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tive scholastique, dans l'histoire, les lettres humaines et les lan

gues orientales, trois mille livres. Au sieur Chapelain, le plus grand poète français qui ait jamais

été et du plus solide jugement, trois mille livres. Au sieur abbé Cassagne, poète, orateur et savant en théologie,

quinze cents livres. Au sieur Perrault, habile en poésie et en belles-lettres, quinze

cents livres.
Au sieur Mézeray , historiographe, quatre mille livres .

I. Voici deux lettres peu connues, de Mézeray à Colbert , au sujet de cette pension exorbitante, qui donnent la mesure de l'indépendance des historiens du dix-septième siècle.

« Oserai-je vous réitérer, par cette seconde lettre, les mêmes prières que j'ai déjà pris la hardiesse de vous faire par ma première, dont voici les mêmes termes. Ce que m'a dit M. Perrault de votre part a été un terrible coup de foudre qui m'a rendu tout-à-fait immobile, et qui m'a ôté tout sentiment; hormis celui de vous avoir déplu. Ma seule espérance est, Monseigneur, que Dieu vous ayant rendu la santé, vous ne me défendrez pas aujourd'hui de prendre part à la réjouissance publique; et que, pendant cette satisfaction universelle des gens de bien, vous ne voudrez pas que je sois le seul qui demeure dans une tristesse mortelle. Permettez-moi donc , s'il vous plaît , monseigneur, dans cette heureuse conjoncture, d'implorer le secours de votre généreuse bonté ; je la supplie très - humblement d'intercéder pour moi auprès de vous, et de m'obtenir ma grace, que je vous demande avec une entière soumission et un profond respect. Je ne prétends point, Monseigneur, justifier mes manquemens autrement qu'en les réparant, et en justifiant la rectitude de mes intentions par une prompte et sincère obéissance ; ce qui me sera d'autant plus facile, qu'une seconde édition de mon ouvrage étant augmentée de plus de trois cents articles, et d'un grand nombre de choses aussi utiles que rares et curieuses, effacera et anéantira bientôt la première : ear, comme le savent ceux qui entendent le commerce des livres , c'est une expérience infaillible, que les impressions postérieures, quand elles se font du vivant des auteurs et qu'elles sont plus amples et plus correctes, font périr tout-à-fait les précédentes, en sorte qu'on n'en tient plus compte et que même on n'en voit plus du tout. C'est dans cette disposition, Monseigneur, que j'ai prié M. Perrault de vous assurer que je suis prét à passer l'éponge sur tous les endroits que vous jugerez dignes de censure dans mon livre, et de vous protester en même temps que je veux employer tous mes efforts et si peu de talens que Dieu m'a

donné pour faire connaître à toute la terre que vous n'avez jamais fait de créa

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Racine n'était encore connu, à cette époque, que par quélques poésies assez faibles, qui justifient la modicité de sa pension ; mais rien ne saurait justifier l'exiguité ridicule de celle de Molière et

ture qui soit à vous par un attachement plus véritable, ni qui puisse avoir plus de passion pour tout ce qui vous touche qu'en aura , jusqu'au dernier soupir de

sa vie , etc...

Ce dernier de janvier 1669.
MÉzERAY.

AUTRE LETTRE.

« Je vous rends très-humbles graces de l'ordonnance de deux mille livres qu'il vous a plu de m'envoyer. Je l'ai reçue avec le même respect et avec la même reconnaissance que si elle eût été entière et telle que feu Monseigneur le Cardinal me l'avait obtenue du Roi, et que vous-même, Monseigneur, aviez eu la bonté de me la faire continuer durant plusieurs années ; mais je vous avouerai franchement, Monseigneur, que j'ai sujet de craindre qu'on ne m'ait encore imputé quelque nouvelle faute, et que ce retranchement n'en soit une punition. Si j'en pouvais avoir connaissance, je me mettrais en devoir ou de m'en justifier ou de la réparer selon vos ordres. Je m'examine , pour cet effet , à la dernière rigueur ; je cherche jusqu'au fond de mon ame, et ma conscience ne me reproche rien.Je travaille, Monseigneur, selon vos intentions et selon les règles que vous m'avez prescrites. Je porte mes feuilles à M. Perrault , j'avance le travail autant qu'il m'est possible. Ainsi , Monseigneur, je ne puis trouver d'autre cause de ma diminution que mon peu de mérite ; mais la générosité du plus grand des rois et la faveur de votre protection peuvent bien encore suppléer à ce défaut comme elles y ont suppléé jusqu'à l'année présente. C'est avec cette espérance, Monseigneur, que je prends la hardiesse d'avoir recours à votre bonté, toujours si favorable aux gens de lettres et aux créatures de feu Monseigneur le Cardinal, dont la mémoire vous est si chère. Ne retranchez pas, s'il vous plaît, une partie de vos graces à une personne qui perdrait plutôt la vie, que de rien diminuer du zèle qu'il a pour votre service, et de l'attachement inviolable

