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Nous ne nous permettrons pas d'autres réflexions sur ce récit de Diodore ; nous nous contenterons d'ajouter que s'il est une époque dans l'antiquité la plus reculée favorable à l'établissement

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autre avoit, mais que l'on n'avoit pas soi-même. Dans cet état des
choses, on ne pouvoit conserver long-temps chez soi les produc-
tions qui excédoient le nécessaire, & l'on ne pouvoit acquérir
de celles que l'on n'avoit pas qu'à proportion de ses besoins. Dans
es temps-là il étoit donc beaucoup plus difficile qu'un particulier
s'enrichit en épuisant un autre particulier.
Ce fut Bacchus, c'est-à-dire, Osiris, dont nous venons de par-
ler sur la fin du Chapitre précédent, qui, selon Pline ( lib. VII,
cap. LVI.), apprit aux hommes l'art de vendre & d'acheter : Emere
ac vendere instituit Liber Pater : ce fut donc lui qui inventa la mon-
noie. Ce grand Prince, l'ami incomparable de notre espece, dut
être charmé d'une découverte aussi admirable , & il crut faire un
rare présent à l'humanité ; c'est qu'il n'avoit pas apperçu les con-
séquences défavorables qu'elle présentoit pour les générations
futures.
Si nous en croyons Hérodote (lib. I.), les Lydiens ont été les
premiers peuples qui aient commencé à battre de la monnoie d'or
& d'argent pour le commerce, de même qu'ils ont inventé les
jeux qui leur étoient communs avec les Grecs , le jeu des Dames
ou des Echecs , le jeu de la Balle, & d'autres frivolités sembla-
bles. Delà on pourroit conclurre que la monnoie de Bacchus ou
d'Osiris n'étoit ni d'or ni d'argent , mais de quelque autre métal,
&c. Suivant Ephore & Strabon (Geogr. lib. VIII.), ce fut Phé-
don ou Phidon qui le premier fit fabriquer des monnoies d'argent
dans la Grece. Argée ou les Naxiens , au rapport d'Agloasthenes,
furent les premiers qui sirent des monnoies d'or, d'argent, de cui-
vre & de fer : Erechthée en fabriqua le premier à Athenes , &
Xénophanes en Lydie & en Licie ; Lycurgue fit battre le premier
de la monnoie de fer à Sparte; & Saturne ou Janus fut le premier
qui ordonna de la monnoie de cuivre en Italie. Tite-Live dit qu'on
s'avisa fort tard de faire fabriquer à Rome de la monnoie d'ar-
gent. Nous lisons dans Eutrope (lih. II.) que ce fut vers l'an 48 3 ;
& dans Pline , que ce fut l'an 484 ou 485 de la fondation de
Rome. Selon le même Pline , ce ne fut que l'an 637 de Rome
que l'on fabrica dans cette Ville de la monnoie d'or.
Laissons ces recherches très-incertaines , puisque les autorités
se croisent, sur l'époque & l'ancienneté de l'institution des mon-
noies, & venons à ce qui les concerne plus intimement.
La monnoie est la mesure relative & comparative de la valeur

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sulat de Métellus, celui qui jouissoit d'un revenu de dix mille deniers Romains, qui dans notre hypothèse vaudroient intrinséque4 ment dix mille livres de la monnoie actuelle de France, possédoit réellement la même fortune que celui qui a aujourd'hui deux

