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Frappés de la grandeur de ces considérations, plusieurs écrivains des plus distingués, françois et étrangers, non moins recommandables par leur existence civile que par leurs titres littéraires, ont formé un projet qui, bien que nouveau, ne

doit

pas paroître surprenant dans ce siècle des grandes alliances. Ils ont conçu l'idée d'une alliance littéraire pour faire naître, entre les diverses nations, cet esprit de concorde qui est le véritable et seul gage de la paix.

L’union nait de la confiance, et la confiance exige une estime mutuelle. Mais, pour que chaque nation estime les autres davantage, il est nécessaire qu'elles se connoissent mieux. Trop long-temps les peuples sont restés, à l'égard les uns des autres, dans l'ignorance des lois, des institutions, des moeurs, des coutumes, des arts, des sciences; en un mot, de tout ce qui les caractérise, chacun en particulier. Au vieux fonds de rivalités et de préjugés nationaux, les divers gouvernemens révolutionnaires qui se sont succédés en France, ont jugé utile à leurs vues d'ajouter de nouvelles semences de haine. Ils ont intercepté toute communication, avec l'Angleterre surtout, sous les peines les plus sévères, et leur projet n'a que trop bien réussi au moyen de l'esclavage absolu de la presse et de l'emploi régulier de libellistes payés pour présenter sous un faux jour les yues et la conduite des autres gouvernemens.

Les nations étrangères, de leur côté, n'ont pas été exemptes de semblables préventions. Pendant un quart de siècle, elles n'ont vu la France que sous de noires couleurs; ce qu'elles auroient pu admirer leur restoit caché derrière des objets trop propres à exciter l'horreur ou le dégoût.

Depuis la paix, diverses circonstances ont contribué à prolonger ces impressions défavorables. L'ignorance de certains voyageurs, l'esprit factieux de certains journalistes, la prévention des uns, la malveillance des autres, tiennent encore les François et leurs voisins dans une méfiance mutuelle, que, pour le bonheur du monde, il importe de détruire, en rectifiant les erreurs, en ouvrant les sources d'une information exacte, en présentant les traits fidèles de la vie et des moeurs de chaque peuple.

Le moyen le plus efficace d'atteindre ce but est incontestablement la publication d'un ouvrage composé par des auteurs tels que ceux dont nous avons parlé, qui écriront sur les sujets qui leur sont le plus familiers. Ces écrits, en forme de lettres, composeront le CORRESPONDANT.

D'après ce plan, on voit que chaque nation pourra en quelque sorte plaider sa propre cause, justifier son caractère. Les méprises, les exagérations dans lesquelles tombent trop souvent les voyageurs , seront soigneusement évitées. Les questions seront placées dans leur plus grand jour. Les faits ne seront admis qu'appuyés des témoignages les plus authentiques.

Il est évident que l'on doit s'attendre à trouver dans LE CORRESPONDANT des recherches profondes sur de grandes et importantes matières, des compositions distinguées par la force et l'éloquence du style, ou par l'enjouement et le cbarme de l'esprit. Un ouvrage

de cette nature ne comporte pas une énumération précise et à l'avance des sujets qu'il pourra contenir : ce sont les circonstances qui indiqueront ceux qui présenteront le plus d'intérêt, en morale, en politique, en littérature. Les auteurs discuteront sans doute ces grandes vérités morales, base de toutes les sociétés humaines. Des raisons qui s'offrent d'elles

mêmes exigent une grande réserve sur la religion; mais l'on doit s'attendre que LE CORRESPONDANT entrera dans de grands détails sur les différens modes d'éducation qui forment l'homme à ses devoirs, sur les lois et les moeurs qui le guident dans la manière de les remplir. Ils examineront

les institutions politiques des diverses nations de l'Europe, en rapportant les changemens qu'elles ont subis avant de parvenir à leur état actuel. Ils analyseront le génie des diverses langues, et donneront une sorte de commentaire rapide des expressions techniques dont la valeur mal comprise rend souvent les faits inintelligibles, et enveloppe l'histoire de mystères, même pour les contemporains. Ils rapporteront les événemens qui paroîtront conduire à des conséquences importantes, et donneront les portraits politiques des personnages qui ont de l'influence sur la destinée de leurs contemporains. La littérature et les arts viendront diversifier le sujet et le style de ces lettres. Il existe en général, dans les divers pays de l'Europe , un grand désir de connoître l'état des sociétés littéraires et scientifiques des autres nations; les noms et le mérite des écrivains célèbres; les musées et les autres collections remarquables; les ouvrages de l'art; les productions dramatiques; en un mot tout ce qui est du domaine de la critique et se trouve appelé au tribunal du goût. Tous ces objets seront traités avec une grande habileté dans LE CORRESPONDANT, qui, nous osons l'espérer , deviendra le chaînon qui doit unir la littérature de la France à celle des autres nations.

LE CORRESPONDANT paroîtra tous les deux mois, par volume in-octavo, imprimé avec beaucoup de soin et sur un beau papier; chaque volume sera du prix de 4 fr., et de 6 fr. pour les personnes qui ne se seront inscrire avant sa publication. Le premier volume paroitra le 15 juillet.

Pour le recevoir franc de port dans les départemens , il faut ajouter 1 fr. 5o c. par volume.

On souscrit chez Gide fils, rue Saint-Marc-Feydeau,
N.° 20, à Paris.
On est prié d'affranchir les lettres et l'argent.

EXTVERSITNINU,

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