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M o R o N, bas, au prince. Remettez-vous, et songez à répondre. IL A. P R I N C E S S E. D'où vient, prince, que vous ne dites mot, et sem blez interdit ? # E U R Y A L E. Je le suis, à la vérité; etj'admire, madanie, comme le ciel a pu former deux ames aussi semblables en tout que les nôtres, deux ames en qui l'on ait vu une plus grande conformité de sentiments, qui aient fait éclater dans le même temps une résolu ion à braver les traits de l'amour, et qui, dans le même moment, aient fait paroitre une égale facilité à perdre le nom d'insensibles. Car enfin , madame , puisque votre exemple m'autorise, je ne feindrai point de vous dire que l'amour aujourd'hui s'est rendu maître de mon cœur, et qu'une des princesses vos cousines, l'aimable et belle Aglante, a renversé d'un comp-d'œil tous les projets de ma sierté.Je suis ravi, madame, que, par cette égalité de défaite, nous n'ayons rien à nous reprocher l'un et l'autre; et je ne doute point que comme je vous loue infiniment de votre choix, vous n'approuviez aussi le mien. Il faut que ce miracle éclate aux yeux de tout le monde, et nous ne devons point différer à nous rendre tous deux contents. Pour moi, madame, je vous sollicite de vos suffrages pour obtenir celle que je souhaite, et vous trouverez bon que j'aille de ce pas en faire la demande au prince votre pere. M o R oN, bas, à Euryale Ah ! digne, ah ! brave cœur !

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S C E N E I I I. LA PRIN CEssE, A GLANTE, MoRoN.

I. A IP R I N C IE S S E . Princesse, j'ai à vous prier d'une chose qu'il faut absolument que vous m'accordiez. Le prince d'Ithaque vous aime, et veut vous demander au prince mon pere. A C I. A N T E. Le prince d'Ithaque, madame ! T. A. P R I N C E S S E. Oui. Il vient de m'en assurer lui-même, et m'a demandé mon suffrage pour vous obtenir; mais je vous conjure de rejeter cette proposition, et de ne point prêter l'oreille à tout ce qu'il pourra vous dire. - A G L A N T E. Mais. madame, s'il étoit vrai que ce prince m'ai

mât effectivement, pourquoi, n'ayant aucun dessein

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LA PRINCESSE, ARISTOMENE, AGLANTE, M O R O N. A R I S T O M E N E. Madame , je viens à vos pieds rendre grace à l'amour de mes heureux destins, et vous témoigner avec transport le ressentiment où je suis des bontés surprenantes dont vous daignez favoriser le plus soumis de vos captifs. I. A P R I N C E S S E. Comment ? A R I S T O M E N E. Le prince d'Ithaque, madame, vient de m'assurer tout-à-l'heure que votre cœur avoit eu la bonté de · s'expliquer en ma faveur sur ce célebre choix qu'atteud toute la Grece. L A P R I N C E S s E. Il vous a dit qu'il tenoit cela de uma bouche ? A R I S T O M E N I. . Oui, madame.

I. A P IR I N C E S S E , C'est un étourdi ; et vous êtes un peu trop crédule, prince, d'ajouter foi si promptement à ce qu'il vous a dit. Une pareille nouvelle mériteroit bien, ce me semble, qu'on en doutât un peu de temps ; et c'est tout ce que vous pourriez faire de la croire, si je vous l'avois dite moi-même. A R I S T O I M E N E. Madame, si j'ai été trop prompt à me persuader... L A. P R I N C E S S E. De grace, prince, brisons là ce discours; et, si vous voulez m'obliger, souffrez que je puisse jouir de deux moments de solitude.

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LA PRINCES SE, AGLANTE, MORON. " L A P R I N C E S S E. Ah! qu'en cette aventure le ciel me traite avec une rigueur étrange ! Au moins, princesse, souvenezvous de la priere que je vous ai faite. A G L A N T E. Je vous l'ai dit déja, madame, il faut vous obéir.

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M O R O N. Mais, madame, s'il vous aimoit, vous n'en voudriez point; et cependant vous ne voulez pas qu'il soit à une autre. C'est faire justement comme le chien du jardinier. I, A P R I N C E S S E. Non, je ne puis souffrir qu'il soit heureux avec

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