Images de page
PDF
ePub

Destin, à mes ennuis permets que je succombe:
La vie est un sommeil qui finit dans la tombe;
Et l'ame, qu'enflammaient des desirs vertueux,
Comme un rapide éclair prend son vol dans les cieux.
Trop heureux le vieillard dont l'heure enfin arrive,
Qui de la mort trop lente entend la voix tardive!
Sur sa tombe paisible, où dorment les douleurs,
Plus d'un infortuné viendra verser des pleurs :
Après de courts plaisirs il rend aux destinées
Des siècles de tourmens qu'il nommait des années.
Mais cent fois plus heureux qui tombe avant le tems,
Moissonné sur des fleurs aux jours de son printems!
S'il n'a point ceint le myrte, ornement de nos fêtes,
Il n'a point de la vie éprouvé les tempêtes;
Ses sens par le malheur n'ont pas été flétris.
Ainsi dans nos jardins où folâtrent les Ris
Se détache une rose, espérance de Flore,
Et qui s'ouvrait à peine au rayon de l'aurore.
Mais quoi! quel tourbillon, par les vents apporté,
Couvre d'un voile épais le monde épouvanté?
Aux tonnerres des monts des foudres souterraines
Au loin semblent répondre, et font gémir ces plaines?
Des profondeurs des bois sort un bruit menaçant!
Ce troupeau consterné s'arrête en mugissant!
Dans le fracas des airs la nuit inattendue,
Précipitant son char, sort des flancs de la nue!
L'éclair meurt sur sa trace en y laissant l'effroiz.
Et la vague écumante a monté jusqu'à moi !...

Je ne redoute rien : il est un être juste
Dont la voix me rappelle à son essence auguste;
Il ne détruira point l'ouvrage de ses mains:
Mon ame va jouir; elle échappe aux humains.
Oui, je crois au bonheur...mon dernier jour s'achevo;
L'existence pour moi fut un pénible rêve;
Il finit... Ah! grand Dieu, je bénis mon trépas:
L'ami de la vertu doit tomber dans tes bras...

[ocr errors][ocr errors][ocr errors]

Tout change : ce désert se transforme en bocage;
L'aquilon dans les cieux a dispersé l'orage;
De brillantes vapeurs, enveloppant les monts,
Semblent un voile d'or ceintré sur les vallons;
L'onde amoureusement embrasse la verdure;
La fleur naît, l'oiseau chante, et le zephyr murmure,
Tout me plaît, tout s’anime en ce riant séjour:
C'est le tranquille Eden embelli

par

l'Amour.
Que vois-je ? mille annans enchaînés sur ces rives
Rappellent en riant les Heures fugitives,
S'enivrent à longs traits d'une innocente ardeur,
Et m'offrent à l'envi le tableau du bonheur,
Où suis-je? quel rayon a dessillé ma vue?
O transports consolans dont mon ame est émue!..,
Jeune et sensible encor je puis jouir comme eux:
C'est la haine et l'ennui qui font les malheureux.
Corilla! Corilla! je t'adore et tu m'aimes;
Qu'importe l'univers; n'est-il pas en nous-mêmes?
Pardonne à ce délire où s'égaraient mes sens;

Non, je ne hais plus rien, pas même les méchans.
Ame compatissante, ame pure et céleste,
Que m'ont-ils enlevé, si ton amour me reste?
Je verrai ton sourire, il m'ouvrira les cieux;
Un chagrin passager n'a point éteint mes feux :
Il est tant de plaisirs que tu sauras m'apprendre!
Instruit, sauvé par toi, j'en deviendrai plus tendre,
Et ton regard, semblable au jour pur du matin,
Appaisera le trouble élevé dans mon sein;
Je sentirai l'amour, je connaîtrai l'estime;
Je plaindrai le malheur sans soupçonner le crime;
Je n'étoufferai plus l'indulgente pitié.
Revenez, revenez, plaisirs de l'amitié!
O ma lyre! chantons tout ce qui m'intéresse;
L'héroïsme de l'ame et même sa faiblesse,
L'oubli des songes vains qui m'avaient abattu,
L'Amour et Corilla, la gloire et la vertu.

Par DORAT,

[merged small][merged small][ocr errors][ocr errors]

(Werther est dans son cabinet, auprès d'une table , sur laquelle sont des livres, un vase de fleurs, des lettres , des pistolets, etc.: il a sous les yeux le portrait de Charlotte. Minuit est l'heure à laquelle il a résolu de se donner la mort.)

[ocr errors][ocr errors]

APRÈs tant de projets, tant de væux superflus,
Charlotte, j'ai fixé mes pas irrésolus:
Lorsqu'au soleil naissant s'ouvrira ta paupière
Werther ne sera plus qu'une froide poussière.

der Nosi

dep

Que la nature en pleurs se couvre d'un long deuil;
Son fils, son bien-aimé va descendre au cercueil!
De tous mes sentimens elle a reçu l'hommage;
Je l'adorai surtout dans son plus bel ouvrage.

I Por

Charlotte, objet céleste, ah! lorsque ton devoir
Te défend d'écouter mon amour sans espoir,
Tes conseils, mes combats l'ont rendu plus terrible.
Qui pourrait modérer l'élan d'un caur sensible?
Un amour malheureux s'alimente d'erreurs,
Et ses desirs trompés se changent en fureurs.
Sous un ciel embrasé, dans une immense plaine,
Sans pouvoir la saisir j'embrasse une ombre vaine.
Haletant, épuisé par un dernier effort,
Dans un autre univers je cherche un autre sort;
Je veux mourir. Le son de ta voix si touchante
Quand tu me dis de fuir me glace d'épouvante.
Ah! ne m'exile point au sein de l'amitié;
Je ne puis supporter le poids de ta pitie:
Mon courage est éteint, et mon ame est flétrie;
Le dégoût m'accompagne au banquet de la vie;
Je veux mourir. L'instant qui t'offrit à mes yeux
M'annonça le bonheur que promettent les cieux :
Autour de moi tout prit une forme nouvelle ;
A tout ce que j'aimais je devins infidelle;
Ton image partout se plaça devant moi;
Mes goûts, mes veux, mes soins se portèrent vers toi.
Je ne respirai plus qu'au sein de ta retraite:
Nos jeux calmaient l'ennui de mon ame inquiète;
Tu ne me cachais point tes plaisirs, tes douleurs;
Je pouvais y mêler et ma joie et mes pleurs:
Et j'irais, poursuivant de brillantes chimères,
Porter sur d'autres biens mes regards adultères!

« PrécédentContinuer »