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la Vie de Molière, par Grimarest, pages 226 et 227, et dans le dictionnaire de Moréri, qu'à la suite d'un défi porté par Molière à Chapelle, celui-ci traita le sujet du Tartuffe dont Molière lui avait donné le plan, et que « une famille de Paris, jalouse avec justice de la réputation de Chapelle, se vantait de posséder l'original du Tartuffe, écrit et raturé de sa main. » Il n'est pas douteux que Molière sachant très-bien, par la scène des Fâcheux, à quoi s'en tenir sur le talent de Chapelle pour la comédie, ne lui aura pas proposé une sorte de cartel littéraire; il l'est encore moins qu'il n'aura nullement pu profiter de l'œuvre de son ami.

LIVRE SECOND.

(1) L'Histoire du Theâtre-Français des frères Parfait contient (t. XI, p. 323, 324 et 325) plusieurs passages d'auteurs contemporains, qui tous font l'éloge de la grace et des talens de la femme de Molière. On y voit « qu'elle avait la voix extrêmement jolie, qu'elle chantait avec un grand goût le français et l'italien, et que personne n'a mieux su se mettre à l'air de son visage par l'arrangement de sa coiffure, et plus noblement par l'ajustement de son habit; que La Grange et elle faisaient voir beaucoup de jugement dans leur récit ; et que leur jeu continuait encore lors même que leur rôle était fini; qu'ils n'étaient jamais inutiles sur le théâtre ; qu'ils jouaient presque aussi bien quand ils écoutaient que lorsqu'ils parlaient...; que si mademoiselle Molière retouchait quelquefois à ses cheveux, si elle raccommodait ses nœuds ou ses pierreries, ses petites façons cachaient une satire judicieuse et spirituelle; qu'elle entrait par là dans le ridicule des femmes qu'elle voulait jouer. » On lit aussi dans une Lettre sur la Vie et les ouvrages de Molière et sur les comédiens de son temps, insérée au Mercure, mai 174o, et attribuée à la femme de l'acteur Poisson, fille de Du Croisy, laquelle fit, comme son père, partie de la troupe de Molière, et joua d'original le rôle de l'une des Graces de Psyché : « Elle (mademoiselle Molière) avait la taille médiocre, mais un air engageant, quoique avec de très-petits yeux, une bouche fort grande et fort plate; mais faisant tout avec grace, jusqu'aux plus petites choses, quoiqu'elle se mît très-extraordinairement, et d'une manière presque toujours opposée à la mode du temps. » (2) Voici la teneur de leur acte de mariage, inscrit aux registres de Saint-Germain-l'Auxerrois : « Jean-Baptiste Poquelin, fils de sieur Jean Poquelin, et de feue Marie Cresé d'une part, et Armande-Gresinde Béjard, fille de feu Joseph Béjard, et de Marie Hervé, d'autre part, tous deux de cette paroisse, vis-à-vis le Palais-Royal, fiancés et mariés, tout ensemble, par permission de M. de Comtes, doyen de Notre-Dame et grand vicaire de monseigneur le cardinal de Retz, archevêque de Paris, en présence dudit Jean Poquelin, père du marié, et de André Boudet, beau-frère du marié, de ladite Marie Hervé, mère de la mariée, Louis Béjard et Madelaine Béjard, frère et sœur de ladite mariée. » Cet acte est signé J.-B. Poquelin (c'est Molière); J. Poquelin (c'est son père); Boudet (son beau-frère); Marie Hervé ; ArmandeGresinde Béjard ; Louis Béjard et Béjart, (Madelaine), sœur de la mariée. (Dissertation sur Molière, par M. Beffara, page 7.) Grimarest a prétendu que Molière, redoutant le dépit jaloux de Madelaine Béjart, lui cacha pendant neuf mois son mariage avec Armande, et que ce ne fut qu'au bout de ce temps qu'un éclat de la jeune personne étant venu révéler ce mystère, il put consommer cette union. C'est une fable grossière. On ne tint point ce mariage caché à Madelaine Béjart, puisqu'elle signa l'acte de mariage de sa S08UlI'. (3) « Il y avait eu vraisemblablement entre Madelaine Béjart et Molière une association pour l'administration du spectacle; car on trouve sur le registre de La Grange, sous les dates des 2o juillet, 3 et 17 août 1659, des sommes payées pour vieilles décorations et frais, à mademoiselle Béjart et à Molière.» (Dissertation sur Molière, par M. Beffara, page 21.) (4) Le comte du Broussin ne tint cette conduite que pour plaire au Commandeur. Molière ne lui en garda pas rancune ; car nous le verrons, en 1664, lire chez lui une partie du Misanthrope; mais Boileau, bien qu'il fréquentât ces deux seigneurs, dit en 1673, en parlant de Molière, dans son Épître VII :

L'ignorance et l'erreur à ses naissantes pièces

En habits de marquis , en robes de comtesses ,

1. Dans les actes qui concerment cette famille on trouve écrit, tantôt Béjart et tantôt Béjard .

Venaient pour diffamer son chef-d'œuvre nouveau,
Et secouaient la tête à l'endroit le plus beau.
Le commandeur voulait la scène plus exacte;

Le vicomte indigné sortait au second acte.

