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rouge, que doivent employer ceux qui cherchent la pierre philosophale , pour acquérir l'immortalite; mais on ne peut douter que cette vaine espérance d'immortalité ne leur vienne d'un souvenir altéré et confus, de la félicité dont jouissait l'homme dans Eden, lorsqu'il était immortel, non par un droit de sa nature,

mais
par

le bienfait de l'arbre de vie. Onen a encore une preuve dans ce vieux proverbe qui, au rapport de Lopi, se trouvait encore de son tems dans la bouche du peuple, que le fleuve d'immortalité sort du paradis terrestre; il ne dit pas

du Kouen-lun, mais du Ti-tang, nom dont se servent les Chinois chrétiens pour désigner le paradis terrestre.

On lit encore dans le Chan-hui-king : « C'est vers le nord » que se trouve l'arbre d'immortalité, » c'est-à-dire, comme dit la glose, l'arbre de la vie éternelle. Hoai-nan-tse place l'arbre de la vie vers l'occident. En joignant ces deux Traditions, on trouvera que cette position correspond à l'angle moyen entre le nord et l'occident, c'est-à-dire à la place qu’occupe l'eau ou le fleure de l'agneau dans la figure précédente.

C'est aussi vers cet endroit qu'il faut placer le Pou-tcheou, qui est une image du paradis céleste, comme on le verra ci-après. Car Hoai-nan-tse dit que a la porte nord du Kouen-lun s'ouvre 'pour recevoir le vent qui vient du mont Pou-tcheou, » ce qui prouve que le Kouen-lun doit se trouver, par rapport au Poutchèou, dans l'angle, entre l'orient et le midi.

Fong-mong-long, dans ses notes sur le poëme Tsou-tsee, s'exprime ainsi : « Lemont Kouen-lun est entre l'occident et le nord; »c'est de là qu'est sortie la vie '; son sommet est appelé le mont » suspendu, et il est uni avec le ciel, (ou c'est le chemin du

: Hoai-nan-vang ajoute : « Si on double sa hauteur, ce sera le ciel suprême; c'est là que montent les esprits; on l'appelle la • maison du grand Seigneur. » A quoi la glose ajoute que ce grand Seigneur, c'est le Dieu du ciel. C'est pour

cela
que

le Chanhai-king appelle le Kouen-lun o la cour inférieure du Seigneur :,,

* Adam et Eve sont en effet la source de tout le genre humain, qui en a reçu la vie. P. Premare. · Et cum cælo pervius est. Manuscr.

p.

66.
Quelle peut être la cour inférieure du Seigneur, si ce n'est pas

le

paradis terrestre? P. Premare.

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Le même livre nous apprend qu'à la porte de ce palais « il y a pour la garder, un animal appelé Kai-ming ; » la glose dit que c'est un céleste animal , et Pao - pou - tse : l'appelle un animal spirituel:

« Nos pères, dit Lopi, nous ont laissé en tradition qu'ils ravaient appris de leurs ancêtres qu'il existe en effet un mout p Kouen-lun, mais que maintenant il n'est donué à personne de » pouvoir y arriver; » et l'auteur du poëme T'sou-sse, parmi les questions qu'il croit insolubles, propose celle-ci : « Dans quel » lieu se trouvent placés les jardins suspendus du mont Kouenlun ^ ^)

Le philosophe Lie-tsee “parle aussi d'une montagne d'où sorvtent quatre fleuves, qui se répandent dans les quatre parties » du monde.)

A ces citations du P. Premare, nous ajoutons que : le Chepen, livre de généalogies, que l'on attribue à Sse-ma-tsien, donne la description suivante du Pou-Icheou :

« Sur le sommet du mont Pou-tcheou'se yoient les murs de la »justice. Le soleil et la lune ne sauraient en approcher. Il n'y a o là vi saisons différentes ni vicissitudes de jours et de nuils; »c'est le royaume de la lumière, qui confine avec celui de la * mère du roi d'occident (Si-vang-mou). Un sage alla se prome

· Pao-pou-tse vivait sous les Han, qui ont régné de l'an 209 avant, jusqu'en 130 après J.-C.

