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les hommes, fut néanmoins obligé de choisir pour ses médecins ordinaires, comme moins ignares et moins dangereux encore que leurs confrères. En effet il nous serait facile de démontrer par d'autres exemples que ces funestes travers étaient ceux de tous les médecins du temps. Chacun connaît le résultat de la fameuse consultation faite à Vincennes pour

Mazarin. Guénaut, Desfougerais, Brayer et Valot y assistaient. L'un déclara

que

le siège de la maladie du cardinal était le foie, l'autre le mésentère, le troisième la rate, le dernier le poumon. Personne n'ignore que Valot venons de nommer assassina la reine d'Angleterre en lui administrant de l'opium mal-à-propos. Son homicide ignorance donna lieu à l'épigramme suivante :

que nous

Le croirez-vous, race future,
Que la fille du grand Henri
Eut, en mourant, même aventure
Que feu son père et son mari!
Tous trois sont morts par assassin ,
Ravaillac, Cromwell, médecin ;
Henri, d'un coup de baïonnette,
Charles finit sur un billot,
Et maintenant meurt Henriette
Par l'ignorance de Valot.

Voilà les hommes que les ennemis de Molière ont voulu défendre contre ses attaques. Louis XIV

rupture; mais, pour éviter tout éclat, il exigea d'elle qu'elle continuât à habiter la même maison que lui. Ils ne se voyaient plus qu'au théâtre '

Tout autre que Molière eût été, dès ce jour même, consolé de la perte d'une femme dissipée, qui n'avait jamais eu et ne s'était jamais donné la peine de feindre pour lui le moindre sentiment d'intérêt; mais il était faible, et, malgré tous les torts de son épouse, il l'adorait encore. Une conversation que nous empruntons à la Fameuse comédienne fait parfaitement connaître quelle était alors l'agitation de ce coeur, désespérant de vaincre un penchant qu'il n'avait pas su prévenir.

« Molière rêvait un jour dans son jardin d'Auteuil, quand un de ses amis, nommé Chapelle, qui s'y venait promener par hasard, l'aborda, et, le trouvant plus inquiet que de coutume, lui en demanda plusieurs fois le sujet. Molière, qui eut quelque honte de se sentir si peu de constance pour un malheur si fort à la mode, résista autant qu'il put; mais, comme il était alors dans une de ces plénitudes de coeur si connues par les gens qui ont aimé, il céda à l'envie de se soulager, et avoua de bonne foi à son ami, que la manière dont il était obligé d'en user avec sa femme était la cause de l'accablement où il le trouvait. Cha

1. La Fameuse comédienne, p. 18 et suiv.

pelle, qui le croyait au-dessus de ces sortes de choses, le railla de ce qu'un homme comme lui, qui savait si bien peindre le faible des autres hommes, tombait dans celui qu'il blâmait tous les jours, et lui fit voir que le plus ridicule de tous était d'airner une personne qui ne répond pas à la tendresse qu'on a pour elle.--«Pour moi, lui dit-il, je vous avoue que si j'étais assez malheureux pour me trouver en pareil cas, et que je fusse fortement persuadé que la personne que j'aimerais accordât des faveurs à d'autres , j'aurais tant de mépris pour elle, qu'il me guérirait infailliblement de ma passion : encore avez-vous une satisfaction que vous n'auriez pas si c'était une maîtresse; et la vengeance, qui prend ordinairement la place de l'amour dans un coeur outragé, vous peut payer tous les chagrins que vous cause votre épouse, puisque vous n'avez plus qu'à la faire enfermer; ce serait même un moyen de vous mettre l'esprit en repos. »

« Molière, qui avait écouté son ami avec assez de tranquillité , l'interrompit pour lui demander s'il n'avait jamais été amoureux. — « Oui, lui répondit Chapelle, je l'ai été comme un homme de bon sens doit l’être; mais je ne me serais pas fait une aussi grande peine pour une chose que mon honneur m'aurait conseillé de faire, et je rougis pour vous de vous trouver si incertain.»-« Je vois

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par

bien que vous n'avez encore rien aimé, lui répondit Molière; et vous avez pris la figure de l'amour pour

l'amour même. Je ne vous rapporterai point une infinité d'exemples qui vous feraient connaître la puissance de cette passion ; je vous ferai seulement un récit fidèle de mon embarras , pour vous faire comprendre combien on est peu maître de soi quand elle a une fois pris sur nous l'ascendant que le tempérament lui donne d'ordinaire. Pour vous répondre donc sur la connaissance faite que vous dites que j'ai du coeur de l'homme par les portraits que j'en expose tous les jours en public, je demeurerai d'accord que je me suis étudié autant que j'ai pu à connaître leur faible; mais , si ma science m'a appris qu'on pouvait fuir le péril, mon expérience ne m'a que trop fait voir qu'il était impossible de l'éviter; j'en juge tous les jours par moi-même. Je suis né avec la dernière disposition à la tendresse, et, comme tous mes efforts n'ont pu vaincre les penchans que j'avais à l'amour, j'ai cherché à me rendre heureux, c'està-dire autant qu'on peut l'être avec un coeur sensible. J'étais persuadé qu'il y avait fort

peu

de femmes qui méritassent un attachement sincère; que l'intérêt, l'ambition et la vanité font le noud de toutes leurs intrigues. J'ai voulu que

l'innocence de mon choix me répondît de mon bonheur : j'ai pris ma femme pour ainsi dire dès le

berceau, je l'ai élevée avec des soins qui ont fait naitre des bruits dont vous avez sans doute entendu parler: je me suis mis en tête que je pourrais lui inspirer, par habitude, des sentimens que

le

temps ne pourrait détruire, et je n'ai rien oublié

pour y parvenir. Comme elle était encore fort jeune quand je l'épousai, je ne m'aperçus pas de ses méchantes inclinations, et je me crus un peu moins malheureux que la plupart de ceux qui prennent de pareils engagemens. Aussi le mariage ne ralentit point mes empressemens; mais je lui trouvai dans la suite tant d'indifférence , que je commençai à m'apercevoir que toutes mes précautions avaient été inutiles et que ce qu'elle sentait pour

moi était bien éloigné de ce que j'aurais souhaité

pour

être heureux. Je me fis à moi-même des reproches sur une délicatesse qui me semblait ridicule, et j'attribuai à son humeur ce qui était un effet de son peu de tendresse pour moi. Je n'eus que trop de moyens de me convaincre de mon erreur; et la folle passion qu'elle eut quelque temps après pour le comte de Guiche fit trop de bruit pour me laisser dans cette tranquillité apparente. Je n'épargnai rien, à la première connaissance que j'en eus, pour me vaincre moi-même, dans l'impossibilité que je trouvai à la changer; je me servis pour cela de toutes les forces de mon esprit; j'appelai à mon secours tout ce qui pou

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