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en quatre & l'on mettoit un quarré de mouílèline dans chaque pli pour empêcher les couches de graines collées sur la toile de se toucher ; on couvroit enfin le paquet d'une simple enveloppe de papier , comme une lettre ordinaire •> &C la graine arrivoit en bon état.

Lorsque le trajet n'est pas aussi long & qu'on fait l'envoi en hiver qui est la vraie saison pour le faire , il suffit de plier la graine ( toute détachée ) dans plusieurs petits paquets de papier de demi-once chacun ; ou bien dans des tuyaux de roseau dont les deux bouts percés soient recouverts d'une toile claire, qu'on lie au tour de chaque bout à-peu-près comme on coëffe une bouteille de liqueur. •

J'ai cent exemples qu'une graine trop entassée dans un même paquet, s'échauffe également sans^tre trans

{tortée & par un long séjour , lorsque a saison n'est même que tempérée: il s'y forme , comme dans toutes les .matières animales & végétales entassées , une chaleur intestine qui la fait transpirer ; & cette transpiration pli» ou moins sorte , plus on moins retenue, cause dans les graines différeras dégrés d'altération dont le Ver à soie qui en provient, ne manque gueres tôt ou tard de se ressentir.

De-là on peut rendre raison d'un Phœnoméne observé de tout tems fur les graines^sçavoir,quelles ne réulììílènt point la premiere année : on ne doit, je crois, s'en prendre qu'à la manière ordinaire de Jes transporter : & c'est un avis dont peuvent profiter les Ha^bitans des Provinces voisines des Cevenes où l'on vient se pourvoir ; ceux qui les apportent n'y cherchent point tant de façons : ils en entaílènt plusieurs livres dans un même sac; au lieu d'en faire beaucoup de petits paquets.

De l'hyvernage de la graine.

Le soin qu'on doit avoir de ne point trop entaíllr la graine, ne doit pas être borné , comme nous l'avons vû , au tems du transport; il doit s'étendre à celui quì s'écoule depuis la Ponte jusqu'à la couvée. Les Magnaguiers s'appliquent :auíli dans cet intervale à donner à leur graine une juste mesure de fraîcheur; & c'est ce qu'on appelle hyverner la graine.

Les œufs des vers à soie & ceux des autres insectes ne sont pas destinés à éclorre par le moyen de l'incubation comme ceux des oiseaux , qui pour l'ordinaire n'éclosent point autrement. La couvée des vers à soie, lorsque l'art n'y entre pour rien, se fait à la seule chaleur de l'air ; 8c elle commence dèsque la graine est pondue: huit jours après , l'embryon est tout aussi - bien sormé qu'il paroît l'être 3 ou 4 jours avant la naiflance du Ver ( a ) ; mais il a besoin pour achever de se développer d'une certaine mesure de chaleur donnée peu-à-peu dans le courant de l'année ; cette mesure, qu'il feroit

(a) Dans ces.premiers tems, c'est une maíie charnue , dispoíeeen anneau & entourée d'une humeur visqueuse : je n'ai pû voir à la loupe aucun membre distinct; ils ne se développent bien qu'un où deux jours avant la naissance. difficile de déterminer, étant remplie j le Ver éclôt de lui-même dans quelque saison que ce soit : il éclorroit avant le retour du Printems dans les endroits les plus frais si la somme des dégrés de chaleur de chaque jour d'Eté égaloit celle qui est nécesiaire pour faire éclorre ; & il éclorroit beaucoup plus tard , s'il ne recevoit cette même chaleur que dans un tems plus reculé.

Cela est si vrai , que sous les Tropiques , qui est la position des Ifles de France 8c de Bourbon , les graines éclosent d'elles-mêmes dans 5 à 6 mois: ce terme est prolongé du double dans notre zone : la naissance des Vers fe+ roit plus retardée encore à mesure qu'on approcheroit du Nord, & l'on fcroit probablement durer les graines 1 jusqu'à deux années., ou au-delà íans sortir de ce Pays-ci, dans certains quartiers de nos Montagnes , telles que la Losere 5c l'Èspcrou où il géle presque tous les jours de l'année.

Le moyen d'empêcher les graines d'éclorre. pendant un tems considérable, loin d'être l'objet d'une frivole

curiosité A turiosité , seroic dans bien des occasions d'une utile ressource; soit lorsque la disette des j^raincs en fait prodigieusement haufler le prix , soit lorsque les couvées viennent à manquer; ou enfin quand la gelée qui a broui les bourgeons du Mûrier , oblige à jetter les Vers déjà éclos. II y a des années où la graine ne vaut que 5 f. l'once, & nous lavons vue en 1750 à un loiiis : la provision qu'on en feroit à vil prix aux années d'abondance supplééroit à celles de disette & de cherté.

Pour conserver long-tems cette pro- fy**vision en bon état il suffit de diminuer p°"«

« 1 c . , • prolon"

beaucoup la tranlpiration des graines ; ger la & l'on y parvient, ou en les couvrant^gt-lid'un enduit convenable, ou en les ex-nes* posant au froid pendant toute l'année.

Je tentai la premiere voie indiquée dans les Mémoires de Mr. de Reaumur. Le succès qu'il avoit eu sur les œufs des oiseaux me faisoit espérer; il falloit mettre sur la graine un enduit que l'on pût détacher avec de l'eau tiéde avant de mettre couver; Thui

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