Images de page
PDF
[merged small][ocr errors]
[ocr errors]

renoit vingt-trois (Num. VIII, XVIII , XXVIII, XXIX ,
XX. Deut. XII, XIV , XVIII. Ezech, XIV, XLV, 13, & c.).

[ocr errors]

Ce n'est plus la treizieme partie des fruits , c'en est presque la huitieme, sans compter le casuel & ce qu'elle possédoit de terres. C'est ainsi que, par le bénéfice de la Loi , la tribu de Lévi, qui au premier coup-d'œil paroît la plus mal partagée, devient, pour § dire, seule propriétaire de tous les fonds de la Palestine ; les douze tribus, composées d'hommes de travail , n'en étoient proprement que les fermiers perpétuels & inamovibles. En effet, nous avons vu, au commencement de ce Chapitre, que, suivant le témoignage de Budée , un † de terre dans l'Isle de France, qui produit soixante-douze. oisseaux de bled, rapporte au propriétaire qui le donne à bail à un fermier , huit boisseaux de bled seulement; or les # de soixante-douze boisseaux font huit boisseaux & # , par conséquent le droit de la tribu de Lévi sur les terres de la Palestine, se montoit plus haut que le revenu d'un ropriétaire en France sur ses propres fonds qu'il ne fait pas valoir † Il faut dire cependant que cet avantage qu'avoit la tribu de Lévi, étoit sujet à des inconvéniens ; le peuple Juif étoit inconstant & ingrat, il abandonna plusieurs fois § culte de Dieu our servir des idoles, & il est probable que dans ses écarts il se croyoit dispensé des obligations de la Loi. Il seroit possible d'évaluer à peu près toutes les richesses de la tribu de Lévi ; car nous avons compté six millions d'ames dans la Nation Juive, pour la consommation desquelles il falloit au moins douze millions de setiers de bled à la mesure de Paris : si chaque setier vaut vingt livres de notre monnoie, la consommation du bled seulement vaudra deux cents quarante millions. Les Lévites en avoient les #, qui font vingt-sept millions six cents mille livres au moins ; car il falloit défalquer la semence sur ce qui restoit au peuple après la perception de la dime. Si à cette somme nous ajoutions la dime des autres productions qui servent à l'homme, soit pour sa nourriture, soit pour son vêtement, comme les lins & les laines, la dîme des bestiaux , les vœux & les offrandes, la capitation qu'on payoit au Temple , les fonds de terres possédés ar les Prêtres & les Lévites, &c., il est probable qu'on dou§ cette somme. Et telles étoient les Loix agraires de la Palestine. V On a quelque peine, dit M. Pluche ( Concord. Géogr. p.322.), à accorder les prodigieux dénombremens que l'Ecriture nous rapporte des habitans des Royaumes de Juda & d'Israel, avec l'état

de langueur & de misere dans lequel les Voyageurs nous les représentent aujourd'hui. L'indifférence du gouvernement des Turcs pour la population, & le bon état des habitans de leurs pays conquis ; l'avarice des Officiers qui en ont l'intendance ; la vente des permissions qu'ils accordent aux monopoleurs & aux coureurs Arabes , ont découragé & fait fuir les habitans. La terre sans culture n'a plus rien de florissant. Les terres sont négligées. Les Villes sont devenues ou des Villages misérables, ou des amas de ruines. Les habitans sont ou des Grecs ruinés & fugitifs , ou des Arabes sans goût pour l'agriculture, ou de pauvres Syriens qui n'osent rien entreprendre, de peur d'être pillés par les corps de voleurs qui vont & viennent, ou par les Officiers même préposés pour les défendre. Autrefois tout y étoit en valeur, jusqu'au plus haut des montagnes, par le soin qu'on prenoit d'en couper tous les pendans en différentes terrasses, d'en varier les productions selon les asects, & de cultiver le tout à la charrue ou à la pioche. Les ébreux fournissoient Tyr & Sidon de bled, de menus grains, de lin , de chanvre, & de fruits : ils portoient ou envoyoient aux Egyptiens de grandes provisions d'huile & de vin. Aujourd'hui la terre est la même ; mais les habitans manquent à la terre, & le courage aux habitans. C'étoient les pâturages & les bestiaux qui , par des engrais , procuroient à la Terre-sainte & aux Régions voisines cette heureuse fécondité qui en faisoit des Etats puissans dans une petite étendue de terres. Les Israëlites & tous § peuples du voisinage furent bergers de profession dès les premiers temps. Qu'on parcoure la Bible, on verra toujours les Hébreux, à commencer par Abraham, faire consister la meilleure partie de leurs richesses dans la nourriture des bœufs, des moutons & des chevres ; ils ne négligerent jamais cette lucrative occupation, pas même durant leur

servitude en Egypte.

