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seigné la politesse à tous ceux de son temps qui l'ont fréquentée. Les princesses la voyaient, quoiqu'elle ne fût pas duchesse; elle était aussi bonne amie et obligeait tout le monde. Le cardinal de Richelieu avait même beaucoup de considération pour elle. Il lui envoya une fois Bois-Robert pour lui demander son amitié, mais à une condition trop onéreuse pour elle, qui ne savait ce que c'était de prendre parti, et de rendre de mauvais offices à personne; car Bois-Robert lui dit que le cardinal la priait en amie de lui donner avis de ceux qui parlaient de lui dans les assemblées qui se tenaient chez elle. Elle répondit qu'ils étaient si fortement persuadés de la considération et de l'amitié qu'elle avait pour son Éminence, qu'il n'y en avait pas un seul qui eût la hardisse de parler mal de lui en sa présence, et ainsi qu'elle n'aurait jamais occasion de lui donner de semblables avis.Comme elle était entendue en toutes choses,excepté dans les affaires de sa maison, c'est elle qui a introduit les appartemens à plusieurs pièces de plain-pied, de sorte que l'on entrait chez elle par une enfilade de salles, d'antichambres, de chambres et de cabinets. » (Segraisiana, 1721, 1° partie, p. 26 et 27.) (38) « Les Précieuses, dit l'abbé Cotin, s'envoyaient visiter par un rondeau ou une énigme, et c'est par-là que commençaient toutes les conversations. » Aussi Cotin donna-t-il en 1648 un recueil d'énigmes, et l'année suivante un recueil de rondeaux. (39) Boileau composa ses Héros de roman en 171o; mais ils ne furent publiés qu'en 1713, deux ans après sa mort. (4o) Angélique-Claire d'Angennes, autre fille de madame de Rambouillet et première femme de M. de Grignan, lequel épousa en secondes noces Marie-Angélique du Pui-du-Fou, et devint en troisièmes noces gendre de madame de Sévigné. (41) Le prix du parterre fut porté de 1o sous à 15. (Lettre sur Molière insérée au Mercure de France, mai 174o.)Le prix des autres places fut doublé. ( Préface de l'édition des OEuvres de Molière, 1682, par La Grange.) La Grange, et après lui presque tous les littérateurs qui ont écrit sur Molière, ont dit que le prix des places avait été doublé, sans faire d'exception pour le parterre. C'est une erreur, comme le constate la première autorité citée, et comme ces vers de Boileau, faits postérieurement à cette représentation, servent à le prouver :

Un clerc, pour quinze sols , sans craindre le holà,

Peut aller au parterre attaquer Attila.

Quant au succès, il fut tel que Doneau, auteur d'une petite comédie intitulée les Amours d'Alcippe et de Céphise, ou la Cocue imaginaire, in-12, 166o, dit, dans sa préface, que l'on est venu à Paris de vingt lieues à la ronde afin d'en avoir le divertissement.

(42) Préface des Précieuses ridicules. C'est cette adroite précaution oratoire de Molière, et ce qu'il a fait dire, scène 1, à La Grange, deux Peoques provinciales, qui auront fait croire à Grimarest, et après lui à Voltaire et à La Serre, que cette pièce avait été jouée auparavant dans la province et composée pour elle. Deux folliculaires contemporains, Somaise et Devisé, nous font connaître le peu de fondement de cette assertion. (Nouvelles Nouvelles, par Devisé, 3° partie, pag. 217 et suivantes; Avertissement des Véritables Précieuses, comédie en un acte, en prose (par Somaise), in-12, 166o ; Histoire du Théâtre Français, par les frères Parfait, tome VIII, pages 314 et suivantes; Petitot, page 16.) Ce n'était qu'à Paris que Molière pouvait bien étudier ce ridicule.

Dans sa Préface, il distingue les Précieuses ridicules des Véritables Précieuses. Segrais a dit dans des vers à madame de Chatillon :

Obligeante, civile, et surtout précieuse ;

Quel serait le brutal qui ne l'aimerait pas ?

