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ce qui contribua à rendre cette fête plus piquante, ce furent les graces réunies de mademoiselle de La Vallière, de madame de Montespan et des principales beautés de la cour, qui y remplirent des rôles dansans". Baron, alors âgé de treize ans, fut chargé du personnage de Myrtil dans Mélicerte. Mademoiselle Molière, qui voyait d'un mauvais œil tous ceux qui semblaient reconnaissans envers son mari des bienfaits qu'ils en recevaient, se laissa aller à sa haine contre son jeune protégé jusqu'à lui donner un soufflet. Baron voulait quitter la troupe aussitôt; mais on parvint à lui faire sentir qu'il devait du moins attendre, pour exécuter ce projet, que la représentation devant le Roi eût eu lieu. Il s'enrôla immédiatement après dans une troupe de province. Bientôt il sentit de vifs regrets de s'être éloigné de son bienfaiteur, les exprima, et se rendit à la première invitation qu'il lui fit de revenir* (52). Molière obligé de s'interposer entre sa femme et Baron! Mademoiselle Molière frappant ce jeune acteur, et celui - ci la fuyant! Les sentimens et les rôles de ces divers personnages devaient bientôt changer de nature ; mais n'anticipons pas sur les événemens.

1 , Histoirc du Thcâtre français, t. X, p. 133 et suiv. 2. Grimarest, p. 1 ) 1.

Le Sicilien nous paraît avoir dû faire aussi partie du Ballet des Muses ". Cette production charmante a été regardée par tous les littérateurs comme l'essai heureux d'un genre frais et animé. Voltaire la cite comme un modèle de grace; Bret y voit le type de toutes les pièces de Saint-Foix ; mais on a fait observer avec raison que le Silicien a sur les ouvrages de ce dernier auteur le mérite de la vraisemblance et du naturel", ce qui est bien quelque chose aux yeux des gens dont l'imagination n'est pas assez facile aux illusions pour les transporter dans la grotte d'une fée ou dans le séjour enchanté d'une divinité. Le livret de la fête dit que cette pièce n'avait été composée que pour offrir des Turcs et des Maures aux yeux du Roi.Où est le temps où de semblables caprices enfantaient de semblables ouvrages ? Le Ballet des Muses fut représenté une seconde fois à SaintGermain, au mois de janvier 1667. Mais l'absence de Baron, et la justice que Molière avait faite de Mélicerte en négligeant de l'achever, le déterminèrent à la faire disparaître de ce divertissement. On représenta seulement la Pastorale comique et le Silicien. Cette dernière pièce ne fut jouée à la ville que le 1o juin suivant. Une lettre en vers de Robinet, du 1 1, nous apprend que ce retard fut occasioné par une crise survenue à l'auteur acteur, dont une toux invétérée avait délabré la poitrine :

1. Voir t. IV, p. 417 de notre édition des OEuvres de Molière 2. OEuvres de Molière, avec un commentaire par M. Auger, t. V, p. 492,

Depuis hier pareillement
On a pour divertissement
Le Sicilien que Molière,
Avec sa charmante manière,
Mêla dans le ballet du Roi,
Et qu'on admire, sur ma foi.
Et lui, tout rajeuni du lait
De quelque autre infante d'Inache
Qui se couvre de peau de vache,
S'y remontre enfin à nos yeux

Plus que jamais facétieux ".

1. Lettre en vers, de Robinet, du 11 juin 1667. Histoire du Théâtre français (par les frères Parfait), t. X, p. 131.

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« VoUs verrez bien autre chose, » disait Molière à Boileau, qui le félicitait à l'occasion du Misanthrope". Il voulait parler du Tartuffe. En abordant le récit de la représentation de ce chef-d'œuvre, nous pourrions dire aussi aux lecteurs qu'ont révoltés les précédentes menées des ennemis de ce

· grand homme : Vous verrez bien autre chose !

Après le Festin de Pierre, Molière n'eut que trop d'occasions de se confirmer dans les opinions qu'il avait prêtées à Don Juan sur l'inviolabilité des charlatans de religion ". Applaudi chez le frère du Roi, le Tartuffe avait été honoré des suffrages des deux Reines (1), du grand Condé, et de tout ce que la cour comptait d'hommes franchement religieux. Louis XIV lui-même, dont les

I . Éloge de Despréaux, note, t. II, p. 4o9 des OEuvres de d'Alembert, édit. Belin. 2. Voir le Festin de Pierre, act, V, sc. 2.

idées naturellement grandes et généreuses n'étaient pas encore étouffées par les efforts des Le Tellier ou des Maintenon, ne cédait qu'avec impatience aux désirs de la cabale puissante qui sollicitait chaque jour l'éternelle suspension du Tartuffe. Huit jours après qu'il eut ajourné la représentation de ce chef-d'œuvre, on joua au spectacle de la cour une pièce intitulée Scaramouche hermite, qui abondait en situations d'une révoltante immoralité (2). « Je voudrais bien savoir, dit-il en sortant au prince de Condé, pourquoi les gens qui se scandalisent si fort de la comédie du Tartuffe ne disent rien de celle de Scaramouche ? — La raison de cela, répondit le prince, c'est que la comédie de Scaramouche joue le ciel et la religion, dont ces messieurs ne se soucient point; mais celle de Molière les joue euxmêmes, et c'est ce qu'ils ne peuvent souffrir". » Le légat et les principaux prélats, consultés par le monarque, pour la sécurité de sa conscience, sur le danger prétendu de cette comédie, partagèrent ses dispositions favorables "; mais les tartuffes redoublèrent d'efforts. D'affreux pamphlets récusèrent ces respectables autorités. « A entendre Molière, disait un d'eux, il semble qu'il ait un

1. Préface de Molière, à la tête du Tartuffe. 2 Premier placet au Roi, à la tête du Tartuffe.

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