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tume de leur payer. On voit qu'à la priere de Cléarque le jeune,
Cyrus l'augmenta encore à ceux qui le suivoient dans la haute
Asie, & que d'un darique, il la fit monter à un darique & demi
par mois (25 sous par jour). La paye des matelots étoit de trois
& quatre oboles par jour ( 1 o & 13 sous 4 deniers). Souvent la paye
du soldat qui servoit sur les vaisseaux étoit portée jusqu'à la drachme
entiere. Dans la flotte qui fut envoyée en Sicile, les Athéniens
donnerent par jour une drachme de paye ; sans doute que ces sol-
dats étoient obligés à tout leur entretien.
Les soldats Romains, dit M. Rollin, ( Hist. anc. tom. XI,
pag. 366.) dans les premiers temps de la République, la servoient
gratuitement, & sans recevoir de paye. Les guerres pour lors ne
se faisoient pas loin de Rome, & n'étoient pas de longue durée.
Dès qu'elles étoient terminées, les soldats retournoient chez eux,
& prenoient soin de leurs biens, de leurs terres & de leurs fa-
milles. Ce ne fut que plus de quatre cents quarante ans depuis
la fondation de Rome, que le Sénat, à l'occasion du siege de
Veies, qui fut fort long, & continué sans interruption pendant
l'hiver contre la coutume, ordonna, sans en être requis, que
la République payeroit aux soldats une somme réglée pour le ser-
vice qu'ils lui rendroient. Ce décret d'autant plus agréable au
peuple, qu'il ne paroissoit l'effet que de la pure libéralité du
Sénat, causa une joie universelle, & tous les citoyens s'écrierent
qu'ils étoient prêts de répandre leur sang & de sacrifier leur vie
pour une patrie si bienfaisante.
Pour fournir à cette paye, on imposa un tribut sur les citoyens
à proportion de leur revenu. Les Sénateurs donnerent l'exemple
qui entraîna après eux tous les autres, malgré l'opposition des
Tribuns du peuple. Il paroît que personne n'en étoit exempt,
pas même les Augures ni les Pontifes. Ils s'en étoient dispensés
pendant quelques années par voie de fait, & de leur autorité
privée. Les Questeurs les firent assigner pour se voir condamner
au payement de toutes ces années. lls en appellerent au peuple
qui les condamna. Quand la guerre étoit terminée, & qu'on avoit
fait un butin considérable sur les ennemis, on en employoit
quelquefois une partie à restituer aux particuliers les sommes quon
avoit exigées d'eux pour les frais de la guerre. Ce tribut subsista
jusqu'au troisieme triomphe de Paul-Emile sur les Macédoniens,
qui fit entrer tant de richesses dans le trésor public, qu'on jugea

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denier , car les Romains ne payoient pas leurs troupes en mon

