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Juge

Que

Redu.

A des

Je te

Pour Sur Et

Mon esprit si long-tems noirci
Pourra-t-il retrouver sous ses épais nuages
Les pinceaux du plaisir, les brillantes images,
Et lever le bandeau qui le tient obscurci?

Quand sur les champs de Syracuse
Un volcan vient au loin d'exercer ses fureurs,

Aux bords désolés d'Aréthuse
Daphné cherche-t-elle des fleurs?
Dans de mâles et sages rimes

Si de l'inflexible raison
Il ne fallait qu'offrir les stoïques maximes,
Ici plus que jamais j'en trouverais le ton:
Je sors de ces instans de force et de lumière

Où l'éclatante vérité,
Telle que le soleil au bout de sa carrière,
Donne à ses derniers feux sa plus vive clarté;
J'ai vu ce pas fatal où l'ame plus hardie,

S'élançant de ses tristes fers,
Et prête à voir finir le songe de la vie,

Au poids du vrai seul apprécie
Le néant de cet univers.
Eclairé sur les veux frivoles

Et sur les faux biens des humains,
Je pourrais à tes yeux renverser leurs idoles,
Les dieux de leur folie, ouvrage de leurs mains,

Et, dans mon ardeur intrépide,
De la vérité, moins tímide,

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Dont

Sans Sila

Jen

Osant rallumer le flambeau,
Juger et nommer tout avec cette assurance
Que j'ai su rapporter du sein de la souffrance

Et de l'école du tombeau.

Réduit comme je fus par l'arrêt inflexible

Et de la douleur et du sort, A demander aux ux

bienfait de la mort, Je te dirais aussi que cette mort,

horrible
Pour le vulgaire malheureux,
Pour un sage n'est point ce spectre si terrible
Sur qui les vils mortels n'osent lever les yeux;
Et qu'après avoir vu la misère profonde

Des insectes présomptueux,

De tous les êtres ennuyeux
Dont le ciel a chargé la surface du monde,

Et qui rampent dans ces bas lieux,

Au premier arrêt de la Parque,
Sans peine et d'un pas ferme, on passerait la barque ,
Si la tendre amitié, si le fidèle amour

N'arrêtaient l'ame dans leurs chaînes,
Et si leurs plaisirs, tour à tour
Plus vrais et plus vifs que nos peines,
Ne nous faisaient chérir le jour.

Mais de cette philosophie
Je ne réveille point les lugubres propos:

Tu n'es faite que pour la vie;
Et t'entretenir de tombeaux,

Comp

1

Arrac

Pour

Rena

Ce serait déployer sur la naissante aurore
Du soir d'un jour obscur les nuages épais,

Et donner à la jeune Flore

Une couronne de cyprès.
Qu'attends-tu cependant? Tu veux que ma mémoire,
Retournant sur des jours d'alarmes et d'ennuis,

T'en fasse la pénible histoire:
Sur quels déplorables récits

Exiges-tu que je m'arrête!
C'est rappeler mon ame aux portes de la mort.
J'y consens; mais bannis l'effroi de la tempête;

Je la raconte dans le port.
Sur ses rameaux brisés et semés sur la terre

Par la foudre ou l'effort des vents,
Un chêne voit enfin d'autres rameaux naissans,
Et, relevé des coups d'Eole et du tonnerre,

Il compte de nouveaux printems.
Le jour a reparu : rien n'est long-tems extrême.

Tel était mon affreux tourment;
J'ai souffert plus de maux au bord du monument

Que n'en apporte la mort même:
La douleur est un siècle, et la mort un moment.

Frappé d'une main foudroyante,
Et frappé dans le sein des arts et des amours,

De la santé la plus brillante
Je vis en un instant s'éteindre les beaux jours:
Ainsi d'un ruisseau pur la naïade éplorée,
Dans une froide nuit, par le fougueux Borée
De ses plus vives eaux voit enchaîner le cours.

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Dans cette langueur meurtrière,
Comptant les pas du tems trop lent aux malheureux,

Quarante fois de la lumière
J'ai vu disparaître les feux;
Quarante fois dans sa carrière
J'ai vu rentrer l'astre des cieux:
Et, dans un si long intervalle,

La Parque, d'une main fatale
Arrachant de mes yeux les paisibles pavots,
Pour moi ne fila point une heure de repos;
Par le souffle brûlant de la fièvre indomptée

Chaque jour ma force emportée Renaissait chaque jour pour de tourmens nouveaux :

Dans la fable de Prométhée

Tu vois l'histoire de mes maux.
Après l'effroi qui suit l'attente du supplice,

Voilé des plus noires couleurs,
Parut enfin ce jour de malheureux auspice
Où de l'humanité j'épuisai les douleurs :
Couché sur un bûcher, et l'autel et le trône

D'Esculape et de Tisiphone,
Courbé sous le pouvoir de leurs prêtres cruels,
J'ai vu couler mon sang sous les couteaux mortels.
Mon ame s'avança vers les rivages sombres:
Mais quel rayon lancé du sein des immortels,
L'arrêtant à travers la région des ombres,
Vint ranimer mes sens sur ces sanglans autels!

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Je crus sortir du noir abyme
Quand, revenant au jour, je me vis délivré:
Je trompai le trépas, ainsi qu'une victime

Que frappe un bras mal assuré;
Inutilement poursuivie,
Et plus forte par

la douleur,
Elle arrache en fuyant les restes de sa vie
Aux
coups

du sacrificateur. Il est une jeune déesse, Plus agile qu'Hébé, plus fraîche que

Vénus:
Elle écarte les maux,

les langueurs, la faiblesse;
Sans elle la beauté n'est plus;
Les Amours, Bacchus et Morphée
La soutiennent sur un trophée
De myrte et de pampres orné,
Tandis qu'à ses pieds abattue
Rampe l'inutile statue

Du dieu d'Epidaure enchaîné.
Ame de l'univers , charme de nos années,

Heureuse et tranquille Santé,
Toi qui viens renouer le fil de mes journées,
Et rendre à mon esprit sa plus vive clarté,
Quand, prodigues des dons d'une courte jeunesse,
Ne portant que la honte et d'amères douleurs

A la trop précoce vieillesse,
Les aveugles mortels abrègent tes faveurs,
Je vais sacrifier dans ton temple champêtre,

Loin des cités et de l'ennui.

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