• Rien de plus commun que de voir les prophètes représenter les anges par des aniniaux ; les pères grecs appellent même les anges des animaux logiques (sūc 200 ex...), c'est-à-dire rais nnables Le nom Kai-ming paraît faire allusion au Cherubin que le Seigneur plaça pour garder le chemin de l'arbre de vie ( Gen. 111, 26 ). Car Cherub ( 3172 ) en hébreu peut se rendre par maitre; or Kai-ning signifie ouvrir l'intelligence, ce qui est le propre des maitres. On sait qu'il est écrit que l'intelligence de nos premiers parens fut ouverte quand il se virent nus ( Gen. III, 7). Le P. Prémare.

3 Nous disons aussi en Europe que le lieu où était situé le paradis terrestre nous est inconnu. A peine peut-on avoir sur cela quelques conjectures plus ou moins plausibles. P. Premare.

4 Lie-isee est un philosophe fort ancien, qui demeura quarante ans çaché dans un désert. Le P. Fouquet. Voir note 5, p. suivante.

» au-delà des bornes du soleil et de la lune, et il vit un arbre »sur lequel était un oiseau, qui en le béquetant faisait sortir du » seu; il en fut frappé; il en prit une branche, et s'en servit » pour en tirer du feu. C'est pour cela qu'on appelle le premier proi Suui-gin '. »

Le même livre dit encore : « Soui-gin contempla le nord, et • fixa les quatre parties du monde. Il forma son gouvernement »sur le modèle du ciel; il inposa le premier des noms aux plantes bet aux animaux , et ces noms les exprimaient si bien qu'en onoimant les choses on les connaissait ".

Mais, ajoule le P. Prémare, ce que j'ai dit sur ce sujet, me parait suflire pour ceux qui cherchent la vérité, et s'y attachent après l'avoir trouvée.- Disons maintenant quelque chose de ce bienheureux état de l'homme avant son péché.

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Etat de bonheur de l'homme avant son péché.

On lit dans le chou-king : « Hélas ! hélas ! quand autrefois o l'antique roi Hia : s'occupait uniquement à pratiquer la vertu, o le ciel ne lui envoyait aucune calamité. Les esprits des mon» tagnes et des eaux étaient continuellement présens; les oiseaux i mème du ciel, les bêtes de la terre et les poissons de la mer, » Il’un commun consentement, obéissaient à l'homme 4.0

Tchou ang-isee 5 parlant de cet âge d'or, qu'il appelle le siècle

· Disc prélim. P. Lxxxu. Nous n'avons pas besoin de faire remarquer la ressemblance de celle fable avec celle du Prométhée des Grecs , dérobant au ciel le feu qu'il apporte à la terre.

* Id. p. LXXXIV. -Voici ce que dit la Genèse : « Quand le seigneur Dieu eut fait avec de la boue tous les animaux de la terre et tous les oi. seaux du ciel, il les amena à Adam afin qu'il leur donnåt des noms. Car ainsi qu'Adam a nommé une créature vivante, tel est son nom. Et Adam donna leur nom à tous les animaux, etc. Gen. I1, v. 19.

• Le roi Hia est un type dans lequel il faut reconnaître Adam. P. Prémare.—Sans nier l'existence de Ilia, on pourrait dire qu'on a appliqué à son règne le bonheur de l'âge d'innocence dont on avait conservé le souvenir. La plupart des peuples l'ont fait pour leurs anciens rois. 6 Chou-king, in part., ch. iv, p. 93, où la traduction est un peu dif:

férente.