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noies Grecques. On trouve ici l'application d'un endroit de
Pline , savoir que quoique le numéraire de la monnoie Romaine
eût été changé dans le temps de la seconde guerre Punique, &
qu'au lieu de dix as que l'en donnoit auparavant pour la valeur d'un
denier, on y en comptât seize ; cependant on continua dans la
fuite à ne donner aux soldats que dix as pour la valeur d'un de-
nier, ensorte que leur paie n'étoit réellement que des cinq hui-
tiemes du denier d'argent : in militari tamen stipendio semper de-
narius pro decem affibus datus. Nous avons évalué le denier du
poids d'une sextule à trente sous de notre monnoie en combinant
e prix de l'argent avec celui du cuivre ; sur ce pied le denier
stipendiaire n'auroit valu qu'environ dix-neuf sous, & c'étoit la
laie du cavalier; le centurion n'auroit donc eu que 12 sous 8
deniers, & le simple fantassin que 6 sous 4 deniers. Mais si nous
voulons croire que dans le temps que Polybe écrivoit sur la paie
des soldats Romains, le denier étoit alors à la taille de 84 à la
Hvre, & que de plus la réduction des monnoies Romaines en
monnoies Grecques faite par cet Historien, étoit à - peu - près
éxacte ; 'alors nous dirons que le fantassin avoit de paie le tiers
du denier courant, c'est-à-dire cinq ou six as, le centurion dix
u douze as, & le cavalier, le denier courant & réel. De cette
maniere d'entendre Polybe, il résultera toujours à-peu-près la
même paye que ci-dessus, savoir, au moins 6 sous pour § ié-
ton, 12 sous pour le centurion, & 18 sous pour le §
Polybe a soin d'observer que sur ce modique salaire, le soldat
étoit obligé de se nourrir & de se fournir d'armes & d'habits,
ce qui apparemment avoit toujours été pratiqué depuis l'insti-
tutioh de la paye militaire : non fiumentum, non vestem, nec arma
gratuite militi fiiffe ssed certa horum pretia de stipendio à queston-
bus deduêta, o ' | i | | | | | | | i . t
o"Ceci dura jusqu'au temps de Jules-César, qui, au rapport de
Suétone (in Jul. Ces c, 26.), pour s'attacher davantage les sol-
dats légionnaires, doubla leur paye, c'est-à-dire, qu'il leur donna
Teodenit r stipendiaire entier # savoir, dix as du denier réel d'ar-
gent qui en valoit seloe , énforte que si tout fut proportionné à
scette époque, le fantassin eut dix as, le centurion vingt, & le
cavalier trente. Legionibus stipendium in perpetuum duplicavit. Alors
donc le fantassin eut21 r sous 3 deniers de paye, le centurion 22
fous 6 demiers, & le-cavalier 33 sous 9 deniers. Cette paye paroît
considérable, mais c'étoit le prix qu'on vouloit mettre à la liberté
des citoyens. · · • • "
Cependant les soldats, lors de la sédition qui s'éleva en Pan-
nonie dans le camp des trois légions qui y étoient réunies sous
le commandement du consulaire Junius Blésus, immédiatement
après la mort d'Auguste, se plaignent de sa modicité. Taeite
( Annal. lib. I. XVII.) fait ainsi parler Percennius instigateur
de la sédition. - - o
« Pourquoi obéir comme de vils esclaves à un petit nombre de
» Centurions, & à un nombre encore moindre de Tribuns ? Quand
| » oseront-ils se promettre du soulagement dans leurs maux, si
» une requête ou les armes à la main, ils ne vont en demander
» au Prince (Tibere) nouvellement élevé à l'Empire, & encore
» chancelant sur le trône ? Que c'étoit trop d'avoir souffert durant
» tant d'années, que malgré leur vieillesse & les blessures dont
» leur corps étoit couvert, on les obligeât de porter les armes
» pendant trente & quarante ans. Qu'encore seroient-ils trop heu-
»reux, si après avoir obtenu leur congé, on mettoit fin à leurs
» services, mais qu'on les retenoit sous le drapeau pour les y
» charger des mêmes travaux sous le nom de vétérans. Que s'il
» s'en trouvoit qui eussent assez de force pour surmonter tant de
» fatigues, on les transplantoit en diverses contrées où sous pré-
»texte spécieux de leur donner des terres à cultiver, on les em-
»ployoit à dessécher des marais ou à défricher des montagnes
» arides. Que leur service étoit aussi ingrat qu'il étoit pénible.
» Qu'ils se vendoient, corps & ame, pour dix as par jour. Que
» siar ce mince salaire, il falloit s'entretenir d'habits, d'armes,
»tentes, se racheter des châtimens que leur infligeoient les Cen-
»turions, & en extorquer à prix d'argent quelques momens de
» relâche. Qu'en vérité leur vie entiere n'étoit qu'un tissu de maux,
» que pour eux se succédoient sans interruption, les coups, les
»b1essures, les rigueurs des hivers, les fatigues de l'été, les périls
» d=ns la guerre & l'indigence dans la # Que s'ils vouloient
» se procurer quelque adoucissement , il falloit prescrire eux-mê-
»m es les conditions sous lesquelles ils prétendoient servir : savoir,
» qu'on leur donneroit de paie le denier d'argent à chacun ; qu'a-
»près seize ans de service, ils auroient leur congé; que ce temps
» expiré, on ne les retiendroit plus sous les enseignes ; que dans
»le camp même, avant leur départ, on leur compteroit leur

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