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DE

BORDAS-DEMOULIN

DÉFENSE

DES POUVOIRS CONSTITUTIFS DE L'ÉGLISE

LIVRE II (suite)

CHAPITRE III

LE SACERDOCE DES LAÏQUES DÉFENDU CONTRE

L'OBSERVATEUR CATHOLIQUE.

Niant que les justes concourent à administrer les sacrements, l'Observateur nie le sacerdoce laïque. C'est d'ailleurs ce qu'il exprime formellement. « Nous ne croyons pas, dit-il, que les laïques participent au sacerdoce. Le sacerdoce, dans son essence comme dans son exercice, n'est conféré que par un moyen divin, que, dans l'Église, on appelle le sacrement de l'ordre ou l'ordination 1. )

* Les titres précédés d'un astérisque n'appartiennent pas à l'auteur.

(Note de l'Éditeur.) 1. N° 20, 16 juillet 1856, p. 211.

a

M. Huet et moi lui avons répondu : « Il est à remarquer que l'Observateur rejette absolument et sans distinction ce principe, que les laïques participent au sacerdoce. Il ne s'agit point des droits de la hiérarchie, de la supériorité des évêques et des prêtres sur les simples fidèles : l'Observateur sait parfaitement que nous acceptons là-dessus tout ce que croit l'Église, et que

le concile de Trente a défini. En un mot, c'est une participation quelconque des laïques au sacerdoce que conteste l'Observateur. Eh bien ! réduite à ces termes, nous disons que c'est sa proposition qui est contraire à l'enseignement de l'Écriture et des Pères. Saint Pierre, le premier des apôtres, écrit à tous les chrétiens : « Vous êtes la race élue, l'ordre des prêtres-rois (ou un « sacerdoce royal), une nation sainte, un peuple d’ac

quisition 1. » Saint Jean appelle Jésus-Christ « le « témoin fidèle qui nous a aimés et lavés dans son « sang, et nous a faits rois et prêtres de Dieu son « Père 2.

« Chaque chrétien, dit à son tour saint Ambroise, « est sacré prêtre, est sacré roi 8. » Sur cette question, Calmet résume ainsi les Pères : « Nous participons au « sacerdoce et à la royauté de Jésus-Christ... Dans les

(

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)

1. I Pierre, il,

9. 2. Apoc., 1, 5, 6; V, 10.

3. Unusquisque ungitur in sacerdotium, ungitur in regnum. De Sacram., l. IV, c. I.

« autres Etats, il n'y a qu'un roi et un fort petit « nombre de prêtres. Dans l'Église de Jésus-Christ, « nous sommes autant de rois et de prêtres que de « fidèles. Les prêtres étaient fort en honneur chez les « Hébreux, mais leur sacerdoce était fort au-dessous « de celui des simples chrétiens. »

« Certainement nous n'avons rien de plus fort. Ne seraient-ce donc là que des paroles en l'air, et qui ne seraient vraies en aucun sens? L'Observateur oserait-il le soutenir ? Cependant, c'est ce qu'on pourrait inférer de la censure absolue qu'il a cru pouvoir faire de la doctrine des auteurs des Essais. Il n'a pas compris que l'Église tout entière n'est qu'un grand et perpétuel sacerdoce, et qu'exclure les fidèles de toute participation au sacerdoce, c'est les exclure de l'Église1, »

Que réplique l'Observateur? « Nous comprenons parfaitement, dit-il, que l'Église n'est qu'un grand et perpétuel sacerdoce ; mais nous distinguons ce sacerdoce, entendu d'une manière générale et mystique, du ministère institué par Jésus-Christ, et qui, seul, est sacerdoce proprement dit. Les auteurs des Essais confon'dent à tort ces deux choses qui sont cependant fort distinctes, et qu'ils ne peuvent identifier sans tomber dans une grave erreur 1. »

1. N° 24, 16 seplembre 1856, p. 311.

Nous n'identifions ni ne confondons ces deux choses, et une des preuves, c'est la doctrine même que nous soutenons et que le critique attaque. Qu'enseignonsnous ? Que l'acte du ministre qui confère le sacrement ne suffit pas pour que le sacrement ait son effet, qu'il faut encore la prière des justes, et qu'avec la prière des justes on n'aurait point l'effet du sacrement sans l'acte du ministre qui fait la cérémonie sacramentelle ; qu'ainsi les sacrements exigent le concours de deux sacerdoces, l'un extérieur, fondé sur l'ordination, l'autre intérieur, fondé sur la sainteté. A la vérité, puisque les laïques baptisent, ils participent par leur seule qualité d'hommes et sans ordination au sacerdoce ministériel. Mais le sacerdoce intérieur n'en continue pas moins à être distingué du sacerdoce extérieur. Le baptême que le laïque donne, comme le baptême que donne le prêtre, n'a d'effet que par la prière des justes, effet auquel, de même que

le prêtre privé de sainteté, ce laïque ne contribue en rien s'il n'est pas saint. .

Il nous semble que le mot sacerdoce convient aussi bien à la sainteté qu'au ministère. La sainteté obtenant l'effet, c'est à elle qu'est dû ce qu'il y a de plus grand, ou plutôt de réellement important dans les sacrements et le sacrifice. Le sacerdoce ministériel sera aboli à la fin des siècles, tandis que le sacerdoce de la sainteté offrira éternellement le sacrifice. Saint Jean voit un

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