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n'y avoit constamment de Miélée que sur les feuilles d'un an ; cependant ces feuilles étoient couvertes par les toufes de la nouvelle pousse & par conséquent à l'abri de toute espéce de bruine qui auroit pû tomber : ce qui prouve aflez bien , je pense, que la Miélée n'est point étrangere aux feuilles des arbres qui en fontmouillés,ou qu'elle n'y tombe pas d'ailleurs comme on le croit vulgairement ; puisque la nouvelle pousse de nos Chênes qui auroit dû en être touchée la premiere, comme étant plus exposée .n'en avoit cependant pas la moindre goutte.

La même singularité me frappa dans la Miélée de la ronce : quoique par là conformation deect arbristeau toutes ses feuilles soient à-peu-près exposées également à l'air , ou à la chute qui s'y feroit verticalement, il ne paroisscit de Miélée que sur les vieilles feuilles les recentes n'en avoient pas plus que la nouvelle pouílè du Chêne çont nous avons parlé ; le suc miéleux n'ayant pas eu fans doute un tems suffisant poqr être formé dans la partie tendre de ces végétaux ou pour y être extrait de la séve; ce n'est l'effet probablement que d'une longue exposition à l'air, peut-être à ses intempéries,& sur-tout au soleil qui doivent être regardés comme les vrais agens de cette lécrétion.

II y a plus; les plantes & les arbrisseaux du voisinage de nos arbres Miélés , mais d'une autre esspéce & d'une nature peu propre fans doute à la formation du suc dont nous parlons , n'en portoient pas le moindre vestige; il n'en paroi íìbit point à terre au tour de ces arbres, sur les pierres, sur les Rochers où la Miélée quoique desséchée laiílè long-tems des taches , comme nous le verrons plus bas, en parlant d'une autre Miélée qui tombe, mais dont la chute ne fc fait jamais de plus haut que des feuilles des arbres ; ce qui est une nouvelle preuve que cette premiere esspéce de manne liquide ne vient point du ciel, ou des nuages comme de la bruine, puisqu'elle ferépandroit indifféremment sur toute forte de corps & qu'elle n'affecteroit point certains végétaux & même quelques-unes de leurs parties à Pexclusion de tout autre,

II est vrai, & c'est la feule objection qui se présente, il est vrai que la rosée selon les expériences de Ms. du Fay est attirée par certains corps , tandis qu'elle ne l'est point par d'autres : mais on fait que ce météore qui s'éleve le plus souvent de terre, voltige toujours dans l'air où il obéit au moindre souffle 6c à la plus foible attraction & qu'il s'attache au-deílbus comme audeííùs des feuilles des arbres ; s'il tomboit «omme de la bruine il mouilleroit indifféremment tous les corps; l'accélération de fa chute lui feroit furmonter l'obstacle des petites répulsions qu'il trouveroit sur son chemin. On verra d'ailleurs dans la suite de ces Observations que la Miélée réduite en de très menues gouttes par une autre voie bien naturelle, & que je crois jusqu'ici inconnue, n'affecte en tombant aucune forte de corps par préférence à d'autres & qu'elle adhére iur tous également.

D'anciens Naturalistes dont les Hîftorîens étoient les échos, ont longtems bercé leurs crédules lecteurs de pluyes de sang & d'autres matières plus solides; celle de la Miélée , qui tient moins au merveilleux , étoit encore plus aisée à se persuader; puisqu'on ne l'apperçoit guere sur les arbres 6c entre-autres sur nos Mûriers (a) que dans le tems où il paroît de gros nuages dans l'air t pendant les chaleurs de Juin & de Juillet . • ce n'est cependant pas de-là que part la Miélée; les nuages ne concourrent dans ce cas à fa production qu'en ce qu'ils occa-? sionnent un surcroît de chaleur en réfléchiílànt vers la terre les rayons du soleil : les chaleurs ordinaires ne font transpirer que les sucs des plantes les plus volatils; au lieu que celle qui est pouíîee à un plus fort degré en exprime les sucs fixes ou plus visqueux tel que celui de la Miélée. {b)

[a) Cet arbre est moins sujet que les autres à être miélé ; & bien en prend à nos Vers à foie pour qui'la feuille miélée est un poison subit & mortel.

(b) Les couloirs par où le fi)c miéleux se

Cc qui aide encore" à l'illusion sur Cz chiite prétendue du haut de l'air, c'est qu'il n'y a que la partie supérieure des feuilles qui en soit mouillée : mais on a vû d'abord que la mouillure n'arrive - que sur certaines feuilles, c'est-à-dire , les .nouvelles & les moins exposées & cette aflectation ne seroit pas l'erret du hazard : on íçait d'ailleurs que c'est sur ce côté de la feuille où les pores font plus ouverts & plus marqués , que se fait la plus grande transpiration des végétaux; c'est là qu'aboutiflènt les vaisseaux excrétoires par où s'échappent les humeurs de la plante , de même que les abforbans qui fervent à fa nutrition , en attirant l'eau de la pluye & des vapeurs répandues dans l'air.

61tre au fond des fleurs font plus larges probablement ou autrement disposés que ceux des feuilles, puisqu'il y a toujours de ce suc dans les vases à nectar dans quelque-tems que la plante fleuriste & dans la saison la plus défavorable à la transpiration : j'en ai trouvé dans les fleurs de l'Arbousier des champs pendant les froids de Novembre , & les Abeillesy alloient butiner pour peu qu elles y fuflent invitées par quelque rayon de soleil.

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