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Quel nom cher et fatal a frappé mon oreille?
Valmon ..... Ma flamme impure à ce nom se réveille;
Et, déjà loin de moi repoussant mon tombeau,
Je voudrais de mes jours rallumer le flambeau.
Imprudente .....

.... aus douleurs en esclave asservie,
Veux-tu ployer encor sous le faix de la vie?
Après avoir souffert veux-tu toujours souffrir?
Mourante à chaque instant, crains-tu donc de mourir?
Ah! rentrons dans matombe; ah! mourons, mais vengée,
Mais maudissant l'ingrat qui m'a tant outragée,
Qui, loin de moi tranquille, insulte froidement
Par un ris sacrilège à mon dernier moment:
Mourons; mais de mes maux frappe l'auteur impie,
Dieu puissant! que le monstre aux enfers les expie:
Que, plongé tout vivant dans leurs feux éternels.....
Que dis-tu, malheureuse! et quels væux criminels!
Ah! du ciel sur toi-même appelant l'indulgence,
Invoque un dieu de paix , non un dieu de vengeance;
Et, désarmant le bras levé pour te punir,
Accorde le pardon si tu veux l'obtenir.
Valmon, hélas! sans toi je serais digne encore
D'invoquer, de fléchir cet être que j'adore.
Du pied de ses autels ma prière aujourd'hui,
Pure comme l'encens, monterait jusqu'à lui.
O tems où , de l'amour ignorant la puissance,
Je n'avais respiré que l'air de l'innocence!
Oů, dans un doux sommeil reposant sans effroi,
Je pouvais, en quittant, toujours digne de moi,

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Un lit que n'avait point profané l'adultère,
Voir sans remords le ciel, et sans honte la terre!
Alors, durant mes jours, dont la sérénité
Ressemblait à l'azur de ce beau ciel d'été,
Au sein de mes devoirs plaçant leur récompense,
D'un époux sans rougir je cherchais la présence;
Alors, durant mes nuits, ces lambris gémissans
Ne s'étaient point peuples de spectres menaçans:
Des fleurs, des prés, des bois l'image retracée,
De tableaux frais et purs enchantaient ma pensée.
Les simples jeux du cercle, ou l'étude d'un art,
Une amie à fêter, un retour, un départ ,
L'entretien d'un époux, mes veux dans son absence;
Ce besoin des bons cæurs , qu'on nomme bienfaisance,
Ce sentiment actif, tendre , respectueux,
Qu'inspire en se montrant le malheur vertueux;
Le plaisir de calmer, de plaindre ses alarmes,
Le plaisir plus touchant de partager ses larmes,
Voilà comme mon cour, dans un heureux retour,
Retraçait à mes nuits les souvenirs du jour;
Et comme le bonheur, grâce à ces doux mensonges,
Dormant à mes côtés, me suivant dans mes songes,
De mes tranquilles nuits compagnon généreux,
Me payait du plaisir d'avoir fait des heureux!
O tems de mes vertus, âge d'or de ma vie,
De quels regrets amers votre fuite est suivie !
Qui vous rappellera? quand renaîtra le cours
De ces jours innocens unis à mes beaux jours?

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Ces jours d'enchantement et d'ivresse éternelle,
Où, pour nous vierge encor, pour noustoujours nouvelle,
La nature parée, et fraîche en tous les tems,
Semble en son hiver même un aimable printems!
Tu fuis du cæur coupable,

