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Dans les sentiers fleuris de ces magiques lieux
Nous laissons s'égarer les couples amoureux;
Nous suivons au hasard une route secrete:
Un bosquet odorant nous offre sa retraite:
Là dans un seul desir nos vœux sont arrêtés;
Nos sens ont pris l'essor vers d'autres voluptés;
Nos caurs, plus rapprochés, se parlent, s répondent;
Nos baisers, plus ardens, se pressent , se confondent,
Et dans un songe enfin j'ai connu le bonheur!
Illusion cruelle! ô réveil plein d'horreur !
Jour affreux ! tout mon sang s'est glacé dans mes veines!
Je mesure effrayé l'ahyme de mes peines;
Prêt à te perdre , hélas! je veux encor te voir.
Insensé! dans tes yeux je crois apercevoir
La même expression que leur donnait un songe;
Mais ta vertu bientôt a détruit ce mensonge.
Tu le veux, j'obéis; je pars abandonné,
Ainsi qu'un criminel à périr condamné,
De l'arrêt qui le tue accusant l'injustice.
Je cours; je voudrais être au lieu de mon supplice:
Comme un spectre hideux ton adieu me poursuit;
Je perce avec effroi le voile de la nuit;
Et, tandis qu'à regret la lune nébuleuse
Laisse à mes pas pressés une clarté douteuse,
Jeté loin du sentier par la fougue des vents,
Je m'élance à travers les ravins, les torrens ,
Et, malgré le péril gravissant la montagne,
Mon eil pénètre au sein de l'obscure campagne.

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Je cherche et vois encor debout, dans les vallons,
Entouré tristement de débris, de glaçons ,
De l'état de mon cæur, ô trop fidèle image!
Le saule qui souvent nous prêta son ombrage.
Hélas! que n'ai-je pu, m'élançant du rocher,
Du tableau des humains soudain me détacher,
Et, tel qu'un vent du nord dans ces horreurs profondes,
Mugir en agitant la surface des ondes!

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Je m'éloigne à regret de ce mont orageux.
Près de là des tombeaux l'enclos silencieux
Offre à mes sens troubles des fantômes plus sombres:
Par degrés sur mes yeux s'épaississent les ombres;
De lamentables cris retentissent dans l'air:
J'écoute,et n'entends plus que ces mots: viens, Werther!
Mes cheveux à l'instant se dressent sur ma tête.
Malheureux! vois le port, et brave la tempête !
J'arrive le front nu, sanglant et consterné;
Devant Dieu, devant toi je tombe prosterné...

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Charlotte, ce récit a fait couler tes larmes:
Ah! ne te livre point à de vaines alarmes;
Vois plutôt , effrayé par un songe cruel,
Ton ami s'éveillant au sein de l'Eternel.
Sur le soir d'un beau jour, rêveuse, solitaire,
Si tu viens visiter mon urne funéraire ,
Qua tes yeux affligés se lèveront vers moi
Je descendrai des cieux, et planerai sur toi,

Je ne verrai donc plus le beau ciel, la prairie,
Les monts, les bois, amis de la mélancolie!
Je n'entendrai donc plus le murmure des eaux ,
Le doux bruit des zephyrs et le chant des oiseaux !
Dieu d'amour et de paix, tu vois mon sacrifice;
Au dernier de mes veux,

ah! daigne être propice: Tu sais ce que je laisse en ce lieu de douleurs; Donne-leur la pitié qu'on refuse aux bons cæurs.

Un silence profund entoure cet asile.
Mortel infortuné, dors d'un sommeil tranquille;
Dors long-tems! le réveil te rendra tous tes maux.
Tu pourrais comme moi jouir d'un long repos;
Tu pourrais... mais j'entends sonner ma dernière heure;
Je vais quitter enfin ma profane demeure:
Déjà je ne vois plus qu'un nuage de feu;
L'arme est prête; je meurs : adieu, Charlotte ! adieu!

Par LABLÉE.

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(Cette lettre parait écrite le 2 juin 1674*, au moment où elle s'est rendue religieuse carmélite, sous le nom

de soeur Louise de la Miséricorde.)
Sire... quel autre titre, en l'état où je suis,
Me sied-il de donner au plus grand des Louis ?
Il m'est permis encor d'admirer votre gloire...
Des songes trop flatteurs remplissaient ma mémoire;
C'est l'instant du réveil... et j'écris à mon roi:
Vous cessez de m'aimer... tout est fini

pour

moi!

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(*) Mademoiselle de Montpensier prétendait que madame de la Vallière écrivit en effet, sous la dictée de M. de Lan

une lettre à Louis XIV, du couvent même des Carmélites, avant que d'y faire profession.

I de te

zun,

Vous savez si mon ame, à vous seul attachée,
De toutes vos grandeurs fut un moment touchée!
Vous m'aimâtes... l'amour me fit tout oublier.
A cet amour éteint j'ai pu sacrifier
Tout... jusqu'à la vertu : vous l'avez surmontée;
Le remords seul m'en reste... et vous m'avez quittée!
Vous ne me verrez point, les yeux noyés de pleurs,
Apporter à vos pieds ma honte et mes douleurs;
Trop peu sûre de moi, je craindrais que mes larmes
N'eussent plus de pouvoir qu'il n'en reste à mes charmes;
Et que mon cœur, suivant des sentimens trop doux,
Si vous étiez à moi ne fût encor à vous.

Tant que je vous verraiş toute votre inconstance
Me convaincrait trop peu de votre indifférence;
J'en douterais sans cesse,

et mon crédule amour
En pleurant l'infidèle attendrait son retour.

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Il faut qu'une barrière éternelle et barbare
Entre nous élevée à jamais nous sépare...
Pour m'arracher à vous il faut la voix d'un Dieu;
Mais cette voix l'emporte... et pour jamais... adieu!
Pour jamais!... ah! chassons cette importune image!
Le tems n'existe point; le tems fut notre ouvrage,
Et je n'aperçois plus dans sa mobilité
Qu'un fantôme fuyant devant l'éternité.
Eternité vivante, ô mon Dieu ! tu m'appelles;
Je te suis... mais éteins des flammes criminelles;

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