Images de page
PDF
ePub

en proie aux fureurs des factions, aux horreurs d'une guerre civile, et s'irritant de ses malheurs; un grand procès porté au congrès de Vérone; l'Amérique entière échappant à la tutelle de l'Europe, et dans cette agitation universelle, la vieille Angleterre, appuyée sur son trident, forte d'une constitution infusée dans ses mœurs, riche de son industrie et de son commerce, souffrant dans son agriculture, en état de guerre avec l'Irlande, en paix avec le reste du monde, apportant au congrès une médiation de forme, écoutant les leçons du temps, calculant les hasards de l'avenir, relâchant à propos les anneaux d'un système qui avait fondé sa puissance, et se préparant à profiter de toutes les révolutions chez tous les peuples.

Tel est l'ensemble du grand tableau dont ce volume va développer les détails appuyés de tous les documens qui peuvent servir à l'expliquer.

Nous n'entrerons pas dans les considérations qu'un tel sujet peut inspirer. Ce serait mettre un livre à la tête d'un livre : il est temps de donner au public celui-ci.

[merged small][ocr errors]
[blocks in formation]

--

SITUATION de la France au commencement de 1822. Associations secrètes. - Complots de Béfort, de Toulon et de Nantes. Suite de la session de 1821. — Question de compétence agitée dans la chambre des pairs. — Présentation à la chambre des députés d'un projet de loi sur la presse périodique. — Rapport sur celui relatif à la répression des délits de la presse, et changemens proposés par la commission.

L'ANNEE dont nous allons offrir le tableau est, comme 1816, pleine des agitations, des désordres, des maux que peuvent enfanter les passions politiques. Au milieu des symptômes d'une prospérité toujours croissante, des progrès de l'industrie nationale et du crédit public, la discorde fermente en France comme aux approches d'une guerre civile. Des mouvemens séditieux se succèdent, et semblent se répondre d'un bout du royaume à l'autre. Les ressentimens qu'ils aigrissent se mêlent à toutes les affaires publiques et privées. Tous les esprits en sont agités dans les chaumières comme dans les salons, dans les cours de justice comme à la tribune législative.

Ces mouvemens, ces complots, presque aussitôt connus et réprimés que conçus, ont été signalés dans des réquisitoires et des discours assez fameux pour être mis au rang des documens historiques, comme l'effet d'une conspiration permanente, comme l'œuvre d'une Annuaire hist. pour 1822.

I

vaste association secrète formée récemment en France, à l'imitation de celles d'Allemagne et d'Italie, mais plus sayamment tion de celles échelonnce, Des aveux irrécusables en ont prouvé l'existence; mais

la source, l'action, les rapports et la direction de cette puissance mystérieuse sont restés sous un voile que l'ardente activité du mi– nistère public n'a pu parvenir à soulever.

On a vu (Annuaire hist. pour 1821, pag. 246) que, vers la fin de décembre dernier, il se tramait, au sein de l'école d'instruction de cavalerie établie à Saumur, un complot dont le but aurait été de s'emparer du château de cette ville, d'arborer le drapeau tricolore, de proclamer Napoléon II, ou du moins d'opérer un changement de gouvernement; mais, l'autorité militaire instruite à temps par des révélations de quelques sous-officiers qu'on y avait entraînés, les conspirateurs avaient été arrêtés sans coup férir, à l'exception de celui qui paraissait en être le chef, Honoré-Édouard Delon, lieutenant d'artillerie à cheval, le seul officier compromis dans cette affaire, qui avait disparu dans la nuit du 23 décembre, et qu'on retrouvera dans une conspiration moins obscure que celle-ci.

Dans le même temps, il devait en éclater une autre en Alsace; mais les autorités civiles et militaires en étaient encore averties par des révélateurs engagés dans le complot, sous-officiers dans le 29 régiment d'infanterie, en garnison à Béfort. Depuis quelques jours on avait observé plusieurs étrangers arrivés en cette ville, de divers points de la France, quelques mouvemens dans les casernes, des réunions suspectes dans une auberge; enfin, dans la soirée du 1er janvier, le lieutenant de Roi (M. Toustain) aperçoit, en faisant sa ronde, près de la porte de France, quatre individus portant des moustaches, qui pressaient le portier de les laisser sortir. Il demande leurs passeports: il y voit qu'ils s'appellent Pégulu, Desbordes, Brue et Lacombe. Tous quatre avaient été impliqués, mais acquittés, dans la causé portée en 1821 devant la cour des pairs. Alors le lieutenant de Roi, soupçonnant qu'ils n'étaient point étrangers à une nouvelle conspiration, les met en état d'arrestation et sous la surveillance de l'officier du poste. Mais le lieutenant de Roi était à peine sorti du corps-de-garde, que cet officier,'

nommé Manoury, entré lui-même dans le complot, se fait, ouvrir la porte, et prend la route de Suisse avec les prisonniers remis tout à l'heure à sa garde.