avec lequel il fait gloire d'être, etc.

De Paris, ce 16 mars 1672.

MÉzERAv, historiographe. »

« On trouva à l'inventaire de Mézeray un sac de mille francs en argent blanc avec cette étiquette : C'est ici le dernier argent que j'ai reçu du Roi. Aussi depuis ce temps n'ai-je jamais dit de bien de lui. » (Pièces intéressantes et peu connues (par de La Place), t. III, p. 223.)

les éloges emphatiques donnés à Chapelain. Ce qui explique du moins toutes ces bizarreries, c'est que ce fut l'auteur de la Pucelle lui-même qu'on chargea de dresser cette liste.Aussi lisait-on dans les premières éditions de la Satire I de Boileau, ces vers qu'il en a retranchés depuis :

- - • • • - Je ne saurais, pour faire un juste gain,
Aller, bas et rampant, fléchir sous Chapelain.
Cependant , pour flatter ce rimeur tutélaire ,
Le frère, en un besoin, va renier son frère,
Et Phébus en personne y donnant la leçon,
Gagnerait moins ici qu'au métier de maçon ;
Ou , pour être couché sur la liste nouvelle,
S'en irait chez Bilaine, admirer la Pucelle.

(14) L'Impromptu de Versailles avait été représenté à la cour le 14 octobre, et au théâtre du Palais-Royal le 4 novembre 1663. Cette requête suivit de près l'une ou l'autre de ces représentations ; car Racine en parle dans une lettre que nous aurons occasion de citer tout à l'heure, adressée par lui à M. Levasseur, au mois de décembre 1663. Petitot a omis de rapprocher ces dates, quand il a dit que cette requête était l'ouvrage des faux dévots, irrités contre lui à cause du Tartuffe. Trois actes seulement de cette comédie furent, pour la première fois, représentés à Versailles, le 12 mai 1664 ; c'est-à-dire six mois au moins après la requête. (15)Voici cet acte de décès, inscrit aux registres des convois de la paroisse de Saint-Sulpice, pour l'année 17oo, f° 41 : « Ledit jour, 2 décembre 17oo, a été fait le convoi, service et enterrement de damoiselle Armande-Grezinde-Claire-Élisabeth Béjart, femme de M. François-Isaac Guérin, officier du Roi, âgée de cinquante-cinq ans, décédée le dernier jour de novembre de la présente année, dans sa maison, rue de Touraine. Et ont assisté audit convoi, service et enterrement, Nicolas Guérin, fils de ladite défunte, François Mignot, neveu de ladite défunte, et M. Jacques Raisin, officier du Roi et ami de ladite défunte, qui ont signé, Guérin, François Mignot et Jacques Raisin. » (16) Les premiers écrivains qui ont donné des détails biogra

