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(12) On lit dans les Mémoires secrets de Bachaumont, à la date du 25 août 1769 :

« L'Académie Française a tenu, suivant l'usage, sa séance publique pour la distribution des prix. L'affluence augmente de jour en jour à ces assemblées, et dès deux heures la salle était garnie. Les dames paraissaient s'y plaire; elles y étaient venues en grande quantité. Quand Messieurs sont entrés pour se mettre en place, on a été surpris de voir siéger parmi eux un abbé qu'on ne connaissait pas ; M. Duclos, secrétaire de la compagnie, a éclairci l'embarras général en annonçant que M. l'abbé était un Poquelin, petit neveu de Molière. Tout le monde a applaudi à cette distinction par des battemens de mains multipliés. Ensuite M. l'abbé de Boismont, directeur, après avoir fait une espèce d'amende honorable à Molière au nom de l'Académie, qui, le comptant parmi ses maîtres, le voyait toujours avec une douleur amère omis entre ses m mbres, a déclaré que pour réparer cet outrage autant qu'il était en elle, elle avait proposé son éloge au concours des jeunes candidats; que M. de Chamfort avait mérité le prix; que trois autres pièces avaient fait regretter aux juges ne n'avoir qu'un prix à donner, et qu'une quatrième avait approché de très-près celles-ci. M. Duclos a cru devoir ajouter son mot, en disant qu'on ignorait les auteurs des accessit, mais qu'on les invitait à faire imprimer leurs pièces, pour que les connaisseurs pussent juger, approuver l'arrêt de l'Académie ou le casser. Il a ajouté modestement : Nous nous croyons plus forts qu'un particulier; mais le public est plus fort que nous. » | - Bret et les Mémoires de Bachaumont donnent à cet abbé La Fosse (et non Poquelin) la qualité de petit-neveu de Molière; d'après les notes généalogiques de M. Beffara sur lui et le conseiller Poquelin, ils ne pouvaient être l'un et l'autre que ses arrière-cousins.

Cette séance fit naître l'épigramme suivante :

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Notre Pope a beau te vanter, Messieurs de l'Encyclopédie Dédaigneront de l'écouter ; La troupe comique t'oublie, Monsieur Rochon croit t'imiter ; Monsieur Beaumarchais t'injurie ; Monsieur Bret veut te commenter, Et , pour te mieux décréditer, On te loue à l'Académie. (Choix d'épigrammes, Paris, Colnet, an IX.) Nous ne suivrons point pas à pas les différentes descendances des frères et sœurs de Molière pour savoir s'il peut exister encore des Poquelin ou si cette famille est éteinte. Comme quelques-uns d'entre eux eurent un grand nombre d'enfans, notamment son second frère, Jean, qui vit sa femme le rendre seize fois père, cette espèce d'inventaire des collatéraux de notre auteur serait aussi fastidieuse pour le lecteur que pour nous. Nous nous bornerons à faire observer que le conseiller référendaire, Poquelin, dont nous venons de parler dans notre texte, mort à Ivry, près Paris, le 11 mai 1772, âgé d'environ 84 ans, ne laissant pas de postérité, ses collatéraux étaient appelés à recueillir sa succession. On n'en voit que deux du nom de Poquelin dans l'inventaire fait après son décès par M° Gobert, notaire à Paris, le 18 mai 1772. L'une y figure comme seule héritière : Marie Pocquelin, épouse de M. PaulAndré Vérany de Varenne, avocat (née en 1699, elle mourut le 26 mai 1787); et l'autre y est portée comme créancière : c'était vraisemblablement Marguerite Lambert veuve de Charles Thomas Poquelin, ci-devant officieraurégiment de Beaujolais, mort en 1771. (Wate manuscrite de M. Beffara.) (13) Molière fut inhumé au cimetière de Saint-Joseph, le 21 février 1673. La Grange dit dans son Registre de la comédie qu'il lui fut élevé une tombe d'un pied hors de terre; mais il n'indique pas à quel endroit. D'Olivet dit dans son Histoire de l'Académie Française, imprimée en 1729 et 173o, tom. II, p. 313, que La Fontaine avait été enterré auprès de Molière. La tradition d'après laquelle il avançait ce fait

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désignait le pied du crucifix, sis ordinairement au milieu des cime-
tières, comme le lieu où reposait le fabuliste et, par conséquent,
son ami.
En 1732, Titon du Tillet (voir ci-dessus pag. 3o7), dit qu'un
ancien chapelain lui avait assuré que Molière n'avait pas été inhumé
sous sa tombe, mais dans un endroit plus éloigné attenant à la maison
du chapelain. -
Les administrateurs de la Section de Molière et de La Fontaine
s'embarrassant peu de ces contradictions, allèrent sans hésiter dé-
terrer les ossemens d'une fosse sise près les murs d'une petite maison
située à l'extrémité du cimetière, comme devant être ceux de Molière
d'après les historiens contemporains et la tradition non suspecte. LEs HIs-
ToRIENs coNTEMPoRAINs se réduisent à Titon du Tillet qui écri-
vait cinquante-meuf ans après l'enterrement de Molière, et LA TRA-
DITIoN NoN sUsPECTE au récit d'une seule personne diamétralement
opposé à la version de d'Olivet, et à celle de La Grange.
Quant à La Fontaine, son acte de décès porte qu'il fut enterré
au cimetière des Innocens, et c'est d'après des autorités égale-
ment imposantes qu'au mépris de cet acte on prétendit devoir
chercher ses restes à Saint-Joseph.
Les procès-verbaux de ces fouilles, dont nous avons copie sous
les yeux, sont remplis de il parait que, et de peut-être, qui dénotent
la légèreté avec laquelle on procéda à ces opérations.
(14) Épitaphe de Molière gravée sur l'une des faces de son
tombeau :

ossa J.-B. POQUELIN MOLIÈRE, Parisini, comœdie
Principis, huc translata et condita. A. S. 1817.
Curante urbis prœfecto comite Guil. Chabrol
De Volvic. Obiit anno S. 1673, œtatis 57.

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· DE MoLIÈRE.

Nous avons pensé que pour que l'Histoire de la Vie et des Ouvrages de Molière fût véritablement complète, il fallait la faire suivre d'un tableau qui mît à même de comparer les attaques et les apologies dont cette vie, dont ces ouvrages ont été l'objet; c'est-à-dire, les efforts impuissans de l'envie, et la défense d'une légitime admiration.

Nous n'avons pas dû songer à recourir, dans les divers récueils du temps et dans ceux de nos jours, après les madrigaux dont le génie de l'auteur du Misanthrope et du Tartuffe n'a pu le mettre à l'abri. Un grand nombre de numéros de journaux littéraires renferment également des . jugemens et des détails sur Molière : depuis De Vizé jusqu'au successeur de Geoffroy, combien de fois n'a-t-il pas été traduit à la barre de la critique quotidienne. On ne s'attend pas davantage à voir figurer dans la notice que nous donnons ici l'indication de tous ces jugemens. On composerait un gros volume de la seule mention de tous les articles de la Gazette de France, du Mercure, de la Muse Dauphine, de la Gazette de Loret, de celle de Du Laurens et des feuilles modernes consacrés à ce seul auteur, ainsi que des appréciations qui en ont été faites dans tous les Cours de littérature, et dans toutes les Biographies. Mais tout morceau publié séparément, ou tout autre offrant à lui seul un ensemble complet, bien qu'il fût compris dans des Mélanges, devait y trouver place. Quelques-uns sans doute

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