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une passion, et d'être mort dès sa jeunesse à toutes les autres beautés qui nous peuvent frapper les yeux ! Non, non, la constance n'est bonne que pour des ridicules; toutes les belles ont droit de nous charmer, et l'avantage d'être rencontrée la premiere ne doit point dérober aux autres lesjustes prétentions qu'elles ont toutes sur nos cœurs. Pour moi, la beauté me ravit par-tout où je la trouve, et je cede facilement à cette douce violence dont elle nous entraîne. J'ai

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beau être engagé, l'amour que j'ai pour une belle
n'engage point mon ame à faire injustice aux autres ;
je conserve des yeux pour voir le mérite de toutes,
et rends à chacune les hommages et les tributs où
la nature nous oblige. Quoi qu'il en soit, je ne puis
refuser mon cœur à tout ce que je vois d'aimable;
et dès qu'un beau visage me le demande, si j'en
avois dix mille, je les donnerois tons. Les inclina-
tions naissantes, après tout, ont des charmes in-
explicables, et tout le plaisir de l'amour est dans le
changement. On goûte une douceur extrême à ré-
duire par cent hommages le cœur d'une jeune beau-
té; à voir de jour en jour les petits progrès qu'on y
fait; à combattre par des transports, par des larmes
et des soupirs, l'innocente pudeur d'une ame qui a
peine à rendre les armes; à forcer pied à pied toutes
les petites résistances qu'elle nous oppose ; à vaincre
les scrupules dont elle se fait un honneur ; et à la
mener doucement où nous avons envie de la faire
venir. Mais lorsqu'on en est maître une fois, il n'y
a plus rien à souhaiter; tout le beau de la passion est
fini, et nous nous endormons dans la tranquillité
d'un tel amour, si quelque objet nouveau ne vient
réveiller nos desirs, et présenter à notre cœur les
charmes attrayants d'une conquête à faire. Enfin il
n'est rien de si doux que de triompher de la résis-
tance d'une belle personne; et j'ai sur ce sujet l'am-
bition des conquérants, qui volent perpétuellement
de victoire en victoire, et ne peuvent se résoudre à
borner leurs souhaits. Il n'est rien qui puisse arrêter
l'impétuosité de mes desirs, je me sens un cœnr à
aimer toute la terre; et, comme Alexandre, je souhai-
terois qu'il y eût d'autres mondes pour y pouvoir
étendre mes conquêtes amoureuses.
S G A N A R F I, I, E.
Vertu de ma vie ! comme vous débitez ! Il semble

que vous ayez appris cela par cœur, et vous parlez tout comme un livre. D O N J U A N, · Qu'as-tu à dire là-dessus ? S G A N A R E L L E. Ma foi, j'ai à dire... Je ne sais que dire : car vous tournez les choses d'une maniere, qu'il semble que vous avez raison; et cependant il est vrai que vous ne l'avez pas. J'avois les plus belles pensées du monde, et vos discours m'ont brouillé tout cela. Laissez faire; une autre fois je mettrai mes raisonnements par écrit pour disputer avec vous. D O N J U A N. · Tu feras bien. f, S G A N A R E I, T. E. Mais, monsieur, cela seroit-il de la permission que vous m'avez donnée, si je vous disois que je suis tant soit peu scandalisé de la vie que vous menez ? D O N J U A. N . Comment! quelle vie est-ce que je mene? S G A N A R E L I, E. Fort bonne. Mais, par exemple, de vous voir tous les mois vous marier comme vous faites... D O N J U A N. Y a-t-il rien de plus agréable ? S G A. N A. R E L I, E, Il est vrai, je concois que cela est fort agréable et fort divertissant; et je m'en accommoderois assez, moi, s'il n'y avoit point de mal : mais, monsieur, se jouer ainsi du mariage, qui... D o N J U A N. Va, va, c'est une affaire que je saurai bien démêler, sans que tu t'en mettes en peine. S G AN A R E L I, F. · Ma foi, monsieur, vous faites une méchante raillerie.

D O N J U A N. Holà, maître sot. Vous savez que je vous ai dit que je n'aime pas les faiseurs de remontrances. S G A N A R E L L E. Je ne parle pas aussi à vous, Dieu m'en garde. Vous savez ce que vous faites, vous; et, si vous êtes libertin, vous avez vos raisons : mais il y a de certains petits impertinents dans le monde qui le sont sans savoir pourquoi, qui font les esprits forts, parcequ'ils croient que cela leur sied bien; et si j'avois un maître comme cela, je lui dirois nettement, le regardant en face : C'est bien à vous, petit ver de terre, petit myrmidon que vous êtes (je parle au maître que j'ai dit ); c'est bien à vous à vouloir vous mêler de tourner en raillerie ce que tous les hommes réverent! Pensez-vous que pour être de qualité, pour avoir une perruque blonde et bien frisée, des plumes à votre chapeau, un habit bien doré, et des rubans couleur de feu ( ce n'est pas à vous que je parle, c'est à l'autre) ; pensez-vous, dis-je, que vons en soyez plus habile homme, que tout vous soit permis, et qu'on n'ose vous dire vos vérités ? Apprenez de moi, qui suis votre valet, que les libertins ne font jamais une bonne fin, et que... ID O N J U A. N . Paix ! 8 G A N A R E L L. E. De quoi est-il question ? D O N J U A N. Il est question de te dire qu'une beauté me tient an coeur, et qu'entraîné par ses appas je l'ai suivie jusqu'en cette ville. S G A N A R E L L E. Et ne craignez-vous rien, monsieur, de la mort de ce commandeur que vous tuâtes il y a six mois ?

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ID O N J U A N. Et pourquoi craindre ? Ne l'ai-je pas bien tué ? S G A N A R E L L E. Fort bien, le mieux du monde; et il auroit tort de se plaindre. D O N J U A N, J'ai eu ma grace de cette affaire. S G A N A R E L L E. Oui : mais cette grace n'éteint pas peut-être le ressentiment des parents et des amis; et... D O N J U A N, Ah! n'allons point songer au mal qui nous peut arriver, et songeons seulement à ce qui peut donner du plaisir. La personne dont je te parle est une jeune fiancée, la plus agréable du monde, qui a été conduite ici par celui même qu'elle y vient épouser; et le hasard me sit voir ce couple d'amants trois ou quatre jours avant leur voyage. Jamais je n'ai vu deux personnes être si contentes l'une de l'autre, et faire éclater plus d'amour. La tendresse visible de leurs mutuelles ardeurs me donna de l'émotion ;j'en fus frappé au cœur, et mon amour commenca par la jalousie. Oui, je ne pus souffrir d'abord de les voir si bien ensemble; le dépit alluma mes desirs, etje me figurai un plaisir extrême à pouvoir troubler leur intelligence, et rompre cet attachement dont la délicatesse de mon cœur se tenoit offensée : mais jusqu'ici tous mes efforts ont été inutiles, et j'ai recours au dernier remede. Cet époux prétendu doit aujourd'hui régaler sa maîtresse d'une promenade sur mer. Sans t'en avoir rien dit, toutes choses sont préparées pour satisfaire mon amour, et j'ai une petite barque et des gens avec quoi fort facilement je prétends enlever la belle. S G A N A R E L L E , Ah! monsieur...

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