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En vain mes ennemis, ardens persécuteurs,
Diffamaient saintement mes écrits et mes maurs,
Pour mieux m'assassiner se paraient d'un beau zèle,
Semblaient d'un dieu vengeur embrasser la querelle,
Et, défendant partout qu'on osât m'approcher,
Déjà pour plaire au ciel allumaient mon bûcher;
Je riais sur ton sein de leur haine farouche,
Et j'étais consolé par un mot de ta bouche;
Je plaignais ces mortels, ces savans ténébreux,
Toujours vils et cruels, et souvent dangereụx;
J'oubliais avec toi ces absurdes systêmes,
Démentis l'un par l'autre, et distraits par eux-mêmes;
Et je savais unir par un heureux lien
Les plaisirs d'un amant aux devoirs d'un chrétien...

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Si j'étais près de toi peut-être, chère amante,
Tu pourrais ranimer ma force languissante;
Dans tes yeux je verrais éclore un nouveau jour:
La nature obéit aux ordres de l'amour:
Je te verrais du moins, contente d'un vain songe,
Te prêter aux efforts d'un pénible mensonge...

Hé bien! dît l'Eternel s'élever contre moi,
Je romps tous mes liens, et je vole vers toi:
Toi seule de mon caur tu peux remplir l'ahyme:
Si mon amour te plaît je le crois légitime.
Héloïse m'appelle, Héloïse m'attend;
Je mourrai dans ses bras, et je mourrai content,

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D'une religion aussi triste qu'austère
Je suis las de traîner la chaîne involontaire;
Consumé de regrets, sous le joug abattu,
Dans le vil esclavage il n'est point de vertu:
Je préfère Héloïse à mes veux, au ciel même;
Et, fût-ce un crime enfin, c'est un crime que j'aime.

Je reverrai ces lieux par mes mains élevés,
A l'innocence ouverts, par tes soins cultivés!
Ces lieux où la vertu, fière de son supplice,
S'impose les ennuis et la peine du vice!
Dans ce réduit obscur, séjour du repentir,
Tu

reverras briller les rayons du plaisir ! Malheureux!

pour

moi seul ce mot est un outrage; Puis-je réaliser une si douce image? Moi j'irais dans des lieux où tes jeunes appas Livreraient à mon cœur d'inutiles combats! La beauté gémissante assiégerait sans cesse, Sans cesse irriterait ma honteuse faiblesse ! Je verrais dans les pleurs éteindre tes beaux jours, Et sans jamais jouir je brûlerais toujours !... Que dis-je? tout fuirait un mortel déplorable Que le desir dévore, et que son être accable; Et toi-même, évitant la trace de mes pas, Tu maudirais l'amour expirant dans mes bras. Sous un chêne brisé par les coups du tonnerre

se reposer la timide bergère ?

Voit-on

Voit-on dans la prairie un essaim attaché
Sur le pavot mourant, ou le lis desséché?

C'en est fait; étouffons un espoir inutile:
Pour les infortunés la tombe est un asile.
Va, cesse de chérir un fantôme d'amant,
Que l'amour seul anime et dispute au néant.
A conserver ton cæur est-ce à moi de prétendre?
Lorsque l'amant n'est plus adore-t-on sa cendre?
Ferme, ferme l'oreille à ma mourante voix:
J'expire... Dieu te parle... obéis à ses loix.
Dans l'ombre de son temple ensevelis tes charmes;
Offre à ce Dieu jaloux tes amoureuses larmes;
Des plus funestes feux éteins le souvenir:
Je n'exige de toi que ton dernier soupir.

Par DORAT.

Peut-être pour jamais t'éloigner de ces rives!
Tu troublas, cher Phaon, le calme de mon cour,

SAPHO A PHAON.
Quor! tu ne reviens point! et par un long silence
Tu peux aigrir les maux causés par ton absence!...
Dois-je encor te revoir? Hélas ! si malgré toi
Un obstacle puissant te retient loin de moi,
Que tamain, cher Phaon, daigne du moins m’apprendre
Si l'amant le plus cher est encor le plus tendre...
Dois-tu de ton aspect long-tems priver mes yeux?
Vingt fois l'astre éclatant qui brille dans les cieux
A sur les Lesbiens répandu sa lumière,
Vingt fois il a dans l'onde achevé sa carrière
Depuis l'instant fatal, signalé par mes pleurs,
Ou mon cæur fut percé des plus vives douleurs,
Cet instant où je vis tes voiles fugitives
Hélas! avant le jour où, d'un wil enchanteur,

Où je flattai le tien d'une douce espérance,
Mes jours paisiblement coulaient dans l'innocence;
Mes

yeux, pendant la nuit fermés par le sommeil,
Ne s'ouvraient point alors pour pleurer au réveil;
Et par ses sons brillans ma lyre enchanteresse
Entraînait sur mes pas les peuples de la Grèce.

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Tu

parus à l'instant je sentis malgré moi
Mon ame s'émouvoir et s'enchaîner à toi:
Sur mes sens agités je n'avais plus d'empire,
Je soupirais.... ma main s'arrêtait sur ma lyre;
Mon esprit s'égarait dans des discours confus,
Et mon cour enflammé ne se connaissait plus.
Dans ce cruel état que j'éprouvai d'alarmes!
Trois fois sans se fermer mes yeux baignés de larmes
Ont revu du soleil la fuite et le retour.
Je reconnais alors l'impitoyable Amour:
Je veux lui résister; mais, espérance vaine!
Tous mes efforts ne font que resserrer la chaîne;
Le feu le plus ardent s'allume dans mon cæur,
S'irrite par degrés et se change en fureur.
Près de ces lieux charmans, de ces bords où la vue
Admire en s'égarant une immense étendue,
Où la plaine des mers et la voûte des cieux
Semblent dans le lointain se confondre à nos yeux,
Non loin de cette rive est un lit de verdure
Qu'ombrage un orme épais, qu'arrose une onde pure:

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