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» On est surpris avec raison de voir que cet établissement des » postes & des couriers, trouvé d'abord en Orient par Cyrus , » & mis ensuite en usage par ses successeurs pendant tant de » siecles; qu'un tel établissement , dis-je , si utile au Gouverne» ment , n'ait point passé en Occident, sur-tout parmi des peu» ples aussi habiles dans la politique qu'étoient les Grecs & les » Romains, où l'on en voit des traces.

» Il est encore étonnant que cette premiere invention des pos» tes n'ait pas conduit plus loin, & qu'on en ait borné si long» temps l'usage aux seules affaires de l'Etat, sans être touché des » grands avantages que le Public en pouvoit tirer pour la faci» lité du Commerce de la vie & du négoce des Marchands & » des Banquiers, pour l'expédition des affaires des particuliers , » pour la promptitude des voyages qui demandoient de la dili» gence, pour la communication aisée des familles, des Villes » & des Provinces, pour la sûreté des sommes remises d'une con» trée dans une autre. On sait quelle difficulté on avoit alors , » & pendant les siecles suivans, à se communiquer des nouvelles » & à traiter d'affaires ; étant nécessaire pour cela ou d'envoyer » exprès un domestique , ce qui ne se pouvoit faire sans beau» coup de dépense & de lenteur ou d'attendre le départ de quel» que personne qui allât dans la Province où l'ou vouloit écrire, » ce qui étoit sujet à une insinité de contre-temps, de longueurs » & d'accidens.

» Nous jouissons maintenant à peu de frais de cette commodité, » mais nous n'en sentons pas assez l'avantage que la privation » seule peut faire bien connoître. La France en a l'obligation à » l'Université de Paris; & je ne puis m'empêcher d'en faire ici » la remarque; comme elle étoit la seule dans tout le Royaume, » & qu'il y venoit de toutes les Provinces , & même de tous » les Royaumes voisins, un grand nombre d'écoliers, elle établit » en leur faveur des Messagers dont les fonctions étoient, non» seulement de porter hardes, or , argent, pierreries , sacs des » Procès, informations, Enquêtes , de faire la conduite de tou» tes les personnes indifféremment, fournissant chevaux & nour

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dont nous avons fait connoître les rapports. Ce travail ne pourroit étre exécuté que par une société de gens de Lettres. PIine qui ne connoissoit que le stade Grec dont huit faisoient le miIle Romain, ayant compilé un grand nombre de Géographes anciens de différentes contrées, qui avoient donné les distances exprimées en stades de leur pays, a réduit ces stades en milles Romains à raison de huit pour mille. Quand il a trouvé des distances exprimées en milles Egyptiens , il les a laissé subsister sous la dénomination de milles; ensorte qu'on s'imagine daprès lui qu'il est la question de milles Romains. Les noms de pieds & de coudées différentes reçoivent chez lui le nom de pied sans autre distinction ; on croiroit volontiers que ce seroient des pieds Romains. La spithame est appellée par lui tantôt pied, tantôt dodrans , tantôt palmus. Mille Auteurs anciens ont fait des méprises pareilles. Si ces Auteurs avoient conservé aux mesures les noms qu'elles avoient dans les pays où l'on en faisoit usage , il n'y auroit plus d'équivoque , mais ils ne l'ont pas fait, & nos Ecrivains modernes ne le font pas toujours non plus. Voici un exemple des surprises où nous jettent les Auteurs à cet égard. Il s'agit du Temple d'Ephese dont je vais rapporter la description d'après Pline (XXXVI, XIV.). « Le Temple de Diane à Ephese est le chef-d'œuvre de la ma.» gnificence des Grecs. Toute l'Asie contribua à sa construction, » & l'on fut deux cents vingt ans à le bâtir ..... La longueur » entiere de ce temple étoit de quatre cents vingt-cinq pieds, » & sa largeur de deux cents vingt. Les colonnes au nombre de » cent vingt - sept avoient été faites par autant de Rois ; elles » avoient soixante pieds de hauteur, & trente-six d'entr'elles » étoient cannelées, &c. » Beaucoup de personnes n'hésiteroient Pas peut-être à prendre le pied Grec pour celui qui a servi à ce mesurage ; il n'en est pourtant rien, & voici la preuve que j'en aPporte. M. Spon, dans le premier volume de ses Voyages (pag. 385.), assure avoir vu cinq ou six de ces colonnes ; elles sont #hacune d'une seule piece de marbre & ont quarante pieds de long sur sept de diametre. Or soixante pieds Grecs feroient oviron 59 # pieds de Roi, ce qui est beaucoup trop ; soixante Podo Pythiques feroient 45,655 pieds de Roi, c'est encore trop ; oixante spithames feroient 38.52 pieds de Roi ; ce nombre dif| fere en défaut d'un pied & demi de la mesure prise †o Spon,

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