En allant, suivi de quelques soldats, à la recherche des autres conjurés, le lieutenant, de Roi voit, un rassemblement nombreux qu'un sous-lieutenant (Peuguet) semblait exciter àla révolte. Comme il donnait ordre de l'arrêter, Peugnet vient droit à lui, lui tire, presque à bout, portant sur la poitrine, un coup de pistolet dont la balle s'aplatit sur la croix de Saint-Louis dont il était décoré, et disparaît à la faveur du rassemblement, qui se disperse incontinent.

Tandis que ces scènes se passaient à la porte de France, et sur une place publique, on s'assurait dans les casernes de plusieurs sous-officiers qui devaient y décider le mouvement, Le lendemain matin et les jours suivans on fit d'autres arrestations à Béfort et à Newbrisach, ou était un bataillon du 29°. Il s'y trouvait quelques officiers de ce régiment, plusieurs étudians en droit et en médecine, des bourgeois, et d'anciens militaires, entre lesquels il faut distinguer un colonel de l'ex-garde, M. Pailhès, qui disait être venn à Béfort pour des intérêts de commerce.

A une autre extrémité de la France, dans le département des Bouches-du-Rhône, un ancien militaire, le capitaine Vallé (Armand), qui était à Marseille comme pour organiser une compagnie de volontaires destinée à passer en Morée, s'y occupait plus activement d'opérer un mouvement révolutionnaire, à l'aide d'un bataillon dont le commandant était, dit-on, entré dans ses projets. Dans un voyage qu'il fit à Toulon (9 janvier), il essaya d'y organiser une vente; et, après un déjeuné auquel il avait réuni plusieurs officiers en non-activité comme lui, il leur lut les statuts de l'association dans laquelle il voulait les faire entrer. Mais bientôt, et sans doute au sujet de cette lecture, il s'éleva entre lui et le capitaine Sicard, de l'ex-garde, une querelle violente, à la suite de laquelle Vallé fut saisi et mené chez le commissaire de police. Il avait eu la précaution, au moment où avait commencé la rixe, de déchirer et de jeter par la fenêtre l'écrit qu'il venait de lire à ses convives; mais, en rapprochant les morceaux, on y

trouva, sauf quelques lacunes faciles à suppléer, l'indice évident d'une association secrète.

D'après ce papier, l'association était distribuée, dans un ordre hiérarchique, en divers cercles, dont les membres devaient s'ignorer entre eux pour la sûreté de tous, mais qui correspondaient par un député du cercle inférieur au cercle supérieur. Tout initié devait, avant d'y être admis, jurer de ne jamais faire connaître les membres de son cercle, de ne point chercher à connaître ceux des autres cercles, d'obéir scrupuleusement aux règlemens généraux, aux ordres transmis du cercle supérieur, de prêter en tout temps assistance et secours aux membres de l'association qui se feraient connaître à lui; enfin le principal but de l'association était de conquérir et maintenir la liberté, et la première obligation des associés, de se munir d'un fusil de munition, de sa baïonnette et de vingt-cinq cartouches.

"

→→ Des sociétés de ce genre étaient déjà formées en divers endroits, sous les dénominations de carbonari, de bons-cousins, de chevaliers de la liberté, etc., suivant le rang qu'elles tenaient dans la hiérarchie. Ainsi il en existait une à Nantes, où des officiers du 13o régiment de ligne ayant été admis, avaient ensuite révélé l'existence de l'association, et fait recevoir quelques-uns de leurs camarades; ainsi une vente militaire avait été formée dans le sein du 45o régiment d'infanterie de ligne, en garnison à Paris; l'une et l'autre en rapport avec un cercle supérieur. On retrouve, dans les dépositions faites à cet égard, les mêmes renseignemens que dans le papier lu par Vallé au déjeuner de Toulon.

Le fait de l'existence des sociétés secrètes reconnu, ce serait anticiper sur les événemens, que d'achever le récit des complots que l'on croit avoir été ourdis dans leur sein. Nous le reprendrons à mesure qu'ils éclateront, ou que l'instruction des procédures les fera connaître; car on les retrouve partout dans l'histoire de cette année, même dans la session législative, où ils donnèrent lieu à des débats fort animés, à des questions fort graves.

Suite de la session législative de 1821. Dès le commencement de

« PrécédentContinuer »