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littéralement ce que le texte syro-jérusalémite du livre exprime par trop crûment.

Le Rabbi Menahhem de Recanati , traditions sur la Genèse, dit : « Sache que Caïn a été produit de la souillure et du germc »que le serpent déposa en Ève. Mais sans le germe d’Adam auquel s'unit cette souillure, cet esprit-là n'aurait pas eu la fa» culté de revêtir un corps humain et de sortir à l'air du monde. » C'est le germe d'Adam qui lui a offert l'occasion de s'en revêotir . .

Nous venons de voir que les rabbins enseignent la tradition du péché originel sous le mythe d'une souillure dont Summaël est supposé avoir infecté Eve en même tems qu'il la séduisil. Comme ces docteurs enseignent qu'Adam se rendit également coupable dans ce moment fatal, pour continuer l'allégorie, ils racontent, que notre premier père contracta la inême souillure en cédant aux charmes de l'autre moitié de Sammaël, c'est-à-dire, de Lilit, compagne de ce démon.

On lit dans le Zohar-Hhadasch : « Après que le Tentateur cut » désobéi au Très-Saint (béni soit-il), le Seigneur le condamna o à mourir 3. Alors il dit : Que vais-je faire ? Si je meurs il pren» dra un autre serviteur, car le tentateur et sa compagne sont » esclaves. Que fit-il ? Il alla, lui et sa femme, séduire Adam et

Ce rabbin, célèbre par ses ouvrages qui respirent une haine fanatique contre le christianisme et les chrétiens , et qui jouissent d'une grande autorité dans la synagogue, florissait dans le 13° siècle, à Recanati, ville de la Marche d’Ancône, qui possédait alors une nombreuse communauté juive, et l'une des académies rabbiniques les plus distinguées. Le savant comle Monaldo Léopardi , écrivain spirituel et chrétien, découvrit, il n'y a pas long-tems, dans l'Eglise de Recanati, une pierre lumulaire, portant l'épitaphe en hébreu de Rabbi Menahhem.

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: דע כי קין ברלד מן הזוהמא והטפה שהטיר הנחש בחוה אמנם בלתי זרע אדם שנתערב באותה הזוהמא לא היה יכולת לרוח ההוא ללבוש לאויר העולם והרע האדם המציא לו מקום להתלבש בו : .1 .Pag. 31, col

גוף אדם ולצאת

. : • Les démons, d'après la doctrine des cabbalistes, sont sujets à la mort Voyez le Zohar, première partie, colonne 177. Ceite sentence contre Sammaël recevra son exécution par les mains d'Elie , comme les rabbins nous l'apprennent dans la page suivante.

sa femme. Lilit, la compagne du Tentateur, séduisit Adam, » et le Tentateur séduisit Ève, et ils furent cause de notre état » de mortalité ! »

Si l'on considère attentivement cette fable, assez ingénieuse, en verra qu'elle exprime parfaitement les moyens de persuasion que le démon a dû employer auprès d'Adam et auprès d'Ėve, attaquant chacun d'eux selon le caractère naturel de son sexe. Ce qui prouve de plus qu'il ne s'agit ici que du même démon, c'est que des quatre femmes que la mythologie rabbinique donne à Sammaël', Lilit seule est appelée 'serpent, Lilit seule sera enveloppée dans la vengeance que le Seigneur tirera de Sammaël, pour avoir entraîné nos premiers parens dans le péché. Ainsi, dans les traditions judaïques, le démon qui a séduit nos deux premiers parens c'est l'ancien serpent, le Léviathan. Mais comme séducteur d'Adam, c'est le serpent sinusux; comme séducteur d'Eve, c'est le Sammaël serpent insinuant 3.

Le livre AmmudėSchibgna, dit : « On ne doit pas prendre les choses à la lettre, car ce Leviathan et sa compagne, c'est l'ange » Satan, dieu étranger, et Lilit sa compagne, ou plutôt, c'est » Léviathan, tout à la fois le serpent insinuant et le serpent tor»tueux, lesquels le Très-Saint (béni soit-il), d'après la pro»phétie d'Isaïes

visitera avec sa terrible épée, pour les exter» miner du monde 5..

