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Tout nous appelle aux champs; le printems va renaître,

Et j'y vais renaître avec lui.
Dans cette retraite chérie
De la Sagesse et du Plaisir
Avec quel goût je vais cueillir
La première épine fleurie,
Et de Philomèle attendrie
Recevoir le premier soupir!
Avec les fleurs dont la prairie
A chaque instant va s'embellir
Mon ame, trop long-tems flétrie,
Va de nouveau s'épanouir,
Et, loin de toute rêverie,

Voltiger avec le zephyr.
Occupé tout entier du soin, du plaisir d'être,

Au sortir du néant affreux
Je ne songerai qu'à voir naître
Ces bois, ces berceaux amoureux,
Et cette mousse et ces fougères
Qui seront, dans les plus beaux jours,
Le trône des tendres bergères,
Et l'autel des heureux amours.

O jours de la convalescence!
Jours d'une pure volupté!
C'est une nouvelle naissance,

Un rayon d'immortalité.
Quel feu! tous les plaisirs ont volé dans mon ame:
J'adore avec transport le céleste flambeau;

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Tout m'intéresse, tout m'enflamme;

Pour moi l'univers est nouveau. Sans doute

que le dieu qui nous rend l'existence
A l'heureuse convalescence
Pour de nouveaux plaisirs donne de nouveaux sens;

A ses regards impatiens
Le chaos fuit, tout naît, la lumière commence,

Tout brille des feux du printems.
Les plus simples objets, le chant d'une fauvette,
Le matin d'un beau jour, la verdure des bois,

La fraîcheur d'une violette,
Mille spectacles qu'autrefois

On voyait avec nonchalance,
Transportent aujourd'hui, présentent des appas

Inconnus à l'indifférence,
Et
que

la foule ne voit pas.
Tout s'émousse dans l'habitude;

L'Amour s'endort sans volupté;
Las des mêmes plaisirs, las de leur multitude,

Le sentiment n'est plus flatté;
Dans le fracas des jeux, dans la plus vive orgie,

L'esprit, sans force et sans clarté,
Ne trouve que la léthargie

De l'insipide oisiveté.
Cléon, depuis dix ans de fêtes et d'ivresse,
Frais, brillant d'embonpoint, ramené chaque jour

Entre la jeunesse et l'amour,
Dans le néant de la mollesse
Dort et végete tour à tour.

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Lisis, depuis long-tems plongé dans les ténèbres

Entre Hippocrate et les ennuis,

Libre de leurs chaînes funèbres,
Vient de quitter enfin leurs lugubres réduits.
Observez-les tous deux dans une même fête :
Cléon n'y paraîtra que distrait ou glacé;
Tout glisse sur ses sens, nul plaisir ne s'arrête

Au fond de son cæur émoussé.
Tout charmera Lisis : cette nymphe est plus belle;

Cette sirène a mieux chanté;
D'un plus aimable feu ce Champagne étincelle;
Ces convives joyeux sont la troupe immortelle;
Cette brune charmante est la divinité.
Cléon est un sultan qu’un bonheur trop facile
Prive du sentiment, des ardeurs, des transports:
En vain de cent beautés une troupe inutile
Lui cherche des desirs; infructueux efforts;

Mahomet est aux rangs des morts.
Lisis, dans ses ardeurs nouvelles,
Est un voyageur de retour:

Eloigné des jeux et des belles,
Le plus triste vaisseau fut long-tems son séjour:
Il touche le rivage ; à l'instant tout l'invite;

Et pour Lisis, dans ce beau jour,
La première Philis des hameaux d'alentour

Est la sultane favorite
Et le miracle de l'amour.

Par GRESSET.
Tome XI.

9

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le ciel jaloux ravit dans son printems; Toi de qui je conserve un souvenir fidelle;

Vainqueur de la mort et du tems,
Toi dont la perte, après dix ans,

M'est encore affreuse et nouvelle,
Si tout n'est pas détruit, si sur les sombres bords
Ce souffle si caché, cette faible étincelle,
Cet esprit, le moteur et l'esclave du corps,
Ce je ne sais quels sens qu'on nomme ame immortelle,
Reste inconnu de nous, est vivant chez les morts;
S'il est vrai que tu sois, et si tu peux m'entendre,
O mon cher Genonville, avec plaisir reçoi
Ces vers et ces soupirs que je donne à ta cendre,
Monument d'un amour immortel comme toi.
Il te souvient du tems où l'aimable Egérie,

Dans les beaux jours de notre vie,
Ecoutait nos chansons, partageait nos ardeurs:
Nous nous•aimions tous trois; la raison la folie,
L'amour, l'enchantement des plus tendres erreurs,

Tout réunissait nos trois cæurs.
Que nous étions beureux! même cette indigence,

Triste compagne des beaux jours,

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Ne put de notre joie empoisonner le cours.
Jeunes , gais, satisfaits, sans soins, sans prévoyance,
Aux douceurs du présent bornant tous nos desirs,
Quel besoin avions-nous d'une vaine abondance?
Nous possédions bien mieux ! nous avions les plaisirs :
Ces plaisirs, ces beaux jours coulés dans la mollesse ,

Ces ris, enfans de l'allégresse,
Sont passés avec toi dans la nuit du trépas!
Le ciel en récompense accorde à ta maîtresse

Des grandeurs et de la richesse ,
Appuis de l'âge mûr, éclatant embarras,
Faible soulagement quand on perd sa jeunesse :
La fortune est chez elle où fut jadis l'amour.
Les plaisirs ont leur tems; la sagesse a son tour.
L'amour s'est envolé sur l'aile du bel âge;
Mais jamais l'amitié ne fuit du caur du sage.
Nous chantons quelquefois et tes vers et les miens,
De ton aimable esprit nous célébrons les charmes;
Ton nom se mêle encore à tous nos entretiens;
Nous lisons tes écrits, nous les baignons de larmes.
Loin de nous à jamais ces mortels endurcis,
Indignes du beau nom du nom sacré d'amis,
Ou toujours remplis d'eux, ou toujours hors d'eux-même,
Au monde, à l'inconstance ardens à se livrer,
Malheureux dont le cæur ne sait pas comme on aime,
Et qui n'ont point connu la douceur de pleurer!

Par VOLTAIRE.

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