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PARIS

IMPRIMERIE DE J. CLAYE

RUE SAINT-BENOIT, 7

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GARNIER FRÈRES, LIBRAIRES

PALAIS-ROYAL, 215, RUE DES SAINTS-PÈRES,

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MDCCC LYI

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Lundi 26 septembre 1853.

MASSILLON.

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Une Histoire de la vie et des ouvrages de Massillon nous manque : ce serait un sujet heureux. On a déjà bien des anecdotes, qu'il faudrait vérifier pourtant et rassembler avec ordre; des recherches suivies produiraient infailliblement quelques résultats. Une grande quantité de lettres de Massillon ont été soustraites au moment de sa mort : serait-il impossible de les recouvrer? Il y aurait à dresser un historique de ses princi. paux sermons, à en fixer la date avec les circonstances mémorables qui s'y rattachent. Une Étude complète sur Massil. lon deviendrait naturellement celle de l'éloquence même dans la dernière moitié du règne de Louis XIV; on y suivrait ce beau fleuve de l'éloquence sacrée, on le descendrait dans toute la magnificence de son cours; on en marquerait les changements à partir de l'endroit où il devient moins rapide, moins impétueux, moins sonore, où il perd de la grandeur austère ou de l'incomparable majesté que lui donnaient ses rives, et où, dans un paysage plus riche en apparence , plus vaste d'étendue, mais plus effacé, il s'élargit et se mêle insensiblement à d'autres eaux comme aux approches de l'embouchure.

Le nom et l'oeuvre de Massillon correspondent à ces deux monents, je veux dire à celui de la plus grande magnificence et à celui de la profusion dernière. Jean-Baptiste Massillon,

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né à Hyères en Provence le 24 juin 1663, fils d'un notaire du lieu, mentra de bonne heure ces grâces de l'esprit et de la personne, ces dons naturels de la parole et de la persuasion qui ont distingué tant d'hommes éminents sortis de ces mêmes contrées et qui semblent un héritage ininterrompude l'ancienne Grèce. Il fit ses premières études à Marseille chez les Prêtres de l'Oratoire. On raconte qu'enfant, au sortir du sermon, son plus grand plaisir était de rassembler autour de lui ses condisciples et de leur répéter ou de leur refaire le discours qu'ils venaient d'entendre. Il entra dans la congrégation de l'Oratoire à Aix, le 10 octobre 1681, et alla faire l'année suivante sa théulogie à Arles; puis il professa aux colléges de Pézenas et de Montbrison. Tout annonçait en lui la supériorité et un mérite fait pour briller, et l'on s'explique peu comment, vers cette époque, il écrivait au général de l'Oratoire SainteMarthe « que, son talent et son inclination l'éloignant de la Chaire, il croyait qu'une Philosophie ou une Théologie lui conviendraient mieux. » Ce n'était sans doute qu’un dégoût passager qui le faisait parler de la sorte. Ici se présente ou se glisse une question délicate, et sur laquelle on n'a que des réponses obscures. Massillon jeune a-t-il connu les passions? Un de ses biographes (Audin) a raconté à ce sujet des détails qu'il dit tenir de source authentique : il s'ensuivrait que

Massillon, dans cette première jeunesse, aurait eu quelques écarts de conduite qui l'auraient brouillé avec ses supérieurs, avec lesquels toutefois il ne tarda point à se réconcilier. J'ai trouvé daus les notes manuscrites de la Bibliothèque de Troyes une inculpation du même genre, mais provenant d'une source toute janseniste (1). Il n'y aurait , au reste, rien que de trèssimple et de très-naturel à cela : Massillon jeune, beau, doué de sensibilité et de tendresse, ayant du Racine en lui par le génie et par le cæur, put avoir en ces vives années quelques égarements, quelques chutes ou rechutes, s'en repentir aussitôt, et c'est à ces premiers orages peut-être et à son effort pour en triompher qu'il faut attribuer sa retraite à l'abbaye pénitente de Septfonts. Quand on lui demandait plus tard où il avait pris cette connaissance approfondie du monde et des

(1) Chaudon, dans une lettre au savant bibliographe Barbier, dit la même chose ( Bulletin du Bibliophile, 1839, p. 617),

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