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de là, on ne rencontre plus que l'enseignement payen, qui n'a rien pu établir ; l'enseignement protestant, qui s'appuyant en dernière analyse sur la raison, est purement payen sous ce point de vue; ou bien enfin l'enseignement catholique, s'appuyant sur l'Eglise, c'est-à-dire sur une autorité visible, patente, pouvant répondre aux difficultés et préciser le symbole, et qui fait profession de ne rien changer, mais de conserver fidèlement la doctrine de Jésus-Christ, à qui elle remonte par la succession unique et non-interrompue de ses pontifes.

Voici maintenant quelle a été la péroraison de l'orateur et ses adieux à son auditoire :

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Messieurs, nons arons terminé la carrière. En vous contemplant une dernière fois réunis autour de cette chaire, d'où je vais descendre pour n'y plus remonter, je ne puis, je l'avoue, me défendre d'unc vive émotion,

Aus sentimens de reconnaissance, de joie, d'espérance, vient se mêler on sentiment de regret, de peine intime aussi. Souffrez qu'en vous quittant je l'esprime avec franchise. Combien parmi vous ne sont pas heureux, cherchent à l'être ! Pas heureux dans leur cour, déçus, abusés qu'ils furent dans leurs recherches et leurs désirs,

C'est que, loin de la foi, les passions trompent et oppriment, l'indifférence pèse, les systèmes falignent et laissent vide; et la tranquillité apparenle n'est pas la paix réellement septie. Non , avec les opinions et les incertitudes humaines vous ne fùles pas heureux ; ayec elles vous ne fû. tes contens ni d'elles ni de vous,

Je le suis, moi, de ma foi et de ses lois; je le suis de moi-même quand je les prends pour règle. Et j'ose bien vous défier de trouver parmi tous les disciples fidèles du catholicisme un sent huinme qui ait fait la même expérience, et qui puisse vons dire franchement : Je ne fus pas

heureux en suivant l'enseignement catholique: mon cæur s'est repenti d'avoir été fidèle à ses préceptes; j'éprouvai le remords, et mon âme perdit le repos, son bonheur, ed s'altachant aux leçons de Jésus-Christ.

Ah! cette homme n'esisle pas; il n'exista lainals; il p'existera, pas : j'en suis sûr. Et tous les prétendus systèmes, tous les pains prétextes viennent se briser contre cette preuve de sentiment et d'expérience.

Puissiez-vous donc la faire vous-mêmes, celle douce expérience, vous surtout, jeunes encore et encore égarés , vous cependant nos espérances d'avenir. C'est le væu le plus ardent de mon âme,

Alors vos jours, déjà traversés par ļant d'oragcs, redeviendront plus pors et plus sereins; et si la vte vous apportait encore, pendant que vous habilez la vallée de larmes, des vicissitudes et des peines, du moins vous saurez trouver le remède à vos maux, et un appui consolateur dans l'infortune.

Ainsi par la foi vivante, par ses convictions sincères , pourrez-vous ramener la vie au sein d'une société qui semble pencher vers sa ruine. Et vous consolerez l'Eglise affligée. Ain reportercz - vous au cour de volre évêque le tribut de consolations que son zèle voulut répandre sur vous en abondance.

Une dernière fois la tenurc sollicilude d'un pontife et d'un père va in. voquer sur vous le nom du Seigneur. Qu'il soit votre secours, votre joie, votre force pour le tems du passage, pour l'arrivée au port éternel.

Il nous reste à faire connaître l'allocution prononcée par Mgr. l'archevêque à la fin de cette station. Nous la donnons ici; elle sera le digne éloge du talent et de la méthode de l'orateur, et servira de réponse à ceux qui, malgré l'évidence, ne veulent pas convenir de tout le bien que font les conférences ouvertes dans la métropole de Paris, pour l'usage particulier des jeunes gens de ce siècle.

Avant de terminer le cours de ces instructions quadragésimales , avant de nous séparer , nous avons coutume chaque année de vous manifester les sentimens d'un cour qui croit avoir le droit de compter sur les vôtres.

Ces sentimens sont ceux de la joie et de la reconnaissance. Au Seigneur d'abord, toute action de grâces et louange de ce qu'il vous a com blés de tant de faveurs, de dons spirituels. Benedictus Deus , qui benedixit vobis omni benedictione spirituali. Qu'il soit béoi de ce que sa sagesse incréée vous a été annoncée par une vois qui portait à vos esprits la lumière, et pénétrait vos cæurs par l'onction la plus douce.

Mais aussi que l'ange de l'Evangile éternel reçoive en ce jour le témoignage solennel de notre vive et profonde reconnaissance, lui qui s'est prodigué pour nous avec tant de soin, de travaux et de talens , pour la grande, la plus grande gloire de Dieu. Dieu seul en effet peut suppléer à l'insuffisance de notre reconnaissance humaine, et c'est pour cela que nous le supplions de lui accorder la seule récompense qu'il ambitionne, et dont il est digne, c'est-à-dire de lui desliner une de ces places brillantes réservées aux cieux à ceux qui auront évangélisé lears frères : qui eru. diunt multos sicut stellæ fulgebunt, in perpetuas æternitates.

Et vous, Messieurs, soyez bénis surtout de votre docilité filiale , qui vous a fait accourir en nombre aussi prodigieux à la voix de votre évèque, qui vous conviait autour de cette chaire. Ce concours, celle assiduité ont inondé de joie un caur pastoral, et lui ont rappelé une fois encore com

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bien le sort qui lui est échu dans l'Eglise , est désirable et dignc d'envie. Funes ceciderunt mihi in præclaris.

