais il eut tort d'avoir un frère,
Et pour lui ce fut un grand tort.

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Après cela, s'il en est d'autre,
Je n'en sais rien; mais sûrement
Je suis vingt fois moins important
Et qu'un docteur et qu'un apotre.
Si pourtant mes faibles essais,
Fruit d'une muse encor naissante ,
Dans une cour aussi brillante
Ont mérité quelque succès;

Si d'un prince qui sur ses traces
Sait réunir avec les arts
Le goût, les vertus et les graces,
Mes vers ont fixé les regards,

Alors j'envierai peu la gloire
Des noms même les plus vantés:
Que m'importe un nom dans l'histoire?
Charles * me lit, vous me chantés.

Par TuOMAS. (*) Nom de l'électeur palatio.

IMITATION D’ANACREON.

Je l'adorais cette jeune Zélie;
Aimant si bien, j'avais su l'enflammer:
Elle a changé; je sens que je l'oublie.
Amour, Amour, je ne veux plus aimera

Ah!j'étais né pour brûler de ta flamme,
Et ce penchant ne sert qu'à m’alarmer:
Ne m'offre rien qui séduise mon ame;
J'aimerais trop; je ne veux plus aimer.

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« Faible mortel, quelle crainte importune!
« Me dit le dieu. Vois, pour te mieux charmer
« J'ai rassemblé les trois Grâces en une. »
-N'importe, Amour, je ne veux plus aimer.

D. D Ве VC

Thémire alors à mes yeux se présente,
Telle qu'Amour prit soin de la former.
Je m'écriai: « Sans doute elle est charmante;
« Mais c'en est fait, je ne veux plus aimer. »

Oui, du printems c'est l'image embellie;
C'est, je le vois, mais comment l'exprimer?
Flore, Vénus, Minerve et la Folie:
Heureusement je ne veux plus aimer.

De l'univers je la verrais suivie;
A ses rivaux peut-on s'accoutumer?
A l'admirer je passerai ma vie;
C'est bien assez : je ne veux plus aimer.
« Oui, dit l'Amour, viens, suis toujours Thémire:
* Sur le péril je saurai te calmer;
« A tout moment j'aurai soin de te dire:
« Daphnis, au moins il ne faut pas l'aimer. »

Par quels conseils me laissais-je conduire!
Contre ses droits l'Amour peut-il s’armer?
L'enfant malin! je le voyais sourire
Quand je disais : Je ne veux plus aimer.

!

mer

Depuis ce jour, sans vouloir m'en défendre,
De tous ses feux je me sens consumer.
Belle Thémire, ai-je pu m'y méprendre?
Vous avoir vue,

hélas ! c'est vous aimer.

Par MONCRIK.

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A MADEMOISELLE DE SAINT-LÉG...

Je n'ai point l'ardeur qui t'anime,
Je suis dans l'aride saison;
En vain on court après la rime
Quand l'âge assoupit la raison.

Je traîne au bout de ma carrière
Un poids de soixante-dix ans;
Je sens ma débile paupière
Se fermer sous la main du Tems.

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Ce n'est plus pour

moi
que

l'Aurore,
Aux doigts de rose, au teint vermeil,
Chassant la nuit qu'elle colore,
Ouvre le palais du Soleil.

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