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avidité ne foit communément ra£ fafiée que du faux, du ridicule » de l'incroyable répandus dans les contes, dont on amufe ce premier âge. Quel profit ne pourroicon pas faire de cette curiofité pour jetter dans ces jeunes efprits les femences du beau & de l'honnête -, pour y graver, par la main du plaifir, des principes puifés dans cette religion toute divine, qui les reconnoît déjà pour fes enfans? Les fables de la Fontaine , qu'on leur met en main, font un excellent livre, fans doute. Mais l'expérience a dû nous apprendre, qu'elles font au-defTus de leur portée, & que l'obligation, qu'on leur impofe de les imprimer dans leur mémoire,". fans les entendre , fuffit quelquefois pour les dégoûter de. les lire dans un âge plus formé» & plus capable d'en tirer quelque utilité. Ne feroit-il pas à defirer qu'une

plume habile & zélée pour le bien public tic un recueuil de faits & d'anecdotes vraies, intéreffântes, extraites de nos meilleurs hiftoriens, &: propres à infpirer le goût de toutes les vertus morales &c chrétiennes , ainfî que l'horreur du vice. Ce petit ouvrage écrit d'une manière (impie & naïve,ferviroit d'abord aux perfonnes chargées de cette tendre enfance. Elles fc nourriroient elles-mêmes de ce tréfor, pour le faire paner enfuite dans l'âme de leurs élevés. Ceuxci bientôt après en jouiroient par eux-mçmes.; & ce prélude les conduiroit, fans peine, à des lectures plus férieufes.

Cette inclination pour le récit n'eft pas un privilège de l'enfance: elle nous . accompagne pendant toute notre vie. Dans tous les états, l'art de raconter eft un de nos amufemens les plus délicieux -, il aflaifonne tous nos plaifirs. Il nous inftruic même & nous forme. ( i ) » Ignorer, dit Cicéron, ce qui s'eft » fait avant nous, c'eft être tou» jours enfant. Qu'eft-ce en effet » que la durée de l'homme, fi le » fouvenir des chofes paffées n'u» nie point fa vie avec les temps » qui l'ont précédé?» Il feroit inutile de s'étendre ici fur les avantages infinis de l'hiftoire, de la fable & des autres objets du récit. Mille autres les ont détaillés, dans tous les temps. Mais il eft néceffaire d'en conclure , qu'un genre de littérature û propre à contribuer à la douceur de notre vie &

(i) Ncfcirc quid antea quàm natus fis, accident , id eft feinper efle puerum. Quid enim eft ztas hominis, nifi quum memoriâ rerum veterum cum fuperiorum setate contexitur. Cic. orator. e, zi.

même à la perfe&ion de nos mœurs , mérite une attention particulière. Les défauts d'un ouvrage le rendent ordinairement ftérilc; & plus encore dans notre fiécle, que dans tout autre. Souvent on .y confidere moins le fujet donc l'Auteur s'eft occupé, que la manière dont il eft écrit.

On fçait affez quelle influence a fur les efprits. la manière de raconter. L'arc de préfenter les faits d'un certain côté, d'affoiblir certaines circonftances & d'en fortifier d'autres, fans altérer eflentiellemenc la vérité , enfin d'y inférer quelques cources réflexions , tait voir aux lecteurs les objets revêtus des mêmes couleurs fous lefquelles le préjugé ou l'entêtement les montre à l'écrivain lui-même. C'eft ainfi que Rapin Thoiras (i) invec

(i) Differt. fui les Wigs & les Toris.

tive contre Laud, Archevêque de Cantorbéry, qui prêchoit l'Obéi/^ fance pajjive , fous le régne de Charles premier, & que l'Auteur du Dictionnaire Hiftorique en fïx vol. (i) fe croie obligé d'exeufer la réfiftance de S. Thomas , Archevêque de la même ville, aux entreprifes de Henri II. Il eft donc eiTentiel, même aux lecteurs, de ne pas ignorer les principes & les régies qui concourent à former un bon récit, foit pour éviter de îemblablesécueuils, lorsqu'ils font obligés de raconter, foit pour ne point donner dans les pièges où conduit fouvent la le&ure. A l'aide de ces lumières on découvre l'artifice, & l'on punit l'Auteur qui veut nous tromper, par le mépris qu'il mérite.

(i) Art, Thomas de Cantorbéry.

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