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non pas mille, comme le dit M. Crévier dans son très-mauvais Traité des poids, monnoies & mesures, imprimé à la tête du premier volume de son Edition de Tite-Live. D'un autre côté , comme ce denier n'auroit contenu que 75 , grains de la livre de Paris, le téronce n'en auroit contenu que 1 #, la sembelle 3 # , & la libelle 7 # ; toutes conséquences révoltantes & inadmissibles. L'usage de l'argent parmi les hommes devoit être alors aussi commun qu'il l'est aujourd'hui. Le défaut de commerce pouvoit le rendre un peu plus rare à Rome, mais on peut croire qu'il n'y étoit pas si rare. L'opulence de Crésus, Roi de Lydie, celle des Perses, celle des Juifs sous David & Salomon, sont des preuves que ce métal étoit abondant dans l'antiquité. Or si l'argent étoit commun dans toute l'Asie, le commerce immense que faisoient les Tyriens & les Carthaginois qui exploitoient les mines de la

Bétique, devoit le faire refluer sur toute l'étendue du continent, & principalement dans les contrées maritimes, telles que l'Italie. .

Si donc l'argent n'étoit point rare, comment auroit-il pu y avoir une si grande disproportion entre la valeur appréciative de ce métal & celle du cuivre ? On a pu se rire de Savot, qui, ne pouvant comprendre une si grande disproportion , avoit imaginé qu'alors le denier Romain étoit du poids d'une once d'argent. Sa cause paroît trop juste & trop fondée en raison , pour qu'on puisse craindre de se compromettre en la défendant. Le premier denier Romain fut du poids d'une once d'argent ; car certainement les Romains le fabriquerent du poids d'un des sous multiples de leur

livre, & ce sous multiple ne pût être que l'once pour cette fois. D'où

il résulte que la livre d'argent valut cent vingt livres de cuivre, proportion d'autant plus raisonnable, qu'elle se rapprochoit de celle qui étoient alors reçue chez les Asiatiques & les Egyptiens, & qui le fut toujours dans la suite. Le denier fut donc du poids de 526 grains du marc de Paris, le quinaire de 263 grains, le sesterce de 131 # & de la valeur du sicilique Romain, la libelle de 52 #, la sembelle ou singule de 26 # , & le téronce de 1 3 #. Nos piéces de six sols sont du poids de 27 à 28 grains, ainsi elles sont un peu plus grandes que les sembelles Romaines, & plus que doubles des téronces; qu'on juge s'il auroit été possible d'effectuer des monnoies de moindre poids que celles-ci. On peut encore apporter en preuve de l'assertion que nous défendons, que Savot a examiné dans la balance des monnoies Ro

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maines d'argent qui portoient le caractere de la plus haute antiquité ; elles pesoient 126 grains poids de marc. Du côté de l'effigie est un Janus à deux visages, & au revers un Jupiter armé de son foudre, accompagné d'une Victoire, & porté sur un char tiré par quatre coursiers,, avec l'épigraphe Roma. Eisenschmid assure que non-seulement il en a vu de † chez ses amis, mais que même il en possédoit une de la plus haute antiquité & trèsbien conservée. Les lettres n'y sont point en relief comme sur les autres monnoies anciennes ; mais elles y ont été gravées après la fabrication. La configuration du mot Roma témoigne son ancienneté. Elle pese 1 24 grains de Paris. Savot en avoit encore vu d'autres de même poids, avec l'empreinte d'un cheval & l'inscription Romano. ( Eisenschmid , de Pond. & Mens p. 134 & 135 ). Pour peu que l'on veuille comparer la description de ces especes avec ce que dit Pline : Mota argenti fuére biga atque quadriga : & indè bigati quadrigatique dicti, & avec ce que dit Festus : Apud antiquos denarius & quinarius in usu erant, & valebant, denarius denos asses , quinquesim quinarius : quadrigati, bigati, on se convaincra sans peine que ces monnoies sont des sesterces des premiers qui furent fabriqués chacun du poids d'un silique ou de 13 1 # grains, mais dont le long user & le frottement leur en a fait perdre 5 #. On doit donc enfin conclure que les premiers deniers Romains furent de la valeur de 6 # liv. de notre monnoie, les quinaires de 3 # liv., les sesterces de 1 # liv., les libelles de 12 : sous, les sembelles ou singules de 6 # s , & les téronces de 3 # sous : le tout en supposant que ces monnoies étoient d'un métal pur. Varron a écrit que dans le temps que L. Métellus reçut à Rome les honneurs du triomphe , un modius de riz, un conge de vin, trente livres de figues séches, dix hémines d'huile d'olives, douze livres de viande, toutes ces choses étoient de même valeur, & ne coûtoient chacune qu'un as. M. Varro autor est, cùm L. AMetellus in triumpho plurimos duxit elephantos, assibus singulis fartis modios fuisse, item vini congios, ficique siccae pondo XXX , olci