| cents mille livres de rente. Il sembleroit, d'après ces notions, qu'il est peu utile de réduire les especes anciennes au taux des especes qui ont cours aujourd'hui dans le commerce ; mais ce n'est qu'une supposition que nous avons faite , & jamais le bled n'a été à si bas prix. Dans tous les temps, les choses nécessaires à la nourriture & aux besoins de l'homme ont toujours eu pour mesure appréciative une quantité raisonnable d'or, d'argent ou de cuivre, & fort approchante de celle d'aujourd'hui. Le bled & les autres choses valoient sous le consulat de Métellus, ce qu'elles valent de nos jours dans les années fertiles & abondantes, comme nous tâcherons de le prouver dans la suite. Par conséquent la réduction des monnoies anciennes aux nôtres peut servir suffisamment à l'appréciation des richesses des peuples de l'antiquité, & la connoissance de leur rapport réciproque ne doit pas paroître une chose indifférente ; mais pour connoître ce rapport, il est nécessaire de prendre quelques notions relatives à la fabrique des monnoies, & au prix actuel de l'or, de l'argent & du cuivre dans le commerce. Dans un Etat gouverné avec Religion, sagesse & équité , les monnoies & la qualité des métaux qui servent à les fabriquer doivent une fois pour toutes être réglées & fixées sur un pied où il ne soit plus permis de faire de changement : car les monnoies sont des mesures destinées à régler & à fixer la propriété du citoyen débiteur & créancier, & elles doivent être immuables comme les poids & les autres mesures. Les Juifs en gardoient les modules ou , prototypes avec un soin religieux. Le sicle, désigné sous le nom ' de sicle sacré ou sicle du sančiuaire , étoit consigné dans le Temple - de Jérusalem avec les étalons des autres monnoies, poids & me: sures, dont la conservation inaltérable étoit un précepte formel de leur Loi : Non habebis in sacculo diversa pondera, majus & minus : ll0ll

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non erit in domo tuá modius major & minor. Pondus habebis justum
& verum, & modius aequalis & verus erit tibi, ut multo vivas tem-
pore super terram , quam Dominus Deus tuus dederit tibi : abomi-
nabitur enim Dominus Deus tuus, eum qui facit haec , & aversa-
tur omnem injustitiam ( Deut. cap. XXV.). Ce fut encore dans
le même esprit d'équité que les Juifs , les Egyptiens, tous les
Asiatiques, les Grecs & les Romains dans les beaux temps de la
République , eurent grand soin de n'employer pour la fabrication
de leurs monnoies que des métaux bien épurés de toute matiere
étrangere : ils ne mettoient en œuvre que de l'or & de l'argent
affinés au degré où l'industrie humaine peut atteindre ; procédé
dispendieux qui fut néanmoins suivi par tous les anciens peuples.
Je suis même persuadé que la monnoie Euboïque s'appelia ainsi,
non parce que c'étoit celle de l'Isle d'Eubée, ni précisément parce
qu'elle portoit l'empreinte d'un bœuf, mais parce que l'argent en
étoit très-fin.
Les Romains furent les premiers qui apprirent au monde l'art
criminel de dépraver la pureté des métaux destinés à la fabrication
des monnoies. Livius Drusus , Tribun du peuple, mêla, au rap-
port de Pline ( lib. XXXIlI, cap. III.), une huitieme partie de
cuivre avec sept huitiemes d'argent pour la fabrication de la mon-
noie : Livius Drusus in tribunatu plebis octavam partem aeris argento
miscuit. Le Triumvir Antoine altéra aussi la pureté de l'argent du
denier en y faisant entrer du fer : Miscuit denario Triumvir Anto-
nius ferrum. Miscuit aeri falsœ moneta (Plin.lib. XXXIII, cap. IX.).
Les mêmes Romains enseignerent encore aux hommes l'art fraudu-
leux d'altérer le poids du denier : Alii è pondere subsirahunt; surquoi
Pline s'écrie : Mirumque in hdc artium sola vitia discuntur, & falsum
denarii spe#ant exemplar, pluribusque veris denariis adulterinus emitur.
L'usage de mélanger les métaux étant devenu aujourd'hui gé-
néral dans tous les Etats , il a fallu établir des principes sur les
quels on pût régler la quantité de l'alliage. Pour cela on a sixé
un certain poids du métal destiné à être monnoyé ; on a divisé ce
poids, par la pensée, en un certain nombre de petits poids égaux ;
ensuite on a considéré combien le poids total contenoit de pe-
tites parties en matiere pure, & ce combien est ce qu'on a appellé
titre de la moonnoie. -
En France on a pris pour poids principal à la monnoie le
marc qui est la moitié de la livre. On est convenu que # marc se
t

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