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Grange, qu'il fut imprimé pour la première fois ; et les Comédiens Français ne pensèrent qu'en 1688 à le monter pour leur théâtre. Leur zèle et l'espèce d'hommage qu'ils rendaient à la mémoire de notre premier comique eussent mérité un succès plus brillant et plus productif que ne le fut celui de cette comédie-ballet.Après neuf représentations fort peu suivies, ils se virent forcés de l'abandonner à l'oubli dont ils l'avaient tirée. En 17o4, Dancourt fit une tentative non moins malheureuse en la voulant reproduire aux yeux du public, à l'aide de changemens dans les intermèdes. Cette pièce ne laisse pas cependant d'offrir encore un grand nombre de détails ingénieux. Elle se fait remarquer aussi par un caractère de plaisant de cour qui diffère de celui de la Princesse d'Élide, et surtout par la guerre fine et délicate que Molière y déclare à l'une des erreurs les plus accréditées de son temps. Dans des siècles encore peu reculés du nôtre, l'astrologie judiciaire était aveuglément accueillie par une foule de personnes dont une grande partie, placées dans les hauts rangs de la société, auraient dû se trouver par cela même au-dessus de ces sots préjugés et de ces ridicules croyances. Mais l'amour-propre chez les grands, la cupidité chez les petits, ne servirent pas médiocrement à propager cette folie, Comment ceux-ci pouvaientils ne pas ajouter foi à la science qui devait dévoiler à qui la posséderait, l'inappréciable secret de la fabrication de l'or ? N'était-il pas doux, n'était-il pas flatteur pour ceux-là de pouvoir se répéter que l'intelligence de l'homme sait dérober à la Divinité ses secrets et ses desseins; que leurs moindres faits, que leurs moindres gestes étaient écrits d'avance dans des mondes qui avaient avec eux une étroite connexité; enfin, que l'ordre de l'univers se rattachait à leur existence ?Voilà pourtant les erreurs qui souillèrent, qui dégradèrent l'espèce humaine pendant tant de siècles, et qui comptèrent des croyans dans les cours et jusque sur les trônes. Voltaire rapporte, avec Vittorio Siri, qu'Anne d'Autriche voulut qu'un astrologue demeurât auprès de son lit au moment où elle accoucha de Louis XIV. Plus tard, le célèbre Morin quitta la médecine pour se faire prophète, persuadé peut-être que sa nouvelle science ne serait pas plus conjecturale que celle qu'il abandonnait. L'engouement était tel, que ce devin de nouvelle création, ayant imprudemment annoncé la mort de Gassendi pour le mois d'août 165o, ne vit pas son crédit s'écrouler entièrement par le démenti que la nature prit sur elle de lui donner, en laissant vivre le condamné. N'avons-nous pas vu, à la fin du dix-huitième siècle, un intrigant mystérieux, Cagliostro, faire par un semblable charlatanisme de nombreux prosélytes; capter par ses décevantes promesses l'esprit d'un cardinal trop célèbre, et l'entraîner dans des menées sourdes, dans une intrigue odieuse, où se trouva si injustement compromis le nom le plus auguste et le plus respectable ? Enfin, de nos jours, qui n'a plaint les crédules faiblesses pour l'art de la divination, de cette femme, ange de bonté, envoyée sur la terre pour exciter les élans généreux, pour réprimer les mouvemens criminels d'un soldat habile et long-temps heureux ? Outre le plaisir obligé que les courtisans devaient prendre en écoutant un ouvrage dont l'idée première appartenait en quelque sorte à leur roi ; outre le plaisir plus libre que leur devait causer une pièce dont les intermèdes avaient été mis en musique par Lulli, si vanté et si fêté alors, et dans laquelle on pouvait reconnaître encore et Molière et son génie à quelques traits comiques, à une ou deux scènes ingénieusement filées, et au rôle spirituel de Clitidas, il en était un autre beaucoup plus vif et plus piquant, si l'on en croit un éditeur de Molière : c'était l'allusion que l'auteur avait faite, selon lui, à la passion de MADEMoIsELLE pour M. de Lauzun, par l'amour d'Ériphile pour Sostrate. Voici le passage des Réflexions de Petitot sur cette pièce : « Une grande princesse dut se reconnaître dans le caractère d'Ériphile, qui préfère à des rois dont elle est recherchée un simple gentilhomme. On sait que MADEMoIsELLE, petite-fille de Henri IV, eut pour Lauzun une passion pareille, mais qui fut bien moins heureuse. Un an avant la représentation des Amans magnifiques, Louis XIV avait ordonné à cette princesse de renoncer à l'espoir d'épouser son amant; et, deux mois après, elle eut la douleur de le voir enfermer à Pignerol. Louis XIV donna le sujet de cette pièce à Molière; les mémoires du temps s'accordent à l'attester : mais lui prescrivit-il de faire cette allusion ? rien n'est plus douteux. Il est naturel de croire que le Roi dit à l'auteur de faire une comédie où deux princes se disputeraient en magnificence pour éblouir et charmer une princesse; et que Molière, afin de donner de l'intérêt à un sujet si simple et si peu susceptible de fournir cinq actes, y joignit cet amour dont la peinture dut singulièrement réussir en présence d'une cour qui savait toute cette intrigue. Il n'y eut que MADEMoIsELLE qui dut souffrir. » Le caractère bien connu de Molière serait une réfutation suffisante de l'étrange assertion renfermée dans les lignes que nous venons de rapporter; car il n'est personne, nous l'espérons, qui, après avoir lu le Misanthrope et le Tartuffe, n'y ait reconnu, en même temps qu'un génie supérieur, un homme de bien, un cœur généreux. Mériterait-il donc ces deux titres l'auteur qui, abusant de la protection d'un monarque, irait, en la mettant en scène aux yeux de toute la cour, aux yeux de la France entière, insulter à la douleur d'une princesse malheureuse ? Mais il est une réponse plus positive à faire à cette supposition offensante pour Molière : ELLE N'EsT FoNDÉE QUE sUR UN ANACHRoNIsME. Petitot dit qu'un an avant la représentation des Amans magnifiques Louis XIV avait ordonné à MADEMoIsELLE de renoncer à l'espoir d'épouser son amant Ce ne fut que le jeudi 18 décembre 167o que cette défense fut faite par le Roi à la princesse, ainsi que le constatent les annales contemporaines, et notamment la lettre très-détaillée de madame de Sévigné, du 19 décembre 167o. Or, les Amans magnifiques avaient été représentés, comme nous l'avons dit, dès le 7 septembre 167o, c'est-à-dire plus de trois mois avant que l'on connût ses chagrins et même sa passion, et non un an après, comme il est dit dans le morceau précité. Il était donc impossible que, quelque malignes qu'eussent été les intentions de Molière, il eût fait allusion à cette intrigue; à moins que l'on ne suppose que, devin lui-même, il n'ait eu recours dans cette circonstance à une science qu'il semble cependant combattre de bonne foi.

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