phiques sur Molière et sur sa femme, ont tous présenté celle-ci comme fille de Madelaine Béjart et du comte de Modène. L'inexactitude reconnue de leurs autres assertions pouvait faire douter du fondement de celle-ci, quand, en 182 1, M. Beffara publia dans sa Dissertation sur Molière l'acte de naissance de la fille de la Béjart et du comte de Modène, constatant qu'elle est née en 1638, et a reçu le nom de Françoise", tandis que, suivant l'acte de mariage de Molière, sa femme se nommait Armande-Gresinde-Claire-Élisabeth, était née en 1645, et avait pour père et mère Joseph Béjart et Marie Hervé, sa femme*. L'acte de décès de la veuve de Molière, rapporté dans la note précédente, prouve également qu'eile est née en 1645. Grimarest, Voltaire et les autres biographes se sont donc trompés sur le nom, l'âge et la filiation de la femme, comme sur l'époque et le lieu de la naissance du mari et sur le nom de sa mère. Un littérateur dont le talent et le caractère inspirent également l'estime et le respect, M. le marquis de Fortia d'Urban a, dans trois Dissertations publiées successivement, pris la défense de la tradition, si souvent en défaut, contre l'imposante autorité d'actes au. thentiques. Il était impossible de tirer plus de parti d'une cause aussi faible. Nous renvoyons les lecteurs, qui voudraient être à même de prononcer dans ce débat, aux trois Dissertations que M. le marquis de Fortia a publiées sur ce sujet (1821, 1824 et 1825), et à la Lettre que nous lui avons adressée, imprimée 4I. « On trouye dans les registres de naissance de la paroisse de Saint-Eustache, sous la date du dimanche 11 juillet 1638, un acte de baptême de Françoise, née du samedi 3 dudit mois; fille de messire Esprit de Raymond, chevalier seigneur de Modène et autres lieux, chambellan des affaires de MoNsEIGNEUR , frère unique du Roi ; et de damoiselle Madeleine Béjard, sa mère, demeurant rue Saint-Honoré; le parrain, Jean-Baptiste de l'Hermite, écuyer, sieur de Vauselle, tenant lieu de messire Gaston-Jean-Baptiste de Raymond, aussi chevalier, seigneur de Modène ; la marraine, damoiselle Marie Hervé, femme de Joseph Béjard, écuyer. » En marge de cet acte est écrit : Françoise, illégitime. (Dissertation sur Molière, par M. Beffara, p. 13.) 2. Voir l'acte de mariage, Note 2 de ce livre.

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en 1824; mais ce sera leur épargner un examen fastidieux que de
les prévenir que M. Auger, qui avait été choisi pour arbitre, ayant
pesé les argumens des parties, a cru devoir donner ses conclusions
en notre faveur.(Voir p. 88 et suiv. du Discours sur la comédie et rie
de Molière, en tête du tome I de l'édition des OEuvres de Molière,
avec un commentaire par M. Auger.)
(17) Voici l'acte de baptême du filleul de Louis XIV et de ma-
dame Henriette d'Orléans, relevé sur les registres de Saint-Ger-
main-l'Auxerrois :
« Du jeudi, 28 février 1664, fut baptisé Louis, fils de M. Jean-
Baptiste Molière, valet-de-chambre du Roi, et de damoiselle
Armande - Gresinde Béjart, sa femme, vis-à-vis le Palais-Royal;
le parrain haut et puissant seigneur, messire Charles, duc de
Créquy, premier gentilhomme de la chambre du Roi, ambassa-
deur à Rome, tenant pour Louis quatorzième, roi de France et
de Navarre; la marraine, dame Colombe le Charron, épouse de
messire César de Choiseul, maréchal du Plessy, tenante pour ma-
dame Henriette d'Angleterre, duchesse d'Orléans. L'enfant est né
le 19 janvier audit an. » Signé Colombet.
Cet enfant mourut avant son père. ' .
(18) Dans les premiers temps de la passion du Roi pour made-
moiselle de la Vallière, « Belloc composa plusieurs récits qu'on
mêlait à des danses, tantôt chez la Reine, tantôt chez MADAME ;
et ces récits exprimaient avec mystère le secret de leurs cœurs,
qui cessâ bientôt d'être un secret. » (VoLTAIRE, Siècle de Louis XIV,
édition de Lequien, t.XX, pag. 144).
(19) M. de Sevelinges, auteur de l'article Lulli, de la Biographie
universelle, prétend que Lulli n'eût jamais osé faire une semblable
réponse à M. de Louvois.Lorsque ce littérateur a révoqué ce fait
en doute, il n'avait probablement pas présente à la mémoire la
plaisanterie que Lulli se permit à l'égard du Roi lui-même. Il avait
été chargé à la cour de diriger un divertissement. L'heure indiquée
pour le léver du rideau était passée depuis long-temps, et le spec-
tacle ne commençait pas. Le Roi, ennuyé de ce retard, avait déjà
envoyé dire à Lulli de faire commencer; mais ses ordres demeu-

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