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BÉGUINES. Ce sont des femmes, filles ou veuves , menant la vie commune, portant in habit gris-blanc et un voile blanc sur la lête, vivant sous une règle, mais sans faire aucun veu. Elles furent répandues principalement en Belgique et dant les PaysBas. Les uns font remonter leur origine à Pierre-le-Bègues, qui vivait à Liége vers l'an 1173 %; les autres à la princesse Beggue, fille de Pépin de Landen et seur de Sainte Gertrude, morte en 697 3. Chaque maison a une supérieure à qui toutes les sæurs doivent obéissance; elles promettent de vivre dans la chasteté tant qu'elles resteront dans la maison, et de suivre quelques autres pratiques de dévolion. Quoique dispersées pour la plupart par l'invasion française en 1794, il en existe encore plusieurs maisons en Belgique, entre autres celle de Gand, qui compte deux béguinages renfermant 96, Béguines consacrées à servir différens hôpitaux, et à donner une instruction gratuite aux petites filles 4

· Voir le 8e art. dans le No 94 , ci-dessus, p. 231.

· Berault Bercastel. Hist., t. XII, pag. 151.–Moreri.-Fleury, Hist., liv. v, n° 52.-Le Mayeur, Gloire belg. t. JI, p. 532.

3 Voir le P. Smet, Acta sanctorum Belgii, t. v, p. 99. 4 Voir le Journal historique de Liége, t. 1, p. 264.

BÉGUINS ou BEGGARDS. C'est le nom des religieux du tiers ordre de Saint François, qu'il ne faut pas confondre avec les hérétiques du même nom, condamnés l'an 1311. Ils étaient nommés Beggards, de ce qu'ils avaient pris Sainte-Begge pour patronne, ou du mot allemand Beggen, demander, prier. A Toulouse on les appelait Béguins, de ce que le nommé Béchir leur avait donné sa maison.

BÉNÉDICTINS. Les immenses services rendus par les Bénédictins à la civilisation, à l'agriculture, aux lettres, à la religion; le grand nombre d'ordres religieux, qui ont pris pour base fondamentale la règle de Saint-Benoit, nous engagent à faire connaître, d'une manière un peu plus explicite, cette règle et leur histoire.

Vers la fin du 5e siècle, il existait déjà bien des moines en occident, mais tous suivaient la règle de Saint-Basile ; c'est-àdire, une règle faite pour les hommes et les pays d'orient. L'an 480, naquit à Norcia, en Ombrie, un descendant de la noble famille romaine Anicia, lequel fut nommé Benoît, ou plutôt Beni (Benedictus), futur législateur qui devait effacer la gloire des Solon, des Lycurgue, des Numa. Il n'entre pas dans notre pensée de faire son histoire ; disons seulement que, poussé malgré sa famille, à une vie de retraite et de pénitence, après avoir long-tems vécu solitaire dans les déserts de Sublac, il permit à quelques disciples de s'établir près de lui. La rosée du ciel tomba dès lors sur le désert, et le féconda. De l'an 520 à l'an 527, douze monastères surent établis; en 529, il jeta les fondemens du célèbre Mont-Cassin; enfin, à sa mort, l'an 543 ou 547, la règle de Benoit était déjà suivie en Sicile, en France, en Espagne et en Angleterre. Toutes les parties du monde chrétien ressentirent bientôt l'influence de cette règle célèbre.

Or, pour faire voir quelle fut cette influence, il faut connaître quelle était la discipline, de corps et d'esprit, à laquelle se soumettaient ceux qui y entraient. Que l'on se transporte donc par la pensée au milieu de cette société des 6, 7 et 8° siècles et suivans, que l'on pense à cette dissolution complète de l'ancien monde, aux ravages des barbares, à l'esclavage des populations pressurées et foulées aux pieds de tous ceux qui se faisaient

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leurs maitres, et l'on verra quels prodiges de vertu, quelle force de volonté, quelle dignité intellectuelle, vint faire revivre dans le monde la règle de Saint Benoit.

D'abord, au milieu de cette société, où l'idée de pouvoir était perdue, étouffée dans des flots de sang ou de débauche, Benoft créa de nouveau l'idée sainte et sacrée de pouvoir : choisi par ses frères, élu par eux, l'ABBÉ devenait la première, et on pourrait le dire, la seule personne du monastère. A la vérité, dans les occasions extraordinaires, il lui est prescrit de consulter les vieillards, ou même la communauté entière ; mais, si chacun peut donner son avis, aucun ne doit disputer contre lui. Après avoir entendu les avis, qu'il descende en lui-même, et qu'il décide. Seulement, qu'il se souvienne qu'il est plutôt établi pour être utile aux autres que pour être au-dessus des autres '; mais, sans sa permission , rien ne doit ni ne peut se faire, pas même une prière, pas même une mortification.

La première victoire que le religieux devait remporter sur lui-même, le premier essai de sa force, était de contenir sa langue. Aussi il devait garder le silence au chour, au réfectoire, au chauffoir, et même pendant une partie de la récréation; les frères se promenaient en silence, passant les uns à côté des autres sans se parler. Quant aux distractions, ni jeu, ni chien, ni chat, ni oiseau , innocens animaux, compagnons de ceux qui n'en ont pas.