[ocr errors]
[ocr errors]

Suite de la fèrtilité des terres , & de quelques Loix

agraires.

coltes , avoient encore celui de posséder des terres extrêmement meubles & faciles à labourer. Pline (lib. XVIII, cap. XVIII.), après avoir parlé de la grande facilité de la culture en Egypte, ajoute que les terres n'exigeoient pas plus de travail dans la Babylonie , la Séleucide , & le long des bords du Tygre & de l'Euphrate , où le produit des moissons passoit de beaucoup celles qu'on faisoit en Egypte. Les terres dans la Syrie, & par conséquent dans la Palestine que les Anciens comprennent le plus souvent sous cette dénomination , n'avoient besoin que d'un léger labour, tandis qu'il en faut donner plusieurs aux terres en Italie, & que huit forts bœufs attelés à une même charrue perdent la respiration à la tirer. Les terres fertiles de l'ancienne Numidie , aujourd'hui le Royaume d'Alger , sont, au rapport de Columelle (lib. II, cap. II.), mêlées d'un sable qui les rend extrêmement meubles & solubles, & on les laboure sans peine. La Médie est fertile en beaucoup d'endroits, mais principalement vers les portes Caspiennes. Il y a de gras pâturages, où l'on éleve une grande multitude de chevaux. Ce pays envoyoit tous les ans aux Rois de Perse , outre un tribut en argent, trois mille chevaux , quatre mille mulets , & cinquante mille moutons. Les Satrapes d'Arménie envoyoient aussi en Perse vingt mille poulains 1OUS § ans. C'est de la Médie que nous vient cette plante si utile pour la nourriture des chevaux , que nous appellons luzerne , & que les Anciens appelloient medica. Elle fut d'abord apportée en Grece, dans le temps des guerres de Darius ; delà § passa en Italie , d'où elle s'est répandue dans toute l'Europe. Cette plante est fort célébrée par les Anciens, parce que, comme dit Columelle (lib. I l , cap. XI. ) , 1 °. lorsque la terre en est une fois ensemencée, elle s'y conserve , & pousse abondamment pendant

Q# peuples avec l'avantage de faire d'abondantes rédix années ; 2°. parce que chaque année on la fauche quatre & souvent jusqu'à six fois ; 3°. parce qu'elle engraisse & fertilise la terre ; 4°. parce qu'elle engraisse singuliérement tous les bestiaux qui s'en nourrissent; 5°. parce qu'elle rend la santé aux troupeaux malades ; 6°. parce qu'un jugere en culture de luzerne fournit abondamment pour la nourriture de trois chevaux durant toute l'année, d'où il suit qu'un arpent de France suffiroit pour la nourriture de six chevaux. On peut voir ce qui concerne la culture de la luzerne, dans Columelle , à l'endroit cité ; dans Varron ( lib. I. c. XLII. ), & dans Pline (lib. XVIII, c. XVI.). Amphiloque avoit composé un Volume entier sur cette plante & sur le Cytise. L'Espagne autrefois pouvoit être comparée aux pays les plus délicieux de la terre, & aucun ne lui étoit préférable pour l'abondance des récoltes en bleds, en vins & en fruits de toute sorte. On y trouvoit toutes les choses nécessaires à la vie, comme celles qui ne sont recherchées que pour le luxe. Il y avoit des mines d'or & d'argent, de grands vignobles , de vastes plants d'oliviers. L'on n'y voyoit point de terres incultes, point de stériles ; car les cantons où le bled ne réussissoit pas fournissoient d'excellens pâturages , & s'il y en a quelques-uns qui ne soient propres à aucune de ces productions, on y recueille des joncs marins qui servent à faire des cordages pour les vaisseaux, des nattes, & d'autres ouvrages utiles. Tel est le témoignage que Solin rend de la bonté des terres d'Espagne. Pomponius Méla dit que l'Espagne abonde tellement en hommes, en chevaux, en fer, en plomb, en argent & en or, que si dans quelques endroits la disette d'eau la rend dissemblable d'elle-même, il y croît cependant du lin & du jonc avec quoi on fait des cordes & des nattes. Justin ( lib. XLIV. ) dit que l'Espagne est plus fertile que la Gaule, & même que l'Afrique ; car, dit-il, cette région n'est point brûlée par les ardeurs du soleil , comme l'Afrique, ni fatiguée par des vents violens & continuels, comme la Gaule ; mais , placée entre ces deux pays, elle est vivifiée & fécondée par des chaleurs modérées & des pluies bienfaisantes, au point qu'elle procure abondamment tous les fruits & toutes les choses nécessaires à la subsistance, non-seulement de ses habitans, mais encore des citoyens de la Ville de Rome & de toute l'Italie. Elle ne produit pas seulement une prodigieuse quantité de froment , elle est également fertile en v# délicieux , C C C

« PrécédentContinuer »