(43) Ces accusations se trouvent consignées dans les Nouvelles Nouvelles, de Devisé, et dans l'Avertissement des Véritables Précieuses, de Somaise, déjà citées.

Selon l'Histoire du Théâtre-Français, des frères Parfait, et l'Histoire de Paris, par M. Dulaure, 1° édition, tome IV, p, 165, ce GuillotGorju, également surnommé Saint-Jacques, et dont le véritable nom était Bertrand HAUDRIN, selon l'un, et Nicolas HARDUIN, selon les autres, succéda à Gautier Garguille, Gros Guillaume et Turlupin. Il avait étudié en médecine, même en pharmacie, et remonça à ces sciences pour embrasser la carrière du théâtre. Il jouait ordinairement les rôles de médecins ridicules, et les faisait rire eux-mêmes. Il était grand, noir et fort laid; il avait une excellente mémoire, et nommait avec une volubilité extraordinaire les drogues des apothicaires et les instrumens de chirurgie. Après avoir joué des farces pendant huit ans, il se retira à Melun, où il exerça la profession de médecin. Ennuyé de son nouvel état, il tomba dans une mélancolie qui l'obligea de revenir à Paris, où il mourut en 1648. Petitot prétend que Somaise ne fit ses Véritables Précieuses qu'à l'instigation des comédiens de l'hôtel de Bourgogne, jaloux de Molière. Voir notre Notice sur les Précieuses ridicules, tome I, page 384 de notre édition des OEuvres de Molière. (44) Bussy-Rabutin, qui avait cherché à séduire madame de Sévigné, sa cousine, et qui avait vu ses vœux rebutés , se vengea de ses mépris en l'attaquant dans son Histoire amoureuse des Gaules, t.I, p. 234, édit. de 1754, in-12 (voir dans cet ouvrage l'Histoire de madame de Sévignr). L'auteur, pour qui la réputation d'aucune femme ne fut sacrée, se borne à taxer de licence l'imagination de la beauté cruelle : « Toute sa chaleur est à l'esprit. Si l'on s'en rapporte à ses actions, je crois que la foi conjugale n'a point été violée ; si l'on regarde l'intention, c'est tout autre chose. Pour parler franchement, je crois que son mari s'est tiré d'affaire devant les hommes, mais je le tiens c..... devant Dieu. » C'est aussi d'elle qu'il a voulu parler quand il a dit dans ses Mémoires secrets (édition de 1721, t. II, p.1o8) : « Il arriva encore, pour achever de me mettre mal avec lui (Fouquet), qu'il devint amoureux de***, et que celle-ci n'étant pas favorable à ses vœux, il s'en prit à moi, me crut bien avec elle, et ne put s'imaginer qu'une dame pût résister aux graces qui accompagnent les surintendans, si elle n'était prévenue d'une grande passion. Quelque temps après, elle le désabusa sans qu'il lui en coûtât la moindre faveur : il changea son amour en estime pour une vertu qui lui avait été jusqu'alors inCOIlIlU162. » (45) Si les bases de la propriété littéraire sont aujourd'hui peu arrêtées, la manière dont Sganarelle fut imprimé prouvent qu'elles l'étaient bien moins encore du temps de Molière. Il parut en 166o chez le libraire Ribou, avec des argumens sur chaque scène, et une lettre A un amy pour préface. Ces argumens et cette lettre étaient d'un nommé Neufvillenaine, qui, de son autorité privée, se rendit éditeur de cette pièce et obtint pour cinq ans un privilège avec défense A ToUs AUTREs de l'imprimer, c'est-à-dire à l'auteur luimême. Il paraît que Molière, quelque incurie qu'il apportât à la publication de ses ouvrages, trouva cette manière d'agir par trop singulière, car nous voyons dans le privilège du roi, qui est à la suite de la première édition (1661, in-12) de l'École des Maris, qu'il requérait des défenses pour celle-ci, « parce qu'il seroit arrivé qu'en ayant ci-devant composé quelques autres, aucunes d'icelles auroient été prises et transcrites par des particuliers qui les auroient fait imprimer, vendre et débiter en vertu des lettres de privilèges qu'ils auroient surprises en notre grande chancellerie à son préjudice et dommage; pour raison de quoi il y auroit eu instance en notre conseil, jugée à l'encontre d'un nommé Ribou, libraire, imprimeur, en faveur de l'exposant.» Enfin, en 1663, parut chez Courbé une nouvelle édition de Sganarelle, suivie d'un privilège au nom de Molière. Cette nouvelle édition, dans laquelle l'auteur a laissé, par suite de son indifférence, les argumens et sa lettre A un amy contient de plus une autre lettre à lui adressée par Neufvillenaine, dans laquelle celui-ci lui dit qu'il ne s'est déterminé à faire imprimer son ouvrage que parce qu'il a appris que d'autres éditeurs étaient au moment de le défigurer. (46) Le 4 ou le 5 novembre 166o.(Histoire du Théâtre-Français par les frères Parfait, t. IX, p. 13.) Cette salle était contiguë au PalaisRoyal, du côté de la rue des Bons-Enfans. C'est après l'incendie qui la consuma en 1781 que l'on bâtit celle de la Porte SaintMartin, qui fut élevée et mise en état de recevoir les dieux de l'Olympe en quarante jours. (Histoire de Paris, par Dulaure, 1re édition in-8°, t. IV, p. 157 et 158). (47) Suzanne de Bruc, femme de Jacques de Rougé, seigneur Du Plessis-Bellière. Pour justifier l'épithète de complaisante que nous lui avons donnée, il nous suffira de citer le passage suivant