On lit dans Emek-hammélehh, de RabbjNaphthali, un des plus célèbres livres cabbalistiques : Dans le tems à venir, le Très

: לבתר דעבר יצר הרע ער צווי דקב"ה גזר עליה מיתה אמר מה אעבד אם אנא אימות איהו נטל עבד אחרא דיצר הרע איהו עבד ובת זוגיה שפחה מה עבר אול איהו ואתתיה לפתאה לאדם ולאתתיה בת זוניה דיצר הרע לילית פתי לאדם ויצר הרע פתי לחוה וגרמו לן מות:

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Section Yitro, page 29, col. 1.
· Ces quatres dames s'appellent : Lilit, Nagnama , Aggarat, Mohhlat.

Bariahh, , .
, , .
4 Isaïe XXVII, 1.

5

.1 ,d'Isaie, XXVII נחש בריח , Signification de Nahlhasch Bariahlk

.נחש et ברח Voyez Kinmhhi, livre des racines, articles

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* ענין לויתן ונת זוגו אינו הדבר כפשוטו אבל העניין הוא שהם רמוזים על המלאך השטן אל אחר ולילית בת זוגו והם לויתן נחש בריח ונחש עקלתון הנזכרים בישעיה שהקב"ה עתיד לפקוד עליהם בחרבו הקשה להאבידם מן העולם :

Saint (béni soit-il) égorgera l'impie Sammaël, ainsi qu'il est o écrit : En ce jour-Jéhovah visitera de son épée terrible Lèvian than le serpent insinuant, qui est Sammaël, et Léviathan le serpent » sinueux, qui est Lilit '.

Le Yalkut-Hhadasch, dit au sujet de cette jugulation 3 : « En » ce que nos Sages ( leur mémoire soit en bénédiction) enseiĐgnent que dans le tems à venir le Très-Saint (béni soit-il) » égorgera le tentateur, qui est Sammaël, chef d'Edom , il ne o faut pas entendre que le Très-Saint (béni soit-il) lui-même » l'égorgera, mais il le tiendra par les cheveux de la tête, et » Elie lui coupera le cou 5.,

Généralement Sammaël est fort mal recommandé par les rabbins. On lit dans le médrasch-rabba, section dernière du Pen

* Isaie, xyır, 1. Ce qui n'est pas en italique, n'appartient pas au texte d'Isaïe.

()

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: לעתיד לבא שישחט אותו הקב"ה (כלו' לסמאר הרשע הנ"ל) שני ביום ההוא יפקוד י"י בחרנו הקשה על לויתן נחש בריח שהוא סמאר ועל לויתן נחש עקלתון שהיא לילית : .Fol. 130, col. 1. chap. xi

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. : 3 Art. Yetser-tob, etc. 11.

20. 4 Edom ne signifie rien moins que la chrétien!é, ainsi que je le fais voir dans mon ouvrage : l’Esprit du Judaisme.

Cette jugulation de Sammaël , l'ange de la mort, était ce que j'appelle une tradition prophétique de l'immortalité dont nous serons doués à la venue glorieuse du Messie, c.à d., après le second avènement de N.S.J.-C. On peut dire que

S. Paul en enseignant cette vérité aux Corinthiens (1 Ep. XV, 26.) a conservé les termes figurés de l'ancienne synagogue. • Le dernier ennemi (ixopós) sera détruit, la mort. » Ce que S. Jérôme traduit: Novissimus autem inimicus destruetur, mors (Comm. in Is. XXV, t. 4, page 1020, éd. de Vallarsius). Le S. Apôtre avait ici dans la pensée l'ange de la mort, puisqu'il lui prête non-seulement l'hostilité, mais aussi l'inimitie, (izspås de imbos odium), ce que S. Jérôme rend très-bien par inimicus ( au masculin, quoique mors soit au féminin). Car la mort elle-même ne peut s'appeler que hostis. Si dans la Vulgate nous lisuns inimica, c'est simplement pour ne pas trop choquer en apparence la

grammaire. Mais inimica, je le répète, ne peut pas convenir à la mort, qui n'est susceptible de sentimens qu'autant que vous la personnifiez , et alors c'est l'ange de la mort. Remarquez aussi que S. Paul a tellement conservé le ton prophétique qu'il se sert du présent 2472eyeitze (destruitur).

Tome xvi.--No 91-92. 1838.

en

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.(סטרא דסיאובתא) et un cité impur (סטרא קדישא) cité par et saint

taleuque : « L'impie ange Sammaël est le chef de tous les sa» tans '.

