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OBSERVATIONS
V ORIGINE
MIE Lo

O u R faire connoître d'où le N |ï„ ï^Miel tire son origine, il sust-Lvxx *nra de développer celle d'un •ìffr-f^zi* sel végétal doux ou sucré qui en est la matière, & qui paroît sous une forme ou fluide ou visqueuse & en petites gouttes connues fous le nom de Miélée.

(*) A l'Assemblée publique de la SociétéRoyale des Sciences de Montpellier , le 16 Décembre 1761,

A

En effet la Miélée , qu'on appelle aussi miélure ou miélat, est bien souvent l'unique substance que cueillent les Abeilles pour composer leur Miel; & il ne paroît pas qu'elles y faflènt autre choie que d'en raílèmbler les parcelles de différens endroits, pour les mettre en réserve dans leurs cellules; l« tems seul, ou le séjour dans la Ruche perfectionne cette matière & lui donne la consistance requise.

La partie des rleurs que les Botanistes appellent Nectarium, ou vase à Nectar, est le réservoir le plus connu où les Abeilles vont puiser une liqueur , qui au fond , est la même que la Miélée; mais après que les fleurs , ou au moins que le plus grand nombre est passé, la Miélée proprement dite fournit à ces Mouches industrieuses une récolte abondante qui excéde à certains jours leurs besoins , ou leur avidité.

J'ai observé deux sortes de Miélée, qui paroiílbient d'ailleurs de même nature & dont les Mouches à Miel s'accommodent également; on verra par la suite que l'une & l'autre tire sa source des végétaux > quoique d'une façon bien différente.

La premiere espéce, la seule connue des Agriculteurs & quipafle pour une forte de rosée qui tombe sur les arbres, n'est cependant autre chose qu'une transudation ou une transpiration sensible de ce suc doux & miéleux qui après avoir circulé avec la séve dans les différentes parties de certains végétaux , s'en sépare, & va éclorre tout préparé, soit au fond des fleurs , soit à la partie supérieure des feuilles ( ce qui est notre Miélée ) & qui dans certaines plantes se porte avec plus d'abondance ;tantôt dans la moelle , telle que celle de la canne à sucre ôC du Maïs ; tantôt dans la pulpe des fruits charnus, qui dans leur maturité ont plus ou mòins de laveur douce j selon que ce suc miéleux est plus ou moins bridé par d'autres principes, ou plus ou moins développé.

Telle est l'origine de la manne des Frênes & des Erables de Calabre &c de Briançon qui découle abondamment lorsqu'elle est fluide des feuilles & du tronc de ces arbres & qui prend en s'épaiífissant la forme concréte , fous laquelle elle est communément employée.

J'avois depuis long-tems conjecturé que la Miélée répandue sur les feuilles des arbres de ce pays-ci , n'en étojt qu'une transpiration , quoique la forme des gouttes n'y reílemblât guere 8c imitât plutôt celle d'une esspéce de pluye : en examinant de près différens arbres miélés , le hazard me fit rencontrer sur un Chêne-Verd de la Miélée récente & dans fa forme primitive , qui est celle d'une humeur transpirée: les feuilles étoient couvertes de milliers de globules, ou de menues gouttes arrondies & ferrées, fans fe toucher cependant ni se confondre;telles, à-peuprès , qu'on en voit sur les plantes où un brouillard épais s'est long-tems reposé. La pofition de chaque globule lembloit déjà indiquer & le point d'où il étoit sorti & le nombre des pores ou des glandes de la feuille dans lesquelles ce suc miéleux est préparé : jc m'assurai que cclui-ci avoit toute Ii douceur du Miel ; cc qui suffisoit seul pour décéler son origine, sans lever cependant les doutes qu'oppose un préjugé contraire.

La Miélée d'une Ronce voisine n'étoit pas de même : les petits globules ayant fans doute conflué , ou s'étant joints l'un a l'autre, soit par l'humidité de l'air qui les auroit délayés A soit par la chaleur qui eût aidé à les faire étendre; ils formoient de gro£ ses gouttes ou de larges enduits dont la matière deíséchée étoit devenue parlà plus visqueuse; c'est sous ces dernières formes qu'on voit communément la Miélée ; il n'est pas étonnant qu'on n'y soupçonne pas de transpiration.

Dans la saison où je rencontrai la Miélée en globules du Chêne-Verd, cet arbre portoit deux sortes de feuilles; les vieilles d'un tissu ferme, telles que celles du Houx , ou des arbres qui aux approches de l'Hyver ne se dépouillent pas; & les nouvelles encore tendres &c qui avoient poussé depuis peu : il

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