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d'une lettre de Conrart : « J'ai ouï assurer de bonne part qu'on a trouvé une lettre d'elle à M. le Surintendant, la plus infame qui se puisse imaginer : ce qui est incroyable, quoique personne ne doute ici qu'elle soit vraie. — Je vous ai découvert, lui dit-elle, une fille qui ne vous coûtera que trente pistoles; et, si, vous la trouverez autant à votre goût que celles qui vous coûtent tant d'argent. » Je suis assuré du moins qu'elle était de la plupart de ses intrigues, nonobstant sa dévotion extérieure, ses simagrées et la hardiesse qu'elle avait de prétendre au gouvernement des enfans de France que le roi a donné si justement à madame de Montausier. » (Mémoires de V. Conrart publiés par M. de Monmerqué, p.257.) (48) Les Mémoires du temps, et entre autres ceux de Saint-Simon, de Bussy-Rabutin, et de Choisy; les lettres de madame de Sévigné, etc., etc., contiennent sur Fouquet un grand nombre des faits qui précèdent. M. Walckenaer, dans le cadre duquel cet épisode et tous ses détails rentraient nécessairement, en a tracé un tableau fort intéressant, auquel nous croyons devoir renvoyer nos lecteurs, Histoire de la Vie et des Ouvrages de La Fontaine, in-8°, 3e édition, pag. 75 et suivantes. (49) Grimarest, page 49, dit que ce ne fut pas M. de Soyecourt, mais une personne qu'il a des raisons pour ne pas nommer, qui dicta cette scène tout entière à Molière dans un jardin. Nous avons aussi nos raisons pour accorder plus de confiance à Ménage, auquel on doit la première version, qu'à Grimarest. (5o) Outre la comédie des Fâcheux, faite, apprise et jouée en | quinze jours, nous voyons encore Molière composer et faire jouer, en huit jours, l'Impromptu de Versailles, en cinq, l'Amour médecin. (51) La Monnaye, trompé probablement par ce bruit, dit, en parlant de Chapelle, dans la préface de son Recueil de pièces choisies tant en prose qu'en vers, La Haye, 1714; « C'est à lui qu'est due une grande partie de ce qu'ont de plus beau les comédies de Molière, qui le consultait sur tout ce qu'il faisait, et qui avait une déférence entière pour la justesse et la délicatesse de son goût. » Callières a adopté la même opinion (voir page ij de la préface des OEuvres de Chapelle et de Bachaumont, 1755.) On lit aussi dans

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