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Une vanité fi folle.

Ce n'eft pas vous, c'eft l'Idole
A qui cet honneur se rend,
Et que la gloire en eft dûë.
D'un Magiftrat ignorant,
C'est la robe qu'on faluë.

X I.

L'Huitre & les Plaideurs.

UN jour deux Pelerins fur le fable rencontrent
Une Huitre que le flot y venoit d'apporter :
Ils l'avalent des yeux, du doigt ils fe la montrent;
A l'égard de la dent il falut contester.

L'un fe baiffoit déja pour amaffer la proie;
L'autre le pouffe, & dit: Il eft bon de favoir
Qui de nous en aura la joie.

Celui qui le premier a pů l'apercevoir
En fera le gobeur; l'autre le verra faire.
Si par-là l'on juge l'affaire

Reprit fon compagnon, j'ai l'eeil bon, Dieu merci.
Je ne l'ai pas mauvais auffi,

Dit l'autre, & je l'ai vûë avant vous fur ma vie.
Et bien, vous l'avez vûë, & moi je l'ai fentie.
Pendant tout ce bel incident

Perrin Dandin arrive; ils le prennent pour Juge.
Perrin fort gravement ouvre l'Huitre, & la gruge,
Nos deux Meffieurs le regardant.

Ce repas fait; Il dit, d'un ton de Préfident,
Tenez, la Cour vous donne à chacun une écaille
Sans dépens, & qu'en paix chacun chez foi s'en aille.
Mettez ce qu'il en coûte à plaider aujourd'hui:

Contez ce qu'il en refte à beaucoup de familles.
Vous verrez que Perrin tire l'argent à lui,
laiffe aux Plaideurs

Et ne

que le fac & les quilles.

XII

L'Huitre & les Plaideurs,

Par Mr. BOILEAU.

UN Jour, dit un Auteur, n'importe en quel Chapitre,
Deux Voyageurs a jeun rencontrerent une Huitre."
Tous deux la conteftoient, lorsque dans leur Chemin
La Juftice paffa, la Balance à la main.

Devant elle à grand bruit ils expliquent la Chofe,
Tous deux avec dépens veulent gagner leur Cause.
La Juftice pefant ce droit litigieux,

Demande l'Huitre, l'ouvre, & lavale à leurs yeux;
Et par ce bel Arrêt terminant la bataille:

Tenez, voilà, dit-elle, à chacun une Ecaille.

Des Sotifes d'autrui nous vivons au Palais:

Meffieurs, l'Huitre étoit bonne. Adieu, vivez en Paix.

L

XII I.

Le Bucheron & la Mort,

Par Mr. BOIL E A U.

E dos chargé de bois, & le corps tout en eau,
Un pauvre Bucheron, dans l'extrême vieilleffe,
Marchoit en haletant de peine & de détreffe.
Enfin las de fouffrir jettant là fon fardeau,
Plutôt de s'en voir accablé de nouveau,
que
Il fouhaite la Mort & cent fois il Papelle.
La Mort vint à la fin, Que veux-tu, cria-t-elle?
Qui moi? dit-il, alors prompt à fe corriger,
Que tu m'aides à me charger.

L

XIV.

L'Avare qui a perdu fon Trésor.

'Ufage feulement fait la poffeffion.

Je demande à ces gens, de qui la paffion

Eft d'entaffer toûjours, mettre fomme fur fomme,
Quel avantage ils ont que n'ait pas un autre homme?
(1) Diogene là-bas eft auffi riche qu'eux;

Et l'Avare ici haut, comme lui vit en gueux.
L'homme au tréfor caché qu'Efope nous propofe,
Servira d'exemple à la chose.

Ce malhureux attendoit

Pour jouïr de fon bien une feconde vie;
Ne poffedoit pas l'or; mais l'or le poffedoit.
Il avoit dans la terre une fomme enfouïe,
Son cœur avec ; n'ayant autre (2) déduit,
Que d'y ruminer jour & nuit,

Et rendre fa (3) chevance à lui-même facrée;
Qu'il allât, ou qu'il vînt, qu'il bût ou qu'il mangeât
On l'eût pris de bien court à moins qu'il ne fongeât,
A l'endroit où gifoit cette fomme enterrée.

Il y fit tant de tours qu'un Foffoyeur le vit;
Se doutant du dépôt l'enleva fans rien dire.
Voila mon homme aux pleurs; il gemit, il foûpire,
Il fe tourmente, il fe déchire.

Un paffant lui demande à quel fujet ses cris?
C'est mon tréfor que l'on m'a pris.

Vôtre tréfor? où pris? Tout joignant cette pierre.
Eh! fommes-nous en temps de guerre

Pour l'apporter fi loin? N'euffiez-vous pas mieux fait
De le laiffer chez-vous en vôtre cabinet,

(1) Philofophe qui étoit fort pauvre.
(2) C'eft-à-dire, de plus grand plaifir.
(3) Son bien, fon trefor."

Que

Que de le changer de demeure?

Vous auriez på fans peine y puifer à toute heure.
A toute heure? bons Dieux! Ne tient-il qu'à cela?,
L'argent vient-il comme il s'en va?

Je n'y touchois jamais. Dites-moi donc de grace,
Reprit l'autre, pourquoi vous vous affligez tant,
Puisque vous ne touchiez jamais à cet argent?
Mettez une pierre à la place,

Elle vous vaudra tout autant.

HISTOIRE

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garçons & deux filles: mes foeurs fe firent Religieufes; un de mes freres, qui étoit l'aîné, prit les Ordres & fe fit Prêtre ; un autre prit le parti des Armes; un autre celui de la Librairie ; un autre fut Medecin le cinquieme fut Jefuite, & le fixieme étudia en Droit & fe fit Avocat : c'est de ce dernier dont je vais conter l'Hiftoire. Mon Pere se voyant fur la fin de fes jours, voulut, avant que de mourir, nous partager également ce qui lui restoit de bien, afin d'éviter toute forte de diffention entre nous. Quand il fut mort chacun prit un parti convenable à fes moyens, & à l'état qu'il avoit embraffe; nous restâmes trois à la maison, favoir le Prêtre, l'Avocat, & moi. Nous vivions frugalement & fans ambition avec le peu que notre Pere nous avoit laiffe, & le revenu d'un petit Benefice que mon frere aîné avoit. L'Avo cat, qui fembloit avoir renoncé au mariage, n'ambitionnoit point une plus groffe fortune; il menoit une vie reglée & avoit beaucoup de religion, & de devotion à la Sainte Vierge.

Il alloit fouvent entendre la Meffe à Nôtre-Dame, & toutes les fois qu'il y alloit, il avoit coûtume de donner quelque chofe à un petit bon Homme, vêtu de ferge grife, qui portoit un manteau de même étoffe ; ce petit Vieillard offroit de l'eau benite à tous ceux qui entroient & fortoient de l'Eglife. Un jour mon frere lui donna le double de ce qu'il avoit coûtume de lui donner, & lui dit, Mon bon ami, j'ai un procès prêt à juger, priez Dieu qu'il me faffe la grace de faire connoître mon bon droit à mes Juges; car fi je le perds je fuis ruiné: " cela dit, il s'en alla entendre la Mcfle.

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Ec 3

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