Après s'être ainsi rendu maitre de sa volonté, le religieux devait encore la plier à obéir aux autres; aussi devait-il pratiquer une humilité vraie et profonde, obéir sur-le-champ, ne rien répondre aux observations ni aux injures, quoique injustes; confesser à son abbé même ses plus mauvaises pensées, se contenter des plus humbles places, se croire inférieur aux autres, ne faire que les choses communes prescrites par la régle, ne pas rire facilement, parler peu et gravement, enfin, porter la tête basse, comme un criminel ou un pénitent.

A cette époque, les peuples long-tems désolés par les exactions des collecteurs romains, et par les ravages continuels des troupes, avaient laissé un grand nombre de terres en friche; Benoit

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organisa une vaste société de travailleurs et principalement d'agriculteurs. « Vous ne serez de vrais moines, leur disait-il, o que quand vous vivrez du produit du travail de vos mains.» La riigle des cénobiles orienlaux donnait beaucoup à la contemplation; la plus grande partie de leur vie se passait en prières, en pénitences, en jeûnes, en mortifications ; le travail avait plutôt un but d'exercice et de pénitence que d'utilité : exténuer le corps pour relever l'âme; telle était la base de la règle de Saint-Basile. Benoit, tout en conservant la mortification du corps, qui est un dogme catholique, lui donna des forces, et le rendit capable de supporter de rudes travaux, qu'il tourna tous vers des objels utiles et des amélioralions sociales. Aussi, au lieu de nourrir ses moines de dattes et de fruits secs , et di au pure, pris une fois par jour, il leur fit faire deux repas; un potage, deux plats cuits et un dessert à dîner; dcux plats, un dessert et de l'herbe en salade à souper; et de plus un paio de 33 onces et une hemine (un quart de litre) de vin par jour; portion que l'abbé pouvait encore augmenter dans les tems des rudes travaux. Mais pour exercer l'esprit de pénitence, et erpétuer une prescription antédiluvienne, il défendit toute viand., et toute chair d'animaux à quatre et à deux pieds.

Mais la force donnée par une nourriture si abondante devait etre exclusivement consacrée au travail, et surtout au travail des champs. Huit heures environ , ar jour ils devaient labourer, défricher les terres, manipuler les récoltes, les utiliser, les transporter au loin; et c'est à cet article de la règle que nous devons le défricheinent des plus belles vallées de notre Franc:, nos plus belles fermes , el que l'Allemagne doit la fondation de villes entièrcs, qu'ils créèrent par leur travail.

Tous les arts utiles étaient, au reste, exercés dans le couvent; mais il ne fallait pas surtout, que les artistes, sous prétexte de lcurtaleni, voulussent s'élever au-dessus de leurs frères les agriculteurs. La règle leur déclarait, sous peine d'interdiction, qu'ils ne devaient pas se regarder comme utiles ou nécessaires à la communauté. Aussi la plupart de leurs produits étaient vendus dans les villes voisines, toujours à un prix moindre que

lo cours crdinaire qui y avait lieu ; et c'est à cet article que nous devons la conservation de la plupart des arts du moyen-âge. TOMR XVI. ---No 96. 1838.

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Mais quoique le travail manuel fût le premier, il n'était pas le seul : tiu article de la régle prescrivait la lcclure de l'Ecriture Sainité, et des auteurs qui l'expliquaient. C'est à cet article que nous devons la conservation de toute la littérature antique, et tous les immenses trávaux littéraires des Bénédictins, que nous n'énumérons pas ici parce qu'ils sont connus de tout le monde.

Un autre article permettait de recevoir les enfans que les parens åvaient consacrés à Dieu dans les monastères ; et c'est à cet article

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nous devons les célèbres écoles claustrales tenues pár des moines, écoles qui conservèrent le feu sacré de l'étude, et qui faisant participer les enfans du peuple, vainqueurs et vaincus, à la même instruction, opérèrent le rapprochement des deux races, et préparerent l'émancipation des classes inféricures. Voilà l'âuvre sociale et humanitaire de Benoît !

Nais continuons à suivre le cours de son influence sur la régénération même de l'âme et de la volorilé humaines. Et d'aboril, voyons à quelles conditions on était reçu au nombre des frères.

Un des plus grands bienfaits de la règle de Benoit, c'est qu'elle admettait tout individu qui voulait songer à son salut, sans aucune distinction de libre ou d'esclavc, de savant ou d'ignorant, de clerc ou de laïque; il y avait place et Iravail pour tous. Celui qui se présentait était d'abord interrogé pendant plusieurs jours, et examiné, pour savoir jusqu'à quel point son désir était solide. Puis on lui faisait lecture de la règle. Si le postulant l'acceptait, cela ne suffisait pas encore; car Benoit avait établi un noviciat d'épreuve qui durait six mois, pendant lesquels le novice était assujetti à tout ce que la règle avait de plus pénible. Au boni des six mois, lecture lui était encore faitè de la règle, et s'il persistait 4 nouveaux mois, alors il était admis au nombre des frères. Mais il fallait auparavant qu'il distribuat à ses parens ou aux pauvres, ou qu'il donnåt à la communauté tout ce qu'il possédait. Puis de ses mains il écrivait l'acte d'aliénation de sa personne et de sa volonté; cet acte, il le déposait avec beaucoup de solennité sur l'aute), où Dieu était censé le receřoit, et d'où il passait (lans les archives du monastère.

Dès-lors l'hotnmé n'était plus à lui-même, mais il appartenait au monastère. On le dépouillait de ses habits, et on lai en donnait deux de la maison, qu'il ne pouvait ni vendre ni changer,

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