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THÉORIE DU VERBE

ET

TRAITÉ DES PARTICIPES.

« Le verbe est le lien de nos pensées. »

(LÉVIZAC.) « C'est par le verbe que s'énoncent et se transmettent les » actions soit physiques, soit morales. »

(BESCHER.)

Des dix parties du discours, celle que l'on emploie le plus souvent et que l'on peut considérer comme la source naturelle du langage, c'est sans contredit le VERBE. Il se trouve dans toutes les propositions pour y remplir le premier róle; et lorsque le besoin de nous exprimer rapidement nous force à le supprimer, il existe néanmoins dans la pensée sans aucune altération.

Distinguer les différentes formes du verbe, ses nombreuses inflexions, ses modes, ses temps, ses personnes nous paraît donc d'une nécessité absolue pour parler et écrire correctement. L'élève qui en fait une étude spéciale, en retire bientôt LES PLUS GRANDS AVANTAGES : ses idées se succèdent avec plus de justesse et de précision; il n'est pas obligé de les affaiblir en changeant la tournure des phrases, afin d'échapper à quelque locution hasardée, à quelque vicieux emploi de temps. Enfin, l'influence que le verbe exerce sur le discours est telle, que la clarté, la vivacité et l'élégance du style dépendent presque toujours du rôle qu'on lui fait jouer; aussi les grammairiens le nomment-ils le mot par excellence.

Mais s'il faut connaître parfaitement toutes les variations du verbe pour s'exprimer avec pureté, cela n'est pas moins indispensable lorsqu'on veut apprendre les règles des participes : ce sont même les seules études préliminaires qui puissent faciliter l'intelligence de cette partie essentielle de la syntaxe.

Cependant la plupart des personnes qui étudient les participes (les dames surtout) ne s'occupent que très-légèrement de la théorie du verbe, et s'étonnent de rencontrer des obstacles. De là ce dégoût qui les porte à renoncer à leurs études, et les voilà publiant dans le monde que les participes offrent des difficultés insurmontables.

Mais peut-on comprendre un ouvrage dont on ne lit que le dernier chapitre? une comédie dont on ne voit que le dénoûment ? Fait-on épeler un enfant avant qu'il connaisse ses lettres ? dans la méthode reçue, lit-il couramment sans savoir épeler? Ne soyez

donc pas surpris de rencontrer des difficultés insurmontables. Nous le répétons, si vous avez appris la théorie du verbe et l'analyse logique; si vous savez reconnaître le sujet et le complément direct (ou régime direct) (1), les participes ne vous paraîtront pas

(1) Le sujet est le mot qui régit le verbe à l'une des trois personnes.

Dieu protège l'innocence. (RACINB.) Dieu est le sujet parce qu'il a régi le verbe à la troisième personne du singulier.

QUI EST-CE QUI protège l'innocence ? Réponse Dieu.

Ainsi le sujet répond à la question QUI EST-CE QUI (ou qu'est-ce qui pour les choses.)

Le complément direct ou régime direct est l'ètre qui reçoit l'action du verbe actif.

L'innocence est le complément direct ou régime , puisque c'est l'être qui reçoit directement l'action du verbe.

QU'EST-CE QUE Dieu protège ?
Réponse l'innocence.

Ainsi le complément direct répond à la question QU'EST-
CE QUE

plus difficiles que l'adjectif dont ils suivent presque toutes les règles. Étudiez avec patience jusqu'à ce que vous puissiez distinguer même la plus légère nuance du verbe, et surtout gardez-vous bien de passer une seule page: au lieu d'aller plus vite, vous retarderiez vos progrès. Ce serait un anneau que vous ôteriez d'une chaîne, quelques feuilles que vous arracheriez d'un livre; car j'ai coordonné mon travail de telle sorte que toutes les leçons se correspondent et dépendent les unes des autres : vous ne sauriez en négliger une seule, sans risquer de vous jeter dans le labyrinthe grammatical où l'on s'est égaré tant de fois.

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CHAPITRE PREMIER.

I.

Du verbe.

le

LE VERBE est un mot qui marque l’AFFIRMATION. Ainsi, dans cette proposition : Dieu est ÉTERNEL, le verbe est affirme que la qualité renfermée dans l'adjectif éternel, convient à Dieu et lui appartient réellement.

Supprimons le verbe, que signifie Dieu ÉTERNEL ? Rien n'indique à quoi se rapporte qualificatif éternel. Ce n'est plus une proposition (1), ce sont deux mots détachés, et pour ainsi dire indépendants l'un de l'autre. L'oreille n'étant pas satisfaite, attend une expression qui achève l'idée commencée; tandis qu'avec le verbe , la pensée a un sens positif et complet.

Mais l'affirmation est quelquefois négative, comme dans cet exemple : LE BONHEUR N'EST PAS DURABLE. Le verbe est, selon Girault-Duvivier, marque aussi bien l'affirmation que

s'il n'était pas accompagné d'une négation. En effet, dans l'exemple cité : Le bonheur n'est pas durable , le verbe est , avec la négation , affirme que la qualité renfermée dans l'adjectif durable , ne convient pas au substantif bonheur.

Cependant, comme le font observer messieurs de Port-Royal, cette définition du verbe ne marque pas tout l'usage des verbes, et il n'y a réellement que le verbe ÊTRE dont elle rende bien toute la nature. Les hommes, naturellement portés à varier et à abréger leurs discours, ont trouvé le

moyen de renfermer dans le verbe bien d'autres significations avec celle de l'affirmation.

Ils y ont joint 1° celle de l'adjectif; quand je dis AUGUSTE JOUE, c'est comme si je disais : Auguste est jouant. Auguste est le sujet, et joue est un verbe qui renferme en lui-même le verbe étre et l'adjectif ou l'attribut jouant. De là est venue la grande diversité des verbes.

2° Ils ont établi des différences dans les terminaisons pour mieux désigner le sujet de la proposition : j'aime, nous aimons, vous aimez. De là les personnes dans les verbes; et comme ce sujet de la proposition peut désigner une ou plusieurs personnes, de là le nombre singulier et le nombre pluriel. 3° Ils

у ont joint encore d'autres différences qui expriment à quelle partie de la durée appartient l'action ou l'état exprimé par le verbe, comme j'aime, j'ai aimé, j'aimerai. De là la diversité des temps.

(1) La proposition est une réunion de mots qui énoncent le jugement que l'on porte. Exemple : La superstition cause mille accidents.

LA FONTAINE )

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