Images de page
PDF
ePub
[ocr errors]

Cessent de voir, tournés vers un lieu plein de charmes,
Cette triste vallée où coulent tant de larmes:
Et mon ame ,

des cieux atteignant la hauteur, Libre de sa prison, s'élève à son auteur.

Par LAYA.

[merged small][ocr errors][ocr errors][merged small][ocr errors][ocr errors]
[merged small][merged small][ocr errors][merged small][merged small][ocr errors][ocr errors]

DE

mes chagrins profonds secrets dépositaires, Grotte obscure, antres sourds, campagnes solitaires, Où dans un long effroi la nature se tait, Caverne du silence où la douleur se plait, Tombe qu'elle éleva dans ce lugubre asile, Silencieux étang, forêt morne et tranquille, Sapins si tristement élancés jusqu'aux cieux, Dérobez s'il se peut l'univers à mes yeux: De tout ce qu'on y voit mon ame importunée A ce coin de la terre est à jamais bornée; Tome XI.

6

J'y puis errer en paix : dans ces lieux pleins d'horreur
Tout est calme et désert, la nature et mon cæur.

[ocr errors][ocr errors]

Quelle divinité majestueuse et sombre
Descend de ce coteau qui se perdait dans l'ombre?
Dieu!

que

de noirs soucis sur son front amassés!
Elle marche à pas lents, et ses yeux sont baissés;
Mais on voit éclater, à travers sa tristesse,
La touchante beauté dont le charme intéresse:
Son aspect de ces bois redouble encor le deuil,
Et sa bouche s'attache au marbre d'un cercueil.
Tout me dit que c'est toi, muse mélancolique,
Qui présidas aux Nuits du chantre britannique,
Et, fuyant la clarté des célestes flambeaux,
Réchauffas

par tes pleurs la cendre des tombeaux.
Demeure, je te suis... attends moi... vain prestige!
Un songe m'enchantait... la vérité m'afflige;
Je me retrouve seul en proie à mes regrets,
Et mes tremblantes mains n'ont saisi qu'un cypresa

[ocr errors][ocr errors]

Toi qui rendais le calme à mon ame agitée,
Sensible Corilla, quoi! je t'ai donc quittée!
Ma sombre défiance a passé jusqu'à toi:
Tout, jusqu'à mon amour, s'est tourné contre moi;
Tout me fuit, tout est mort, et je le suis moi-même;
Je le suis au plaisir qui fut mon bien suprême,
Au charme de la gloire, à cet instinct brûlant,
Ame de l'héroïsme et foyer du talent.

La première candeur, présent de l'innocence,
La constante amitié, même la bienfaisance,
Ce rayon émané de l'astre qui nous luit,
Hélas ! j'ai tout perdu! le monde a tout détruit;
Le monde, affreux chaos d'intrigue et d'injustices,
Où l'intérêt confond les vertus et les vices,
Où l'orgueil insolent dégénère en fureurs,
Où l'esprit personnel a desséché les cæurs,
Où le luxe au front d'or des cieux atteint la cime,
Et de ses pieds d’airain presse un immense ahyme.
O monde! je te hais... j'ai tiré le rideau,
Et j'échappe au danger par l'horreur du tableau.

Jeté dans tes détours, j'ai vu la perfidie,
Par son impunité bassement enhardie,
De mes crédules væux cherchant à s'emparer,
Approcher de mon cæur pour le mieux déchirer.
J'ai vu des hommes bas, insolens et perfides,
A force d’être vils devenus intrépides,
De honte enveloppés, méchans avec froideur,
Tourner à leur profit jusqu'à leur déshonneur.

J'ai connu l'envieux et ses pâles alarmes;
Tous mes faibles succès ont fait couler des larmes:
La gloire en me trompant ne me suffisait pas;
Mes amis les plus chers furent les plus ingrats:
Je méprisai la haine, et je fus sa victime:
On déteste encor plus l'ennemi qu’on estime....

[ocr errors]

Dieu! combien de serpens, réchauffés dans mon sein,
Pour le prix de mes soins m'ont soufflé leur venin!
C'est alors que, traînant ma vague inquiétude,
J'ai dans le tourbillon trouvé la solitude.
Il fallut craindre, hélas! ce que j'avais aimé;
J'ai détourné les yeux, et mon cæur s'est fermé.

[ocr errors][ocr errors][merged small]

Eh! pouvait-il s'ouvrir à tous ces vains sectaires,
Despotes déguisés, novateurs téméraires,
Corrupteurs des esprits sous leur joug abattus,
Sous les opinions éteignant les vertus;
Esprits intolérans dont l'inquiète audace
Sape les préjugés sans rien mettre à leur place;
Qui, sous un air humain sachant l'art d'immoler,
Oppriment les mortels qu'il faudrait consoler?

[merged small][ocr errors]

Mais pourquoi retracer ces funestes images?
Laissons dans le lointain gronder les noirs orages:
Entraîné par le cours de ces mourantes eaux,
Au défaut du bonheur saisissons le repos.
Le repos!.... doux mensonge, agréable chimère,
Nous te cherchons en vain; tu n'es point sur la terre.
Je crus toucher au calme, et ce calme est affreux;
Les cøurs passionnés sont toujours malheureux:
L'imagination, trop souvent importune,
Fait

par les souvenirs prolonger l'infortune; Et ce cœur douloureux, à lui-même livré, Emporte tous les traits dont il fut déchiré,

[ocr errors]
« PrécédentContinuer »