illusion charmante!
Mais toi , toi dont l'amour, seul trésor d'une amante,
Raffermissant ce cour sous sa faute abattu,
Me tint lieu du bonheur que donne la vertu;
Toi qui me pouvais seul consoler de moi-même,
Trop coupable enchanteur quej'aimaitant... quej'aime,
Ah! lorsque de l'amour dont tu parus épris
Je me croyais l'objet, comme j'étais le prix,
Si, des caurs amoureux intéressant modèle,
Ton ceur n'eût point brûlé d'une flamme infidèle,
Peut-être le remords qui s'attache à mes pas
Ne m'eût ose jamais poursuivre dans tes bras;
Je redouterais moins un monde qui m'accuse:
L'amour a fait ma honte; il serait mon excuse.
Coupable fortunée! en voyant ton bonheur
J'eusse oublié ma faute et pleuré moins l'honneur.
Mais l'honneur! mais l'espoir! l'espoir, ce don céleste!
Mais Valmon! ... tout me fuit, et mon amour me reste!...
Mon amour ! quoi! ce feu, ce poison dévorant
Conserve ses fureurs dans un corps expirant!
Quoi! le sang réfroidi dans les veines glacées
Laisse à l'ame sa force , à l'esprit ses pensées !
J'aime lorsqu'attristée des ornemens du deuil
Los portiques sacrés attendent mon cercueil !

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et

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Où donc est de ce feu l'aliment invisible?
Quel est ce sentiment si profond, si terrible,
Ce trait qu'une main faible arrache,

que souvent
Une autre main plus forte enfonce plus avant?
Quelle est donc cette atteinte et brûlante et mortelle?
Quel est ce fier tyran qu’on chasse, qu'on rappelle?
Qui, toujours repoussé, mais toujours triomphant,
Traîne au fond de l’ahyme un cœur qui se défend ?...
J'ai cru vaincre l'amour, et, combattant ses charmes,
J'espérais que mes feux s'éteindraient dans mes larmes,
Lorsque, réfugiée aux pieds de l'Eternel,
Tremblante et me cachant dans son sein paternel,
J'attendais que son æil, flambeau de la nature,
Ranimât d’un rayon sa faible créature.
Vanité de l'espoir, et des pleurs et des væux!
J'ai trouvé dans le ciel un complice à mes feux!
Au sein de l'Eternel je n'étais retranchée:
Mais dans le temple encore à Valmon attachée,
Oubliant à la fois et le prêtre et le dieu,
Et la divine horreur qui remplit le saint lieu,
Je respirais l'amour et son délire extrême,
Et, sous les yeux de Dieu, l'oubli de Dieu lui-même!
Dans ces chants, vers le ciel élancés à la fois,
N’écoutant que Valmon, n'entendant que sa voix;
Cherchant toujours Valmon dans ce chæur de fidelles,
Que nos solennités rassemblent autour d'elles ;
Veillant, priant, brûlant de coupables ardeurs
Sur le marbre sacré que profanaient mes pleurs,

Il m'a fallu céder, et descendre flétrie
Du rang de la vertu que j'avais tant chérie,
Tornber en un seul jour du faîte de l'honneur !
Il m'a fallu choisir ma gloire ou ton bonheur:
J'étais amante, ingrat, et j'ai cédé ma gloire...,
Toi qui, déjà tyran même avant la victoire,
Avant la trahison déjà perfide amant,
Bravas l'amour en pleurs et la foi du serment,
Ah! du moins en ce jour, satisfait de ton crime,
Laisse en paix expirer ta mourante victime;
Laisse la tombe au moins maîtresse de mon sort:
Je ne suis plus à toi; j'appartiens à la mort.

Et

vous, mes seuls amis, à qui mon infortune Dans ses longues douleurs ne fut point importune; Contre un cher ennemi venez me secourir; Je n'implore de lui que le droit de mourir: Mais que je puisse au moins des bornes de la vie Contempler sans effroi ma dernière patrie! Que le pieux cantique et l'hymne du mourant Chassent l'ange de mort autour de nous errant; Et

t que l'huile divine et l'eau sainte versées Lavent ce cæur impur du venin des pensées !... Dieu

i m'entend.... il m'appelle, et son soleil m'a lui! Je sens que je ne meurs que pour revivre en lui. De feux resplendissant, quel ange de lumière A levé devant moi l'immortelle barrière, Par qui d'un monde vil les cieux sont séparés? Mes

yeux en se fermant, par la grace éclairés,

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