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ID O N J U A N, Nous avons manqué notre coup, Sganarelle, et cette bourrasque imprévue a renversé avec notre barque le projet que nous avions fait: mais, à te dire vrai, la paysanne que je viens de quitter répare ce malheur, et je lui ai trouvé des charmes qui effacent de mon esprit tout le chagrin que me donnoit le mauvais succès de notre entreprise. Il ne faut pas que ce cœur m'échappe; et j'y ai déja jèté des dispositions à ne pas me souffrir long-temps pousser des soupirs. - S G A N A R E L L E. •o Monsieur, j'avoue que vous m'étonnez. A peine sommes-nous échappés d'un péril de mort, qu'an lieu de rendre graces au ciel de la pitié qu'il a daigné prendre de nous, vous travaillez tout de nouveau à attirer sa colere par vos fantaisies accoutumées et vos amours cr.... (Don Juan prend un air menacant.) Paix ! coquin que vous êtes; vous ne savez ce que vous dites, et monsieur sait ce qu'il fait. Allons. n o N o u A N, appercevant Charlotte. Ah ! ah : d'où sort cette autre paysanne, Sganarelle ? As-tu rien vu de plus joli ? et ne trouves-tu pas, dis-moi, que celle-ci vaut bien l'autre ? s G A N A R E L L E. Assurément. ( à part. ) Autre piece nouvelle !

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la tête, de grace. Ah ! que ce visage est mignon ! Ouvrez vos yeux entièrement. Ah ! qu'ils sont beaux ! Que je voie un peu vos dents, je vous prie. Ah ! qu'elles sont amoureuses, et ces levres appétissantes ! Pour moi, je suis ravi, et je n'ai jamais vu une si charmante personue.

3. - 2 O

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d'un simple paysan ! Non, non; c'est profaner tant
de beautés, et vous n'êtes pas née pour demeurer
dans un village. Vous méritez, sans doute, une meil-
leure fortune; et le ciel, qui le connoît bien, m'a
conduit ici tout exprès pour empêcher ce mariage,
et rendre justice à vos charmes : car enfin, belle Chas-
lotte, je vous aime de tout mon cœur; et il ne tien-
dra qu'à vous que je vous arrache de ce misérable
lieu, et que je vous mette dans l'état où vous méri-
tez d'être. Cet amour est bien prompt, sans doute :
mais quoi! c'est un effet, Charlotte, de votre grande
beauté; et l'on vous aime autant en un quart-d'heure
qu'on feroit une autre en six mois.
C H A. R L O T T E .
Aussi, vrai, monsieu, je ne sais comment faire
quand vous parlez. Ce que vous dites me fait aise, et
j'aurois toutes les envies du monde de vous croire ;
mais on m'a toujou dit qu'il ne faut jamais croire les
monsieux, et que vous autres courtisans êtes des en-
joleux, qui ne songez qu'à abuser les filles.
D o N J U A N.
Je ne suis pas de ces gens-là.
s G AN A R E L L E, à part.
Il n'a garde.
C H A. R L O T T E.
Voyez-vous, monsieu ?'il n'y a pas plaisir à se lais-
ser abuser. Je suis une panvre paysanne; mais j'ai
l'honneur en recommandation, et j'aimerois mieux
me voir morte que de me voir déshonorée.
- D O N J U A N.
Moi, j'aurois l'ame assez méchante pour abuser une
personne comme vous ? Je serois assez lâche pour
vous déshonorer ? Non, non ;j'ai trop de conscience
pour cela. Je vous aime, Charlotte, en tout bien et
en tout honneur ; et, pour vous montrer que je dis
vrai, sachez que je n'ai point d'autre dessein que de

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