(5) « Le Portrait du Peintre ne fut pas imprimé tel qu'il avait été offert sur le théâtre. » ( OEuvres de Molière avec les remarques de Bret. Paris, 1773, tome II, page 576.) | Molière dit dans l'Impromptu de Versailles, en parlant de ses ennemis : « Je leur abandonne de bon cœur mes ouvrages, ma figure, mes gestes... pour en faire tout ce qu'il leur plaira... ; mais, en leur abandonnant tout cela, ils me doivent faire la grace de me laisser le reste, et de ne point toucher à des matières de la nature de celles sur lesquelles on m'a dit qu'ils m'attaquaient dans leurs comédies; c'est de quoi je prierai civilement cet honnête monsieur, qui se mêle d'écrire pour eux. »

Ces matières graves sont, selon les uns, ses principes religieux, que Boursault semblait vouloir incriminer à propos du sermon d'Arnolphe :

Votre ami , du sermon nous a fait la satire ;
Et , de quelque façon que le sens en soit pris ,

Pour ce que l'on respecte on n'a point de mépris.

D'autres pensent que c'était l'honneur marital de Molière, qui avait été attaqué dans un passage supprimé du Portrait du Peintre.

(6) Molière fait allusion dans les Fächeux, acte I, scène 1, aux convulsions de civilités que les gens de cour prodiguaient aux personnes qu'ils rencontraient. Il revient encore à ce ridicule usage dans sa tirade du premier acte du Misanthrope, acte I, scène 1 :

Non , je ne puis souffrir cette lâche méthode
Qu'affectent la plupart de nos gens à la mode, etc.

(7) L'anecdote suivante, empruntée au Bolœana, donnera la mesure de l'esprit du duc de la Feuillade, et de son amitié pour les hommes de talent :

« Le vieux duc de la Feuillade ayant rencontré M. Despréaux dans la galerie de Versailles, lui récita un sonnet de Charleval , adressé à une dame; et le sonnet finissait par ces vers :

Ne regardez point mon visage ;

Regardez seulement à ma tendre amitié.

« M. Despréaux lui dit qu'il n'y avait rien d'extraordinaire dans ce sonnet; que d'ailleurs il ne donnait pas une idée riante de son auteur, et que, même à la rigueur, la dernière pensée pourrait passer pour un jeu de mots. Là-dessus, le maréchal ayant aperçu madame la Dauphine qui passait par la galerie, s'élança vers la princesse, à laquelle il lut le sonnet, dans l'espace de temps qu'elle mit à traverser la galerie. « Voilà un beau sonnet, M. le maréchal, » ré pondit madame la Dauphine, qui ne l'avait peut-être pas écouté. Le maréchal accourut sur-le-champ pour rapporterà M. Despréaux le jugement de la princesse, en lui disant d'un air moqueur, qu'il était bien délicat de ne pas approuver un sonnet que le Roi avait trouvé bon, et dont la princesse avait confirmé l'approbation par son suffrage. « Je ne doute point, répliqua M. Despréaux, que le Roi ne soit très-expert à prendre des villes et à gagner des batailles; je doute encore aussi peu que madame la Dauphine ne soit une princesse pleine d'esprit et de lumière; mais, avec votre permission, M. le maréchal, je crois me connaître en vers aussi bien qu'eux. » Là-dessus, le maréchal accourut chez le Roi, et lui dit d'un air vif et impétueux : « Sire, n'admirez-vous pas l'insolence de Despréaux, qui dit se connaître mieux en vers que Votre Majesté?— Oh ! pour cela, répondit le Roi, je suis fâché d'être obligé de vous dire, M. le maréchal, que Despréaux a raison. »

(8) De Villiers dit au sujet de cette raillerie contre les marquis : « Il ne suffit pas de garder le respect que nous devons au demi-dieu qui nous gouverne; il faut épargner ceux qui ont le glorieux avantage de l'approcher, et ne pas se jouer de ceux qu'il honore de son estime. » (Lettre sur les affaires du Théâtre.) La Harpe a répondu à ce censeur : « Les raisonnemens de ce De Villiers * sont aussi forts que ses intentions sont loyales. Il veut que les personnages de co

I. La Harpe dit , au lieu de De Villiers , Le Visé, parce que d'après plusieurs

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