Images de page
PDF

à chanter pour faire comme les autres. Bon! voici justement mon bomme.

[merged small][ocr errors]

Briller à mes yeux surpris Les fleurs de son beau visage. Hélas! disje aux moineaux en recevant les coups De ces yeux si savants à faire des conquêtes, Consolez-vous, pauvres petites bêtes, Celui qui vous a pris est bien plus pris que vous. MoR oN demande au satyre une chanson plus passionnée, et le prie de lui dire celle qu'il lui avoit oui chanter quelques jours auparavant. L E s AT Y R E chante. Dans vos chants si doux Chantez à ma belle, Oiseaux, chantez tous Ma peine mortelle : Mais si la cruelle Se met en courroux Au récit fidele Des maux que je sens pour elle. Oiseaux, taisez-vons. -TMI O R O N. Ah! qu'elle est belle ! Apprends-la moi.

[ocr errors][ocr errors][ocr errors]

Le satyre en colere menace Moron, et plusieurs satyres dansent une entrée plaisante.

[ocr errors]

ACTE TROISIE M E. S C E N E I. LA PRINCEssE, AGLANTE, CYNTHIE, PHILIs.

C Y N T H I E. L est vrai, madame, que ce jeune prince a fait voir une adresse non commune, et que l'air dont il a paru a été quelque chose de surprenant. Il sort vainqueur de cette course : mais je doute fort qu'il en sorte avec le même cœur qu'il y a porté; car enfin vous lui avez tiré des traits dont il est difficile de se défendre; et, sans parler de tout le reste, la grace de votre danse et la douceur de votre voix ont eu des charmes aujourd'hui à toucher les plus insensibles. . L A. P R I N C E S S E . Le voici qui s'entretient avec Moron, nous saurons un peu de quoi il lui parle. Ne rompons point encore leur entretien , et prenons cette route pour revenir à leur rencontre.

[ocr errors]

E U R Y A L E.

Ah! Moron, je te l'avoue, j'ai été enchanté, et jamais tant de charmes n'ont frappé tout ensemble mes yeux et mes oreilles. Elle est adorable en tout temps, il est vrai; mais ce moment l'a emporté sur tous les autres, et des graces nouvelles ont redoublé l'éclat de ses beautés. Jamais son visage ne s'est paré de plus vives couleurs, ni ses yeux ne se sont armés de traits plus vifs et plus perçants. La douceur de sa voix a voulu se faire paroître dans un air tout charmant qu'elle a daigné chanter; et les sons merveilleux qu'elle formoit passoient jusqu'au fond de mon ame, et tenoient tous mes sens dans un ravissement à ne pouvoir en revenir. Elle a fait éclater ensuite une disposition toute divine; et ses pieds amoureux sur l'émail d'un tendre gazon traçoient d'aimables caracteres qui m'enlevoient hors de moimême, et m'attachoient par des nœuds invincibles aux doux et justes mouvements dont tout son corps suivoit les mouvements de l'harmonie. Enfin jamais | ame n'a eu de plus puissantes émotions que la mienne ; et j'ai pensé plus de vingt fois oublier ma résolution pour me jeter à ses pieds, et lui faire un aveu sincere de l'ardeur que je sens pour elle. M O R O N . Donnez-vous-en bien de garde, seigneur, si vous m'en voulez croire. Vous avez trouvé la meilleure invention du monde; et je me trompe fort si elle ne vous réussit. Les femmes sont des animaux d'un naturel bizarre; nous les gâtons par nos douceurs; et je crois tout de bon que nous les verrions nous courir, sans tous ces respects et ces soumissions où les hommes les accoquinent. A R B A T E. Seigneur, voici la princesse qui s'est un peu éloignée de sa suite. M O R O N. Demeurez ferme au moins dans le chemin que vous avez pris; je m'en vais voir ce qu'elle me dira. Cependant promenez-vous ici dans ces petites routes sans faire aucun semblant d'avoir envie de la joindre; et, si vous l'abordez, demeurez avec elle le moins qu'il vous sera possible.

[ocr errors]

L A P R I N C E S S E, Tu as donc familiarité, Moron, avec le prince d'Ithaque ? M O R O N. Ah! madame, il y a long-temps que nous nous ^ connoissons. I, A. P R I N C E S S E. D'où vient qu'il n'est pas venu jusqu'ici, et qu'il a pris cette autre route quand il m'a vue ? - M O R O N. C'est un homme bizarre, qui ne se plaît qu'à entretenir ses pensées. I. A. P R I N C E S S E. Etois-tu tantôt au compliment qu'il m'a fait ? M O R O N. Oui, madame, j'y étois; et je l'ai trouvé un peu impertinent, n'en déplaise à sa principauté. I. A. P R I N C E S S E. Pour moi, je le confesse, Moron, cette fuite m'a choquée; et j'ai toutes les envies du monde de l'engager, pour rabattre un peu son orgueil. M O R O N. Ma foi, madame, vous ne feriez pas mal; il le mériteroit bien : mais, à vous dire vrai, je doute fort que vous y puissiez réussir. T, A. P R I N C E S S E • Comment ! M O R O N. Comment! c'est le plus orgueilleux petit vilain que vous ayez jamais vu. Il lui semble qu'il n'y a personne au monde qui le mérite, et que la terre n'est paa digne de le porter.

« PrécédentContinuer »