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Royal'. Il ne faut donc pas chercher à se dissimuler que Racine eut les plus grands torts envers son bienfaiteur. Il est triste de penser qu'on rencontre plus d'une page semblable dans la vie de l'auteur d'Athalie. Sa conduite envers Chapelain avait déjà rendu moins surprenans ses torts envers Molière. Il ne tint pas à lui qu'il ne rompît également avec Boileau. Celui-ci ayant un jour, à l'Académie des Inscriptions, avancé par mégarde une proposition erronée, Racine ne s'en tint pas à une plaisanterie, qui part souvent du premier feu de la dispute; mais, poussant rudement son ami à bout, il alla jusqu'à l'insulter; si bien, dit Montchesnay, que Boileau fut obligé de lui dire : « Je conviens que j'ai tort; mais, j'aime mieux encore l'avoir que d'avoir aussi orgueilleusement raison que vous l'avez". »

Les justes griefs de Molière contre Racine rendaient plus rares les réunions d'Auteuil et de la rue du Vieux-Colombier. La vie continuellement dissipée de Chapelle leur avait déjà porté un coup funeste; quelque froideur qui survint entre La Fontaine et Boileau les fit cesser entièrement*.

1. Lettres en vers de Robinet , du 2o décembre 1665 et 3 janvier 1666. — Histoire du Théâtre français ( par les frères Parfait), t. IX, p. 386 et suiv,

2. Bolaeana, p. 1o2.

3. Vie de Chapelle, par Saint-Marc, p. lxiij. — Description du Parnasse français de Titon du Tillet, in-12, p. 141. Molière, vie et des ouvrages de La Fontaine, par M. Walckenaer, 3° édit., p. 15o.

Dans le temps même où Molière perdait son ami, la mort vint lui enlever une protectrice. La Reine, mère de Louis XIV, termina sa carrière au commencement de 1666. L'espèce de recueillement de douleur que cet événement devait imposer à tous les gens attachés à la cour, l'empêcha pendant un certain temps de donner aucun ouvrage nouveau à son théâtre. Lorsqu'il eut laissé expirer le terme qu'exigeait l'étiquette, qui pour lui se trouvait d'accord avec la reconnaissance, pressé à la fois par l'intérêt de sa gloire, qui ne s'était que soutenue depuis son École des Femmes, et par celui de sa troupe, qui devait soupirer après une pièce nouvelle, il se détermina à faire représenter, le 4juin, le plus correct de ses chefs-d'œuvre, le Misanthrope (47).

Tous les éditeurs de Molière, tous les auteurs sifflés ou peu applaudis, pour donner une preuve convaincante de l'injustice du parterre, se sont accordés à faire valoir la courte faveur qu'obtint cette production, ou plutôt l'accueil glacial qu'elle essuya dès la troisième représentation, et la nécessité où se trouva l'auteur, pour la soutenir, de l'appuyer du Médecin malgré lui. Ce petit trait d'histoire littéraire, d'ailleurs fort piquant, et drame par Mercier, I" édit. , 1776, p. 214, note. — Histoire de la par conséquent sûr d'être accueilli sans autre examen, a cela de commun avec beaucoup de traits de l'histoire proprement dite, qu'il est original, mais controuvé. Le registre de la comédie fait foi que, représenté vingt et une fois de suite, nombre de représentations auquel un ouvrage atteignait difficilement alors, si l'on en excepte toutefois les tragédies de Thomas Corneille, le Misanthrope, seul, sans petite pièce qui l'accompagnât et malgré les chaleurs de l'été, procura au théâtre dixsept recettes très-productives et quatre autres de bien peu moins satisfaisantes. Quant aux obligations qu'il avait, dit-on, contractées envers le decin malgré lui, elles sont faciles à reconnaître, puisque ce ne fut qu'à la douzième représentation de cette farce qu'on la donna avec ce chefd'œuvre, et cela cinq fois seulement". Cependant, il n'en est pas moins certain que grace à l'heureuse folie de son dialogue, plus faite pour plaire à la multitude que les traits mâles du Misanthrope, il obtint encore plus de succès que lui ; mais la simple vérité, quelque singulière qu'elle pût être, ne le parut pas encore assez à l'auteur de la fable que nous venons de réfuter, parce qu'il voyait chaque jour se reproduire de nouveaux exemples de cette rectitude de goût du parterre. Il fit passer son conte : voilà comme on écrit l'histoire! Chacun s'empressa de l'adopter : voilà comme on l'étudie ! Devisé, qui s'était toujours montré le véhément détracteur de Molière, soit qu'il rougît enfin du rôle que la passion et l'envie lui faisaient jouer, soit que ses yeux commençassent seulement alors à se dessiller, devint le plus chaud partisan du Misanthrope. Il composa sur ce chef-d'œuvre une lettre apologétique assez mal écrite, mais mieux pensée, qui fut imprimée à la tête de la première édition. Grimarest a prétendu que Molière, furieux contre son libraire, en fit jeter au feu tous les exemplaires'. Pour admettre ce conte, il faut supposer que Devisé lui laissa ignorer entièrement le projet qu'il avait formé de faire l'apologie de son ouvrage, et que le libraire se permit d'imprimer à la tête du Misanthrope, sans le consentement de son auteur, un éloge emprunté à la plume d'un écrivain qui la veille encore le poursuivait d'injustes critiques. Il est plus naturel de penser que Molière ne vit pas sans plaisir se déclarer pour sa pièce, en butte aux attaques acharnées de la médiocrité ombrageuse et de l'envie, le folliculaire qui exerçait alors le plus d'influence sur l'esprit du public (48).

1. OEuvres de Molière avec un commentaire, par M. Auger, t. V, p. 263.

1 , Grimarest, p. 184.

Ce morceau curieux, en même temps qu'il constate cette subite conversion littéraire, donne aussi la mesure du goût du parterre, qui n'était pas fait encore à des beautés aussi franches. Retrouvant dans le sonnet d'Oronte ce qu'ils admiraient dans les poésies de leurs auteurs les plus à la mode , les antithèses et les traits brillantés , et prenant encore en cette circonstance Philinte pour l'organe de l'auteur, les spectateurs s'empressèrent d'applaudir comme lui au chantre de Philis, et témoignèrent par leurs bravos qu'ils trouvaient que

La chute était jolie, amoureuse, admirable.

Aussi se figure-t-on facilement l'étonnement ou plutôt le dépit de nos admirateurs enthousiastes, quand ils entendirent Alceste, plus fidèle à la vérité qu'aux convenances, prouver à Oronte, par bonnes et convaincantes raisons, que son sonnet ne valait rien ". Un commentateur de Molière a taxé cette mystification d'invraisemblance, parce qu'Alceste, pour faire connaitre ce qu'il pense du sonnet, n'attend pas que la lecture en soit achevée, Il m'y a pas ici, selon nous, de motifs suffisans

1. Lettre écrite sur la comédie du Misanthrope, t. IV, p. 12, de notre édition des OEuvres de Molière. — Grimarest, p. 265. Mémoires sur la vic et les ouvrages de Moliére (par La Serre), p. X X X V .

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