Le Disc, prélim. du Chow-king, les Vestigia, les Mém. conc. les Chinois,

de la vertu parfaite, dit : « Les chemins n'étaient pas encore creu» sés dans les montagnes, les navires n'étaient pas encore lancés sur les lacs pour servir à la pêche. Tout croissait partout » de soi-même; le sol de la patrie était partout; les troupeaux verraient en sûreté ; des troupes d'oiseaux volaient de tous cô. o tés, et tous les fruits naissaient sans culture; l'homme habio tait au milieu des bêtes, et tous les étres ne formaient qu'une »seule famille. L'homme n'ayant aucune science du mal, ne s'éloignait pas de la verlu; il vivait dans l'innocence et dans » la simplicité, sans aucun désir du mal; innocence et simpli» cité, qui sont les avantages d'une nature intègre et se possé» dant elle-même ', o

Hoai-nan-tsee s'exprime à-peu-près de la même manière : « Au commencement de la grande pureté, dit-il, tout était dans » la concorde et dans la soumission la plus parfaite, de sorte que » les passions ne faisaient pas entendre le plus léger murmure.

L'homme dans son intérieur adhérait à la suprême sagesse, » et à l'extérieur toutes ses actions étaient conformes à l'équité pet à la justice; son âme, éloignée de la fraude et du mensonge,

citent souvent le Tchouang-tsee sans dire ce que c'est, ni à qui il appartient

. Nous trouvons dans une note manuscrite jointe aux Vestigia, et qu'une autre note dit être de Mgr. l'évêque d'Eleutheropolis , c'est-à-dire le P. Fouquet, jésuite, qui avait passé plus de trente ans en Chine, et qui en fut retiré par le général, parce qu'il s'était mis par quelques paroles en opposition avec ses supérieurs, la note suivante : a Tchouang-tsee, recueil » précieux attribué à un philosophe de ce nom. On y trouve des choses » admirables sur le saint des saints. Il renferme plusieurs traités qui ne » sont pas tous d'égale force. »

· Le père Ko, Chinois ( ou plutôt le P. cibot, qui s'était caché sous ce nom ), cite ce passage, puis il y ajoute le suivant : L’Yn et l’lang étaient » dans une profonde harmonie; les esprits ne nuisaient point, et toutes » les saisons étaient réglées, rien ne pouvait-être funeste ni dunner la » mort. Quoique l'homme eût des connaissances, il n'arait pas occa.» sion d'en faire usage. Cet état se nomme la grande unité. On faisait le » bien naturellement, et sans avoir besoin d'y penser. » Mém. chin. t. I, p. 107. -- L'Yn(- -) est le principe passif et l'Yang (---) est le principe actif. Ce sont ces deux principes sur lesquels roule, d'après les Chinois, la conservation du monde visible.

ojouissait d'un plaisir ineffable. Sa conduite, éloignée de tout déguisement, était d'une admirable simplicité. Les saisons suivaient leur cours régulier; ni les vents ni la pluie ne ravageaient » la terre; le soleil et la lune répandaient, avec une douce clarté, » leur bénignes influences, et les cinq planètes ne s'écartaient en rien de leur route habituelle. »

Sse-ma-tsien dit encore dans son Sse - ki : « Dans la première antiquité et à l'origine du monde, le ciel et la terre répondaient paux veux des hommes; les saisons étaient toujours tempérées; o l'homme était doué de la vraie vertu, et tous les fruits de la » terre naissaient spontanément et en abondance. Alors il n'exisstait ni maladies, ni fléaux, ni mort. Ce tems s'appelle le grand » tems de la nature parfaite. »

Lopi, parlant du roi Hoen-tun', dit : « Alors tout était en » paix, et toutes choses croissaient selon leur force. Les nids des » oiseaux, placés çà et là , et non sur les arbres, pouvaient'être pris Davec la main , et tous les animaux obéissaient à la volonté de a l'homme. » Et ailleurs: « Alors l'homme et toutes les choses du monde étaient unis entre eux par les liens d'une étroite ami» tié. L'homme ne nuisait pas aux animaux, et aucun animal one faisait de mal à l'homme. »

A. BONNET TY.
De la Société asiatique de Paris.

'Lequel est encore un type d'Adam. P. Premare.

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