Puisse celte bénédiction non-senlement vous environner, vous combler, vous faire produire les plus dignes fruils, mais s'étendre sur vos familles, survos enfans, jusqu'aux futures générations. Adjiciat Dominus super vos, super vos et super filios vestros.

Nous croyions, en finissant, pouvoir offrir un abrégé trèssuccinct des Conférences qu'a faites à Metz M.l'abbé Lacordaire, que l'on peut appeler le fondateur des Conférences de NotreDame; mais la personne qui avait bien voulu nous promettre ce travail, a reculé devant la difficulté de resserrer dans de justes limites un ensemble de Conférences qui ont continué sans aucune interruption depuis l'Avent jusqu'à la fin du Carême. Qu'il nous suffise de dire que les Conférences de Metz ont été une magnifique continuation des Conférences de Notre-Dame de Paris ; elles ont été plus parfaites encore, car l'orateur, sans cesser d'être aussi brillant, avait puisé quelque chose de plus profond et de plus parfait à la source même du Catholicisme, å Rome, où il a passé deux ans. Aussi qu'il nous soit permis de dire aux deux orateurs : « Continuez votre carrière, c'est à vous

qu'était réservée la gloire toute chrétienne de réconcilier le » siècle avec la religion. Quant aux critiques isolées, forts de » l'approbation de vos évéques, laissez-les passer inaperçues ou nimpuissantes. La fréquence de vos auditeurs et les conver» sions qui suivent vos discours répandent assez pour vous !!! »

A. B.

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Deuxième Article'. Primaulé de Rome. - L'Arménie renonce aų schizmc, Tolérance

à l'égard des Juifs. Droits des papes sur l'élection des empereurs. - Ingratitnde d'Othon. - Croisade et conquête de Constantinople. Du divorce de Philippe-Auguste.- Interdit sur la France justifié.- Victoire sur les Mores en Espagne. – Opinion remarquable de Hurler sur la conduite d'Innocent à l'égard des héréliques. Ouverture da con. cile de Latran.. - Sa mort.

M. Hurter a divisé l'histoire d'Innocent III en autant de liyres que ce pape a occupé d'années le trône pontifical, c'està-dire 18. Il jette d'abord un regard sur les affaires de Rome, puis il s'éloigne de ce centre pour s'étendre jusqu'à la circonférence du vaste champ embrassé par la sollicitude et l'activité de son héros. Quant aux affaires intérieures, bornons-nous à une réflexion de l'auteur, également applicable à des tems différens, et au règne de plus d'un pape. Les Romains s'étaient empressés avec joie de jurer obéissance et fidélité au nouveau pontife, immédiatement après son élection , et lui, de son côté, respectait leurs droits. Mais une telle concorde n'était pas au gré de ceux qui voulaient profiter de leur pouyoir pour pêcher en eau trouble '. Ces hommes commencèrent donc à s'entendre avec le peuple pour l'exciter à réclamer je ne sais quels droits, et lui persuader que le tems était venu de secouer le joug qui l'oppri• Voir le 1er art. dans le n° 94 ci-dessus, p. 278.

Quod non poterant in aqua clara piscari, cæperuat aquam turbare. Gesta, c. 133.

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mait; couvrant, ainsi que d'autres l'ont fait et le font encore, leurs intérêts personnels du voile d'un noble zèle. pour

le bien public. Ainsi, les papes se virent engagés dans une lutte qui dura pendant plusieurs siècles, contre les grands et le peuple de la capitale et des provinces, et forcés plus d'une fois de chercher leur salut par la fuite dans des contrées étrangères, sans qu'ils cessassent cependant de gouverner l'Eglise universelle avec une autorité partout respectée. C'est que la foi est plus puissante que la force matérielle , et celui à qui obéissent les intelligences conserve jusque dans les fers ses fidèles sujets, et ne cesse pas d'être un souverain vénéré.

Parmi le grand nombre de faits importans , contenus dans le livre III de M. Hurter, qui correspond à l'année 1199, deuxième du règne d'Innocent, nous remarquons sa correspondance avec l'empereur Alexis et Jean, patriarche de Constantinople. Ce dernier s'étonne d'entendre lunocent appeler l'Eglise de Rome l'Eglise universelle, et la mère de toutes les Eglises. « L'Eglise de Jérusalem, dit le patriarche, comme » quelques controversistes modernes, est la vraie mère de » toutes les Eglises. » Le Pape répond : « L'Eglise romaine est » l'Eglise universelle, en ce qu'elle représente l'unité de toutes » les Eglises particulières, et qu'elle préside à toutes. L'Eglise » de Jérusalem est appelée la mère de toutes les Eglises , parce qu'elle a été la première , quant à l'époque de sa fondation ; o mais l'Eglise romaine mérite ce nom, comme étant la pre» mière en dignité. Ainsi, André sut appelé à l'apostolal avant » Pierre, et cependant Pierre est le premier et le prince des » Apôtres. »

Si les relations avec l'empereur et le patriarche greo , resterent alors sans résultats, celles qu'Innocent entretint avec le souverain d'Arménie furent suivies d'un plus heureux succès. Un territoire, correspondant en grande partie à la première et à la secondc Cilicie, appelée aussi Armenia minor, pour la distinguer de l'Armenia major, laquelle s'étendait plus au septentrion, jusqu'à la mer Caspienne, à l'endroit où touchaient les frontières de l'empire Persan et de l'empire Byzantin , formait alors un état indépendant, dont l'origine remontait à l'époque où les empereurs romains envoyaient dans les provinces éloi

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