pondo X, carnis pondo XII. (Plin. lib. XVIII. cap. III.). Ce Mé

tellus est celui qui termina la premiere guerre Punique, & il triom

pha l'an 5o2 de la fondation de Rome, & 2 5o ans avant l'ére

vulgaire. Nous venons de voir que la petite piéce d'argent appellée li

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belle valoit un as ou une livre de cuivre : or la libelle évaluée sur le prix actuel du marc d'argent fin, ne vaut que 12 # sous de notre monnoie ; & l'as du poids d'une livre Romaine évalué sur le cuivre, vaut plus de 28 sous. De-là il suit qu'à raison d'une libelle le modius de riz, le setier de Paris, ne vaudroit que 9 liv. 13 sous, un peu plus, tandis qu'à raison d'un as de cuivre le modius, le setier vaudroit plus de 21 liv. 15 sous. Lequel de ces deux prix est le véritable ? Il me semble que ce n'est aucun des deux. Car ·si en parlant en général nous avons dit qu'il falloit regarder l'argent comme le métal principal & fiduciel auquel il falloit sourmettre les autres métaux employés à la confection des monnoies, 1nons ne pouvons guere nous dispenser ici de faire une exception ele cette regle. En effet, nous voyons que pendant un espace de Près de cinq cents ans, les Romains ne font usage que de monnoies de cuivre qui leur soient particulieres ; nous remarquons de † par la lecture des Ecrivains Romains postérieurs, que si dans eurs comptes de finances, ils calculent souvent par denier & par sesterces, il n'est pas moins ordinaire qu'ils le fassent par des as. L'argent n'a donc ici pour l'usage aucune prééminence sur le cuivre , qui paroît au contraire plus souvent employé & servir à apprécier § autres métaux , ensorte qu'on pourroit appliquer ici, & non en tout autre cas, ce que dit Ausone : Auro magnus honos, auri pretium tamen est œs. Comme il est constant que c'est moins la valeur intrinseque des monnoies anciennes que nous recherchons, qu'une mesure appréciazive & comparative dont le rapport à nos monnoies nous soit connu, & qui puisse nous servir à nous donner une idée juste du commerce & de la richesse des peuples de l'antiquité , ne pourrions-nous prendre 11n milieu ? Ce seroit d'ôter au cuivre un peu de sa vilité, pour rendre rnoins de prix à l'argent. Par exemple, nous trouvons qu'au temps de Métellus le setier de bled estimé en monnoie Romaine de cuivre o oroit valu 21.77 liv., tandis qu'estimé en monnoie d'argent, il # auroit valu que 9.685 liv. Prenons un moyen entre ces deux prix, Ej. oous ourons 1 ; liv. 14 sous 6 deniers pour le prix du setier de led à l'époque dont nous parlons. Je ne vois point que nous oY <>ns de meilleur parti à prendre ; & pour l'effectuer facilement dans tous § possibles, supposons l'as d'une livre de cuivre $s la libelle d'argent de la valeur chacune de 2o sous ou d'une livr§ tournois, c'est à-peu-près le moyen proportionnel entre 12

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