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Vers à soie. C'est au mois de Mars qu'on prend plus aisément à la Campagne les Rats & les Souris , lorsque la disette des vivres leur fait abandonner les champs pour se réfugier dans les maisons : ils sont alors moins difficiles sur l'appât qu'on leur présente. C'est letems propre pour tendre les traquenards, les souricieres & les autres engins de cette espéce sur-tout cette sorte de trape ou d'assomoir , appellé quatre de chiffre, qui m'a mieux réulsi qu'aucun autre piége.

Si l'on veut outre cela s les empoisonner , ce qui n'est que mieux , il faut les avoir auparavant amorcé pendant quelques jours avec de l'appât fans mêlange , pour leur préíenter ensuite le poiíon qui doit être caché avec soin : s'il est mal déguisé, il n'y a que les plus jeunes qui s'y attrapent ; j'ai éprouvé bien des sois que rien n'est plus rusé ou plus méfiant qu'un vieux Rat , il soupçonne, ou il sent le poison dans la Noix vomique , l'Arsenik & le sublimé corrosif, qui n'ont aucune odeur qui nous soit sensible 6c qui doivent en avoir moìns encore, lorsque ces drogues sont enveloppées de lard , de fromage & d'autres pareils appâts , les Rats y vont flairer , mais ils n'y touchent pas, s'ils ne sont bien pressés par la faim.

A l'égard des .Insectes , nos Vers à foie ne sont pas communément exposés à leurs différentes attaques; î'usage où sont la plupart des Magnaguiers* de tenir leur bétail dans l'obfcurité , ou dans des appartemens dont les fenêtres sont bouchées avec des chassis , les met suffisamment à l'abri.

Je ferai remarquer sur cela une pratique de Mr. de la Nux , qui éleve prefqu'en plein air ses Vers à soie à l'i fie de Bourbon, ou dans des atteliers tout ouverts : il me marquoit qu'il avoit eu bien de la peine à les garantir des insultes des Insectes aîlés, tels entre autres que les Guêpes ; mais pour les autres, c'est-à-dire , les Araignées, les Fourmis , les Kakerlaques (a) & même

(b) Grand Insecte des Indes , & du gente des Blattes dont on a vû la description.

les Lezards & les Souris, il étoit venu à bout de s'en délivrer en mettant au bas de chaque montant, ou de ces potaux sur lesquels portent les tables , une bande de coton large de deux doigts & trempée dans du Goudron, ou dans de l'huile grafle de noix, qu'il avoit soin de rafraîchir & d'engluer de nouveau lorsqu'elle venoit à sécher. Cest une barrière que cesdiíFérens animaux ne sçauroient franchir ; ils s'y empêtrent dès le premiers pas & ne vont pas plus avant.

Mr. de la Nux ajoutoit sur cela une observation curieuse ; il avoit remarqué que li on vient à jetrer sur les Vers à soie quelque sourmi mêlée avec la feuille , elle ne leur fait point de mal lorsqu'elle n'a point d'iflue pour emporter fa proie.

Nous n'avons à nous plaindre à cet égard tout au plus que des Blattes domestiques ( dont nous avons parlé ci-devant ) lorsque les Vers sont à portée d'une cuisine ou d'une boulangerie ; & en ce cas , la bande goudronnée , qu'on appliqueroit aux extcêmités du porte clayon , seroit It meilleur préíervatif qu'on pût indiquer.

Les précautions dont nous venons r^^.. de parler ne doivent pas dispenser le Magnaguier de veiller continuellement guier*. sur son bétail, il ne doit jamais le perdre de vue pour un tems considérable , pour peu qu'il y ait quelque choie à craindre du côté du feu ou de la chaleur du dehors; s'il est attentif 8c soigneux comme il doit l'être, il trouvera toujours à. faire en visitant ses clayons, ou ses tables pour connoître les besoins de son bétail, pour voir s'il est tems de donner le repas, íi on a jetté également par tout de la feuille , si la litiere ne s'épaiísit pas trop, si les Vers sont trop serrés, si l'on sent quelqu'odcur qui vienne de mal-propretés si les Vers s'apprêtent à muer , si le degré de chaleur est convenable fans que l'air soit étouffé, &c. &c. &c.

C'est une épargne mal entendue de laifler faire au Magnaguier tout le travail du dehors & du dedans pour éviter la dépense d'un ouvrier qui aille querir la feuille cela ne peut avoir lieu que dans les premiers jours de l'éducation passé lesquels , pour peu que l'éducation soit considérable, le Magnaguier ne doit plus quitter son bétail; un quart - d'heùre de négligence suffit quelquefois pour tout perdre, il doit íe lever matin, se coucher tard : s'il est lent, ou pareílèux, ou peu robuste t il n'est pas fait pour ce mêtier.

Nous ne nous arrêterons pas plus long - tems au second âge on a vû ci-devant qu'il demandoit à-peuprès les mêmes soins que nous avons décrits pour le premier. II suffira d'ajouter que lorsqu'on a peu de Vers, on fait très-bien de les tenir pendant cet âge & le suivant dans la petite piéce où l'on peut les chauffer aisément & à moins de fraix.

Lorsque les Vers à soie sont venus à la petite freze de cet âge-ci > leur couleur s'éclaircit à mesure qu'ils mangent , s'ils fe portent bien , & tire sur le blanc ; ce qui a fait appeller par les Italiens la mue qui suit, dormir de la bianca% r"

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