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une autre; et, si la chose étoit, je crois que j'en mourrois de déplaisir. - M. O R O N.

Ma foi, madame, avouons la dette : vous voudriez qu'il fût à vous; et dans toutes vos actions il est aisé de voir que vous aimez un peu ce jeune prince.

. L A P R 1 N c E s s E. · Moi, je l'aime ! O ciel! je l'aime ! Avez-vous l'insolence de prononcer ces paroles ? Sortez de ma vue, impudent, et ne vous présentez jamais devant moi. lM O R O N. Madame... . L A P R I N C E S S E.

Retirez-vous d'ici, vous dis-je, ou je vous en ferai

retirer d'une autre maniere. M o R o N, bas, à part. Ma foi, son cœur en a sa provision, et... (Il rencontre un regard de la princesse, qui l'oblige à se retirer.)

- s CE NE V I I.
L A P RiNcEssE, seulc.

De quelle émotion inconnue sens-je mon cœur atteint ? et quelle inquiétude secrete est venue troubler tout d'un coup la tranquillité de mon ame ? Ne seroit-ce point aussi ce qu'on vient de me dire ? et, sans en rien savoir, n'aimerois-je point ce jeune prince ? Ah! si cela étoit,je serois personne à me désespérer. Mais il est impossible que cela soit, et je vois bien que je ne puis pas l'aimer. Quoi! je serois capable de cette lâcheté ! J'ai vu toute la terre à mes pieds avec la plus grande insensibilité du monde; les respects, les hommages et les souumissions, n'ont jamais pu toucher mon ame : et la fierté et le dédain en

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auroient triomphé ! J'ai méprisé tous ceux qui m'out aimée ; et j'aimerois le seul qui me méprise ! Non, non, je sais bien que je ne l'aime pas. Il n'y a pas de raison à cela. Mais si ce n'est pas de l'amour que ce que je sens maintenant, qu'est-ce donc que ce peut

être ? et d'où vient ce poison qui me court par toutes

les veines, et ne me laisse point en repos avec moimême ? Sors de mon cœur, qui que tn sois, ennemi qui te caches; attaque - moi visiblement, et deviens à mes yeux la plus affreuse bête de tous nos bois, afin que mon dard et mes fleches me puissent défaire de toi. , -

J'

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QUATRIEME INTER MEDE. s c E N E I. LA PRIN cEssE.

O voUs, admirables personnes qui, par la douceur de vos chants, avez i'art d'adoucir les plus fâcheuses inquiétudes, approchez-vous d'ici, de grace, et tâchez de charmer avec votre musique le chagrin où je SUllS,

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meurer en repos; et quelque douceur qu'aient vos chants, ils ne font que redoubler mon inquiétude.

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M o R o N, à Iphitas. Ou , seigneur, ce n'est point raillerie ; j'en suis ce qu'on appelle disgracié. Il m'a fallu tirer mes chausses au plus vîte, et jamais vous n'avez vu un emportement plus brusque que le sien. 1 r H 1T A s, à Euryale.

Ah! prince, que je devrai de graces à ce stratagême amoureux, s'il faut qu'il ait trouvé le secret de toucher son cœur !

E U R Y A L E.

Quelque chose, seigneur, que l'on vienne de vous en dire, je n'ose encore, pour moi, me flatter de ce doux espoir : mais enfin, si ce n'est pas à moi trop de témérité que d'oser aspirer à l'honneur de votre alliance, si ma personne et mes états...

I P H I T A S.

Prince, n'entrons point dans ces compliments.Je trouve en vous de quoi remplir tous les souhaits d'un pere; et, si vous avez le cœur de ma sille, il ne vous manque rien.

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