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A l'époque de la moisson, on entendait les cantilènes des esclaves qui moulaient le grain et des journaliers travaillant aux champs, et dans les Bouphonies, il y avait des dialogues où un esclave, accusé d'avoir tué un boeuf sacrilège, en rejetait la faute sur le prêtre.

Des charlatans, des marionnettistes, des danseurs de corde, des joueurs de gobelets, des mimes parcouraient les rues d'Athènes et du temps

Aristophane, d' Isocrate et de Théophraste des acteurs ambulants et des bouffons, dont le but était d'égayer le public, jouaient dans les carrefours et dans les festins. 4 Les bouffons, dit Magnin (*), pullulèrent tellement à Athènes, qu'ils y formaient, du temps de Philippe de Macédoine, une sorte de corporation, qui se réunissait dans le Diomée ou temple d'Hercule. On les nommait les soixante à cause de leur nombre. Les bons mots de ces farceurs avaient acquis une grande célébrité pour que Philippe leur envoyât un talent, avec prière de lui faire passer par écrit toutes les plaisanteries de leur assemblée ».

assez

(*) C. MAGNIN

Les origines du théâtre antique et du

théâtre moderne.

Mais avant cette époque, an commencement du V° siècle, Épicharme en Sicile, donnait origine à la comédie proprement dite, faisant jouer un rôle important au valet parasite de l'Espérance, qui fait les honneurs de sa bassesse avec nisme sous lequel la misère du vice apparaît cru

un cy

ment.

Si une heureuse fortune nous avait conservé

le Paysan, les Rapines et les autres comédies d'Épicharme, que de bonnes et franches peintures d'esclaves fripons et malicieux, n'aurions nous

pas !

Dans la comédie ancienne d'Athènes le valet

avait déjà son rôle. Témoin le Précepteur d'esclaves, titre d'une pièce de Phérécratės prédécesseur d'Aristophane et les esclaves que l'on rencontre dans le théâtre de ce dernier (*). Dans les pièces

(*) Voyez sur les personnages de la comédie ancienne, Aristophane et la comédie attique par M. Couat, et les oeuvres de Meineke, Ottfried Müller Grysar et surtout Benoit (Essai historique et littéraire sur la comédie de Ménandre), Zimmermann (Terenz-Menander), Brentano (Untersuchungen griechische Drama) W. Schneider (Das Attische Theaterwesen) Denis (Esprit et constitution de la comédie aristophanesque).

inspirées de la religion il est aisé de rencontrer un Mercure qui a fort l'air de Scapin. Ainsi Aristophane nous le présente aidant aux amours de Jupiter, et de la Grèce passant à Romé, ce type deviendra, dans la comédie de Plaute, le Sosie du valet d' Amphitruo.

On trouve aussi, quelques traits de comique dans les tragédies de la Grèce et surtout chez Sophocle, qui dans la trilogie d'Edipe, nous présente un type fort plaisant, le phulax chargé de la garde du cadavre de Polynice, dans la pièce d'Antigone. Le comique du phulax n'est que le résultat du contraste entre sa vulgarité et sa poltronnerie et l'élévation des autres caractères et des passions de la pièce; il est surtout remarquable si on le compare à la grandeur de Créon représentant la froide raison d'état et d’Antigone qui est l'image de la puissance de l'amour et du sentiment.

Le phulax obligé d'annoncer à Créon la violation de l'ordre qu'il a reçu, emploie toute la prudence possible et des tours de phrase fort ingénieux pour exposer cet événement en tâchant de démontrer clairement son innocence. Il est rampant, doucereux et son verbiage est celui d'un

homme du commun qui ne manque pourtant pas d'une certaine finesse. Si ensuite, il sacrifie Antigone, il ne manque pas d'avouer que c'est une lâcheté qu' il commet et seulement la peur peut apaiser son remords.

Sophocle a fort soigné ce type qui est le seul complet dans la tragedie grecque et qui, pour plus de contraste, a été mis dans la pièce la plus touchante de l'antiquité.

Un souffle d'indulgence pour l'homme et pour ses souffrances anime les fragments de la comédie moyenne et nouvelle et l'esclave y est traité moins durement que dans les pièces de Plaute et de

Térence.

Xanthias, l'esclave paresseux et grossier des Grenouilles d'Aristophane, est remplacé par des serviteurs qui ne manquent pas toujours d'idéalité, qui ont. parfois de la hardiesse, toujours de l'adresse, qui savent créer et démêler les intrigues. les plus difficiles et donner des preuves de dévouement à la maison qu'ils servent.

4 Qu'allais-je faire?, s'écrie un esclave on un affranchi de Théophile, poëte de la comédie moyenne 6 quitter et trahir mon maître bien-aimé, celui qui m'a nourri, celui. à qui je dois de connaître les lois grecques, de savoir lire et d'avoir été initié an culte des Dieux.! (Mein. Fr. com. gr. III p. 626). 6

p. 626). « Un esclave dit Philémon, a, malgre tout, la même chair que nous. Nul n'est créé esclave par la nature : c'est la fortune qui asservit le corps, » et ailleurs un esclave de Philémon adresse à son maître ces paroles d' un sens si élevé u O, mon maître! une fois qu'un homme est né, il reste toujours homme malgré la servitude 13..

Il y a comme un accent de bonté compatissante

dans ces sentences de Ménandre. « Tout homme

libre est esclave de la loi; l'esclave est doublement asservi, à la loi et à son maître ».

« Si la naissance t'a fait esclave, aie de l'affection pour ton maître 17.

6 A mon avis toutes les naissances se valent.

Si tu apprécies bien les choses, la vraie légitimité consiste à être honnête. C'est le vice qui est bâ

tardise 17.

« Si l'esclave apprend à être esclave en tout, ce ne sera qu’un drôle. Accorde-lui un peu de franc parler, et tu verras comme avec tout cela tu

le rendras meilleur ».

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