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Parmi la foule obscure a daigné te choisir;
Qu'elle fit de te voir son unique plaisir;
Que, feignant de l'aimer et la bravant sans cesse,
Ingrat , tu connus peu le prix de sa tendresse;
Qu'avec tranquillité preparant son malheur,
Tu te plus à plonger un poignard dans son cæur.
Que dis-je? penses-tu qu'une amante se porte
De l'amour le plus tendre à l'horreur la plus forte?
Hélas! tu ne sais pas combien dans ce moment
Il en coûte à mon coeur d'offenser mon amant!
Mon ame s'abandonne aux douleurs les plus vives;
Mais si Phaon revient, si dans peu sur ces rives
Sa bouche de mes maux daignait me consoler,
Oui, dans ses bras encore il me verrait voler.
Hé quoi! de te revoir n'ai-je plus d'espérance?
Sapho plus que la mort craint ton indifférence.
De tes retardemens mon cœur est alarmé.
Grands dieux ! qu'il est affreux de cesser d'être aimé!
Le soleil qui me luit m'offre un jour que j’abhorre.
Puis-je, mon cher Phaon, te perdre et vivre encore?
Tu me fuis!... Ah, cruel! que ne puis-je à mon tour
Etouffer dans mon cœur les flammes de l'amour!
Mais ce feu dévorant qui brûle dans mes veines,
Accru par mes plaisirs, croît encor par mes peines.
Il est vrai, la nature, avare en ses bienfaits,
Ne m'a point prodigué les plus brillans attraits;
Cependant l'autre jour, rêvant sur ce

vage, Dans le miroir des eaux j'aperçus mon image:

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Si cette onde est fidèle et ne me trompe pas,
On pourrait à Sapho trouver quelques appas:
Et d'ailleurs ce talent qu'admire en moi la Grèce,
Qui me fait mettre au rang des nymphes du Permesse,
Ce luth que je touchais pour toi si tendrement,
Ne peut-il remplacer un fragile agrement?
Va, crois-moi, la beauté dont ton orgueil se vante
Est semblable à la fleur, à la rose éclatante
Qui naît avec l'aurore et meurt avec le jour.

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Dans les premiers accès de ton naissant amour
Tu craignais que Sapho ne devînt infidèle:
« Que mon cæur, disais-tu, te serve de modèle;
« Hélas! puissions-nous être unis jusqu'au trépas!... »
Et maintenant tu fuis ... Non, tu ne m'aimais pas;
Ton hypocrite cæur ne sut jamais que feindre,
Et ce cæur inconstant est las de se contraindre:
Si

par de vains transports tu flattais mon tourment,
Je les dus au caprice, et non au sentiment.
Mesyeux s'ouvrent enfin: brûlant pour d'autres charmes,
Phaon, glacé pour moi, triomphe de mes larmes,
Quoi! je saurais qu'une autre aurait pu t'enflammer,
Et je vivrais encore et vivrais pour t'aimer!
Qui, moi t'aimer, cruel! moi chérir un perfide
Qui brave ses sermens, que l'inconstance guide,
Et qui, tout

rgueilleux de ses faibles attraits,
Sait inspirer des feux, et n'en ressent jamais!
Va, ne te flatte pas que ta beauté funeste
Nourrisse dans mon coeur des feux que je déteste.

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Quand l'Amour à mes pieds t'enchaînait sous ma loi,
Phaon tendre et fidèle était un dieu pour moi;
Mais Phaon inconstant, et surtout inflexible,
A mes yeux indignés n'est plus qu'un monstre horrible.
Et vous, terribles dieux, implacables vengeurs,
Dieux justes qui lisez dans l’ahyme des caurs,
Vous dont l'æil est ouvert sur toute la nature,
Vous saviez que Phaon était traître et parjur,
Et vous ne pouviez pas, propices à mes væux,
Soulever contre lui les vents impétueux !
Quoi! ces mers, quoi! ce ciel, si fameux par l'orage,
Ont par un calme heureux secondé son passage!
Grands dieux, pour qui la foudre est-elle dans vosmains?
Favorisez-vous donc les crimes des humains?
Oui, cruel! je te livre à leur juste vengeance!
Que ce terrible mont, témoin de ta naissance,
Barbare, soit aussi témoin de ton trépas!
Que ses gouffres brûlans s'entr'ouvrent sous tes pas!
Ou que du haut des airs la foudre étincelante
Sur toi tombe en éclats, et venge ton amante!...
Mais, hélas! où m'égare un vain emportement?
Ma bouche te menace, et mon cæur la dément.
Dieux, ne m'exaucez point; épargnez ce que j'aime:
Ah! frapper mon amant c'est me frapper moi-même!
Et toi, mon cher Phaon, pardonne à mon courroux;
Peut-on sentir l'amour, et n'être point jaloux!
Viens; que je puisse, au gré de ma brûlante flamme,
Me livrer toute entière aux transports de mon ame;

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Qu'oubliant l'univers, que, sûre de ta foi,
Je puisse à jamais vivre et mourir avec toi.
Tune viens point...mes mauxont-ils pourtoides charmes?
Et, sans être attendri, vois-tu couler mes larmes?
Non, ton cæur n'est point fait pour tant de cruauté;
Sensible à mes douleurs, et d'amour transporté,
Tu reviens.... Dieu des vents, enchaîne les orages;
Défends aux Aquilons de troubler ces rivages.
Vous, Zephirs, déployez vos ailes dans les airs,
Soufflez seuls en ces lieux, et régnez sur les mers.
O toi qui fus propice à sa fuite coupable,
Neptune, à son retour sois aussi favorable;
Et toi, fils de Vénus, tendre dieu des amours,
Conduis Phaon au port, et veille sur ses jours.
Tu reviens, cher amant ! ô ciel! est-il possible?
Quoi! je vais te revoir, et te revoir sensible!...

Mais pourquoi m'abuser par une vaine erreur?
Phaon, n'en doutons plus, est ingrat et trompeur.
Hé bien! tremble, cruel, et frémis de ma rage!
Je vole dans ces lieux où ta froideur m'outrage;
Oui, barbare, je vais m'assurer de tes feux,
Te voir, t'aimer, te plaire, ou mourir à tes yeux!

Par Blin de SAINMORE.

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Quand, d’un funeste amour victime courageuse ,
Après les longs tourmens d'une vie orageuse,
Je goûtais le sommeil dont le juste s'endort;
Quand, de l'éternité croyant toucher le port,
Loin d'un monde pervers, de Dieu seul occupée,
Je respirais des saints la paix anticipée;
Quelle voix me rappelle au séjour de douleur,
Sur la terre d'exil qu'habite le malheur?

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