Et plus bas : « Parmi tous les Satans, il n'y en a pas de » méchant comme Sammaël , )

Je terminerai cet article, vraiment diabolique, par le singulier moyen adopté par les rabbins cabbalistes pour justifier la tromperie de Jacobs. Il suffit de savoir que, d'après ce qu'ils enseignent unanimement, par suite de la première souillure, toutes les générations de Patriarches, se trouvaient partagées entre un côté () (). Ainsi , Adam eut Cain et Abel; Abraham eut Ismaël et Isaac , Isaac eut Esaü et Jacob. La souillure avait pour coutume de jeter le fort de son venin dans le premier-né, ou en d'autres termes, l'infection primitive, originelle des parens, passait presqu'en totalité au premier de leurs enfans. Il s'ensuivait qu'Esaü était animé de l'esprit du serpent-Sammaël, tandis que Jacob, de son côté, et par un privilége spécial, était la reproduction d'A. dam (0787 A7010). Jacob a donc pu à bon droit enlever par la ruse les bénédictions qu'Esaü lui avait fait perdre dans le jardin d'Eden. Il lui a rendu , disent les rabbins, mesure pour mesure

). Dans les citations que j'aurai occasion d'insérer dans le présent travail, nous verrons fréquemment le péché originel désigné sous l'expression de souillure du serpent. Mais souvent aussi, laissant de côté la métaphore, les rabbins enseignent cette doctrine en termes ordinaires.

Rabbi Menahhem de Recanati s'exprime de la manière suivante dans son recueil de traditions, en forme de commentaire sur les cinq livres de Moïse :. Et au sujet de la transgression » d'Adam et d'Eve, il ne faut pas s'étonner pourquoi elle a été

enregistrée et scellée avec le sceau du Roi 4 (de Dieu), à la charge » de leur postérité après eux. Car le jour où le premier homme » fut créé, tout se trouva achevé. Adam était donc le terme du

.(מדה כנגד מדה)

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>> système du monde, et le sommaire du genre humain qu'il » renfermait en germe. De cette manière, quand il pécha, tout

le genre humain pécha avec lui; et c'est ainsi que nous poro tons la peine de son iniquité. Mais il n'en est pas de même des » péchés de ses enfans après lui : ils ne sont que personnels '. ,

Ici notre rabbin transcrit un passage du Médrasch Thanhhuma, duquel il résulte que si nous avons péché avec Adam, ce n'est

pas seulement comme une suite de ce que nous sommes sa postérité, mais plus particulièrement et en grande partie, parce que nous sommes réellement de la chair de sa chair'.

Il veut expliquer ainsi pourquoi nous nous trouvons associés au péché d'Adam, sans être par la même raison associés aux péchés de tous nos ancêtres, quoique nous fussions de la même manière renfermés en eux toutes les fois qu'ils péchaient. La différence consiste, d'après les rabbins, en ce que nous ne tenons à nos ancêtres que par une succession de génémtions, tandis que nous étions réellement présens dans la personne d'Adam. En effet, les rabbins mentionnent souvent une tradition qui enseigne que les hommes de tous les siècles se trouraient distribués dans les différens membres d'Adam. Le premier homme ressemblait, d'après cela, à ces énormes mannequins des Druides, dont tous les membres étaient bourrés de captifs et de criminels.

Le Médrasch-Rabba , dit : « Lorsqu'Adam était encore couché » là, comme une masse de matière (ohra ), le Très-Saint (béni > soit-il) lui montra chacun des justes qui devaient par la suite

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י אין לתמוה על חטא אדם וחוה מדוע נכתב ונחתם בטבעת המלך לדורותיו אחריו כי באותו היום שנברא בו אדם הראשון נשלם הכר והנה הוא שלימות הבנין וכללו כי ממנו נשתת העולם ובאשר חטא הוא כל העולם כולו חטא ועונותיו סבלנו מה שאין כן בחטא זרעו

Page 59, col. 1. : JITR

: זה מורה שאנחנו בשר מבשרו לא זרעו בלבד

3 Talmud, traité Abot de rabbi Nathan, chap. I. «Comment fut créé Adam, le premier homme ? La première heure, fut entassée sa poussière; la seconde, fut créée sa figure (ou sa forme); la troisième, il était une masse, a57a; la quatrième, furent attachés ensemble ses membres; la cinquième, lui furent pratiquées les ouvertures; la sixième, lui fut donnée l'àme; la septième, il se dressa sur ses pieds.

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