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Si Ton raílemble les différentes preuves que je viens d'apporter , il paflcra pour constant, ou je m'en flatte , que cette premiere forte de Miélée transpire des feuilles de certains arbres 5c qu'elle n'y tombe pas. Ce feroit fatiguer íans raison cette illustre aflemblée & paroître fe défier de la pénétration & des lumiéres de ceux qui la composent que d'insister encore & de ne cefler de prouver; je me hâte de paíler à l'autre Miélée d'abord annoncée avec celle dont je viens de parler.

On n'avoit point encore observé , que je sçache cette seconde espéce l'unique ressource des Abeilles, ou peu s'en faut, lorsque le Printems est passé avec la plûpart des fleurs qui l'embelliflent & que la Miélée par transpiration ne donne qu'à certains jours de fortes chaleurs.

L'origine de cette seconde Miélée n'est rien moins que céleste , étant produite immédiatement par un Insecte vil & hideux , ou qui nous paroît tel ; c'est, puisqu'il faut le nommer, d'un chetif Puceron qu'elle vient; & ce n'est encore que la déjection qu'il rend par le derrière & cette déjection fait cependant partie da Miel le plus délicat dont on le régale ; mais fans s'arrêter avec le vulgaire aux noms ou aux préjugés , il est certain que cet excrément , qui est fluide & qui mériteroit plutôt le nom d'élixir , ne cede en rien à ce que l'autre Miélée peut avoir au goût de doux & d'agréable.

Nos Pucerons extraient cette liqueur, ou ce qui en fournit la matière à travers l'écorce de certains arbres , fans leur nuire d'ailleurs, íans y causer même de difformité , telle qu'en produit l'esspéce qui fait recroqueviller les feuilles & celle dont la piquure fait croître sur les bourgeons de rOrme &: du Thérebinte des galles creuses : ils y restent immobiles plusieurs mois de l'année occupés de leur travail, ou à attirer la séve dont ils se nourriílent.

Nos Infectes instruits de bonne-heure de l'esspéce de rameau qui leur convient dédaignent ceux qui font tendres ou récents quoiqu'ils soient plus faciles à (M)

percer &C ne s'attachent qu'aux rameaux d'un an dans lesquels ils enfoncent un éguillon qui leur sert en même-tems de trompe 6C de sueçoir.

C'est dans leur estomac ou peut être dans les dernieres voies que ce suc d'abord âpre & revêche sous l'écorce , prend une saveur douce toute pareille, à en juger par le goût, à celle de la Miélée végétale , tant celle qui transpire des feuilles , que celle qui naît dans les Vases à Nectar & si cette derniere a quelque chose de plus , c'est qu'elle se mêle avec l'huile eílèntielle des fleurs qui donne au Miel ses différens parsums, (c)

Les pucerons font les seuls animaux que je connoiílè qui fabriquent réellement du Miel : leurs visceres en font le vrai laboratoire; ce mixte ou une bonne partie de fa totalité , n'est que

(c) Je plantai à Sauvage , au pied d'un Rucher, une haie de Romarin; depuis cetee époque le Miel des Ruches qui auparavant n'avoit aucune odeur particuliere fut parfumé de celle de cette plante dont les fleurs fournissent long-tems aux Abeilles.

Pexcédent ou le résidu de leur nourriture dont ils se déchargent comme nous lavons dit, par les voies ordinaires. Les Abeilles à qui l'on voudroit en faire honneur n'y ont de part qu'en qualité de manœuvres dont l'emploi est de ramaílèr les différentes espéces de Miélées : elles la mettent, comme on sçait en entre-pôt dans une espéce de jabot qu'elles tiennent près de la bouche, pour la reverser de-là dans leurs alvéoles qui en font le magasin , fans y faire d'ailleurs de changement ou d'altération qui soit au moins, sensible.

Je l'ai éprouvé bien des fois en preflant entre les doigts le corcelet des Abeilles qui revenoient de leur tâche; j'ai pris de même à la gorge de ces gros bourdons velus & bariolés de deux ou trois couleurs qui gagent leur vie au même métier ; en me tenant toujours en garde contre l'éguillon , je les obligois à rendre la liqueur qu'ils venoient de cueillir &: d'avaler : la groílè goutte qui leur fortoit à la bouche & que je sueçois sur l'animal même ,

trie , étoit d'un jaune clair , transparent & me paroissoit de même qualité que les Miélées ordinaires dont le goût m'étoit familier.

J'ai observé deux espéces de Pucerons qui vivent à découvert sur l'écorce des jeunes branches ; ils font nûs & fans aîles ; je parle des femelles ( quoique j'employe le nom vulgaire qui désigne l'autre sexe) ; elles sont les gros de la peuplade & sont les feules qui travaillent à la Miélée : chaque Fourmilliere a d'ailleurs deux ou trois mâles aîlés à fa suite ; ce sont des bouches inutiles qui vivent du travail de leurs Campagnes ; au moins les ai-je toujours vu se promener nonchalamment sur le dos de la troupe femelle , fans s'embarrafler comme elle de succer sur l'écorce.

L'une & l'autre espéce vit en socié* té & habite par pelotons dans différens coins du même arbre : les Pucerons s'y tiennent ferrés l'un contre l'autre tout-au-tour du rameau dont ils cachent entièrement l'écorce ; & l'on remarquera qu'ordinairement ils y preo

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