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agneau qui est là comme égorgé, agnum stantem tan

quam occisum 1.

A l'entendre, l'Observateur confesse que l'Eglise n'est qu'un grand et perpétuel sacerdoce. Quel office lui attribue-t-il ? « Si les auteurs des Essais s'étaient contentés de dire, avec les saints Pères et les écrivains catholiques les plus savants, que l'Église, par Jésus-Christ, qui est le seul véritable prêtre, offre à Dieu perpétuellement le sacrifice et l'encens des prières des saints et les mérites que les justes ont acquis en Jésus-Christ ; que, de cette manière, chaque fidèle, uni à Jésus-Christ conime membre de l'Église, et étant dans la charité, est prêtre en ce sens qu'il participe à cette grande et perpétuelle oblation de Jésus-Christ, alors nous eussions adhéré à leur doctrine, qui ne serait autre que la doctrine catholique enseignée par saint Pierre et par saint Jean dans les passages qu'ils ont cités, par saint Ambroise et par un grand nombre de Pères que nous pourrions leur indiquer. Mais si nous comprenons bien MM. Bordas-Demoulin et Huet, ils ne se contentent pas de cette doctrine, et ils attribuent à chaque fidèle en particulier le sacerdoce proprement dit ou le ministère 2. »

Oui, je le répète, pour le baptême nous attribuons le ministère à chaque fidèle en particulier et même à toute

1. Apoc., V, 6. 2. No du 16 septembre 1856.

créature humaine. Cette question, puisqu'on en fait une, sera examinée plus loin. Bornons-nous ici à observer qu'elle est entièrement différente de celle qui consiste à savoir s'il existe un sacerdoce intérieur appartenant au corps des justes, et agissant concurremment avec le sacerdoce extérieur, ministériel. L'Observateur semble réellement l'admettre d'après les deux derniers passages qu'on vient de lire et un autre que voici : « Le sacerdoce, selon les Pères, est la continuation au sein de l'Église de la médiation de Jésus-Christ au moyen du sacrifice. L'Église, par les fidèles unis à Jésus-Christ dans la foi et dans la charité, offre le sacrifice; mais le prêtre seul, en vertu du sacerdoce de Jésus-Christ

perpétué en lui, est le sacrificateur, par conséquent le seul prêtre dans le sens strict du mot?. »

Le grand et perpétuel sacerdoce de l'Église , dont nous parlions tout à l'heure et que l'Observateur adopte, il le place dans les fidèles ayant la charité et offrant le sacrifice. Ils ne peuvent offrir le sacrifice sans contribuer à l'immolation, qui est l'essence du sacrifice. Ils n'y contribuent point en prononçant les paroles consécratoires, c'est la part qu'y prend exclusivement le ministre ; ils y prennent donc la leur en suppliant le Saint-Esprit d'opérer la transsubstantiation ou immolation. Mais si c'est à leur prière que le SaintEsprit produit l'eucharistie, c'est aussi à leur prière, par la même raison, qu'il produit l'effet de tous les sacrements. Et voilà que l'Observateur enseigne lui-même ce qu'il attaque impérieusement en nous. La contradiction est flagrante. Il paraît qu'elle ne lui suffit pas.

1. Observateur, p. 317.

Reprenons quelques-unes des lignes qui ont été considérées. « Nous comprenons parfaitement, disait-il, que l'Église n'est qu'un grand et perpétuel sacerdoce ; mais nous distinguons ce sacerdoce, entendu d'une manière générale et mystique, du ministère; » dans un autre endroit il développe ainsi ces paroles : « La doctrine mystique sur le sacerdoce entendu lato sensu est celle-ci : tout fidèle uni à Jésus-Christ par la foi et la charité agit en lui; il s'offre en Jésus-Christ, qui est l’unique prêtre; il s'immole en lui comme victime, et il remplit ainsi par Jésus-Christ la fonction sacerdotale par excellence, qui est le sacrifice1. »

Ici le fidèle s'offre en Jésus-Christ, s'immole comme victime, mais il n'offre point, n'immole point JésusChrist. L'infini sépare ces deux notions

que

l'Observateur donne tour à tour du sacerdoce des justes. La dernière, il est vrai, a l'avantage de s'accorder avec la négation que l'effet sacramentel est dû aux prières des saints; car si le fidèle n'offre que soi, il ne concourt point à la transsubstantiation, ni à l'effet d'aucun sacrement. Mais que faire de l'autre notion, qui pourtant est la véritable?

1. Observateur, p. 316.

« Le sacrifice eucharistique, qui s'offre tous les jours dans nos églises, dit Rastignac, archevêque de Tours, est donc tout à la fois le sacrifice de Jésus-Christ et le nôtre : c'est le sacrifice du Cbrist entier, du chef et des membres. Jésus-Christ s'y offre à son Père; mais tout le corps de l'Église et chacun des fidèles l'offrent avec lui et par lui, étant incorporés à ce pontife éternel et associés à son sacerdoce. De là l'auguste qualité de prêtres que saint Pierre reconnaît dans tous les vrais chrétiens, sans préjudice toutefois du sacerdoce extérieur, public et ministériel, qui n'appartient qu'à ceux qui ont été consacrés

par

l'ordination pour offrir à Dieu la victime de salut au nom de Jésus-Christ et de l'Église : Vous êtes, dit cet apôtre aux fidèles à qui il écrit, vous êtes un ordre de prêtres et de rois, vous êtes un sacerdoce saint, destiné à offrir à Dieu des victimes spirituelles qui lui sont agréables par Jésus-Christ'. De là encore ce cantique d'action de grâces que les bienheureux chantent dans le ciel en l'honneur de l'Agneau qui les a rachetés par son sang et rendus participants de sa royauté et de son sacerdoce 2. Si tous les fidèles ne font qu'un avec Jésus-Christ considéré comme prêtre, ils ne font non plus qu'un avec ce divin chef

>

1. I Pierre, 11, 5, 9. 2. Apocal., V, 10.

considéré comme victime. C'est Jésus-Christ qui est sur l'autel le prêtre et la victime du sacrifice; mais toute son Église et tous les fidèles offrent et sont offerts conjointement, et ne forment avec lui qu'un seul prêtre et une seule victime 1.>>

Tous les chrétiens ne doivent-ils pas offrir le sacrifice à Dieu? se demande la Théologie morale de Grenoble.

Elle répond : « Comme il y a deux sortes de sacrifices, l'intérieur et l'extérieur, il est certain que le sacrifice intérieur, qui consiste dans une oblation entière et universelle que nous faisons à Dieu dans le fond de nos cours de tout ce que nous sommes, ne doit pas seulement être offert par les prêtres, mais encore par tous les fidèles, qui reconnaissent par ce moyen, autant qu'il est en eux, le souverain domaine de leur Créateur. Mais le sacrifice extérieur de la religion (qui est fait pour représenter solennellement le sacrifice intérieur et la soumission parfaite que tous les fidèles font profession d'avoir pour les ordres de la divine Majesté, et qui n'est autre que celui de la messe) ne doit et ne peut être offert visiblement et par un ministère extérieur que par les ministres qui ont été établis particulièrement pour cela, par l'ordre de Dieu même et par la dispensation de l'Église 2. »

1. Instruct. pastor. sur la justice chrétienne. 2. T. III, p. 399.

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