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vier, dans le Journal des Débats, que le gouvernement venoit de faire partir pour la citadelle les docteurs Orfila et Auvity. M. Hennequin, que Madame avoit désigné pour son défenseur, s'est empressé le même jour de publier une énergique protestation que nous insérons ici :

PROTESTATION.

« La nouvelle qui se répand en ce moment dans Paris porte la douleur et l'effroi dans tous les cæurs français; MADAME est atteiple d'un mal, grave sans doute, puisque le ministère provoque et précipite le départ de deux médecins célèbres. MADAME, contrainte d'échanger, tout à coup, les égards et les empressemelis d'une hospitalité respectueuse, contre les entraves et les outrages de la prison; Madame, qu'environne une atmosphère insalubre, éveille, excite toutes les sollicitudes. Il est évident pour lous que les efforts de la science ne contrebalanceront pas l'action incessante et délétère de la captivité.

» A côté de cette nécessité politique, de cette divinité de la peur, encensée naguère dans le sein de la chambre élective, il est une autre nécessité que

l'humanité proclame, et que le droit des gens revendique, c'est celle de ne pas laisser périr une jeune femme, une jeune mère, une princesse qui n'associa sa vie à celle d'un fils de France que sous la foi de nos institutions.

» Je suis peu de chose; mais je puise ma force dans la confiance dont MADAME a daigné m'honorer. N'est-ce pas de moi que Son Altesse Royale a dit, au moment du départ pour Blaye : « Je compte sur lui au besoin ? » Hé bien ! dans ma pensée, le moment est arrivé, et dussé-je exciter les inimitiés les plus redoutables, dùt cette démarche devenir, plus tard, un titre à la proscription, moi, AntoineLouis-Marie Hennequin, maintenu par la volonté des ministres, en dehors de toute relation avec l'auguste prisonnière; ne prenant couseil que de moi-même et des dangers qui menacent en ce moment sa vie, j'interpelle le pouvoir, je le somme, et s'il le veut, en mon privé nom , je le supplie de faire cesser promptement une captivité qui fut toujours arbitraire et qui commence à devenir homi- : cide. Que le pouvoir y prenne garde : s'il hésite, il acceple une responsabilité terrible, et s'expose à devenir l'horreur de l'univers et de la postérité. Fait à Paris, le 23 janvier 1833.

HENNEQUIN , avocat à la cour royale de Paris,

el membre de la Légion-d'Honneur. » La copie manuscrite de cette protestation, déposée au ministère de l'intérieur, éloit accompagnée de la lettre suivante :

« Monsieur le ministre, vous n'avez pas cru devoir m'excepter des mesures générales arrêtées en conseil et qui ont placé S. A. R. Madame dans un isolement absolu: Je ne m'exposerai pas à de nouveaux refus; mais j'ai l'honneur de mettre sous vos yeux une protestation que je fais insérer dans tous les journaux. J'ai l'honneur, etc.

HENNEQUIN. »
Paris, 23 janvier 1833.

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Les manifestations de dévoûment à madame la duchesse de Berry ne se raJentissent point. Dans toutes les localités du royaume, des voix se font entendre en sa faveur. Nous regrettons de ne pouvoir citer les zombreuses communes où il s'est encore signé des protestations et des adresses collectives. Nous mentionnerons seulement les villes d'Autun, Mamers, Thouars (Deux-Sèvres), La Ferté-Bernard , La Ferté-Macé (Orne), Viviers, Largentière (Ardèche), La Polherie (Maine-etLoire), Martres (Haute-Garonne), Concarneau (Finistère). Les dames de La Rochelle, de Moissac, d'Uzès et d'Autun, ont aussi signé des adresses à Madame. Des habitans du département de l'Allier ont fait une protestation collective. Ceux de Castelnaudary et de Limous ont adressé de nouvelles pétitions aux chambres en faveur de S. A. R.

Il seroit bien difficile de savoir au juste ce que les doctes de la révolution de juillet exigent des Bourbons de la branche aînée. Une princesse de cette famille a voulu essayer de revoir la France. Vous savez de quelle manière le gouvernement du Roi son oncle a pris la chose. Hé bien ! cependant, le contraire de cela déplait aussi aux casuistes de la révolution de juillet. C'est ce qui résulte de la manière dont M. le procureur-général Dupin s'est exprimé dans une occasion récente, devant la cour de cassation. En portant la parole contre M. Baudoin, conseiller à la cour royale de Rennes, el signataire d'une adresse en faveur de madame la duchesse de Berry, il a mis une sorte d'affectation à rappeler que les miles de la branche aînée, dans des circonstances bien autrement favorables à leur cause, n'ont jamais osé en faire autant que cette foible femme. On se demande, d'après cela, si, aux yeux de M. Dupin, ce sont les mâles de la branche aînée ou la foible femme qu'il faut inculper. Il nous semble que le blâme et les reproches de M. le procureur-général tombent ici sur les premiers, pour n'avoir pas osé, dans des circonstances bien autrement favorables à leur cause, ce que l'héroïque mère du duc de Bordeaux a osé dans des circonstances moins favorables à la sienne. Il est possible que M. Dupin n'ait voulu que railler le courage des autres princes ; mais, pour les dénigrer, il a été forcé de rendre hommage au caractère de madame la duchesse de Berry. S'ils ont eu tort, selon lui, eHe a donc raison ? S'il accuse les uns d'avoir manqué de cæur, il doit donc excuser l'autre de n'en avoir pas manqué? Qu'il choisisse ; mais, qu'après cela, il nous dise franchement qui a raison.

Un des journaux du ministère annonce que loift va maintenant le mieux du monde dans la chambre des députés, et qu'à très-peu d'exceptions près, tous les sentimens y sont devenus monarchiques. Il ne reste plus qu'à savoir de quels sentimens monarchiques ce journal entend parler; car il y en a de deux espèces en France : les uns datent de quatorze siècles, les autres de trenle mois. Comme personne n'a jamais douté que ce dernier sentiment monarchique ne dût se trouver dans la chambre des députés, puisque c'est elle qui l'a créé, il conviendroit de s'expliquer un peu sur la nature du changement qu'on dit s'être opéré en elle; car, pour devenir autre chose que ce qu'elle étuit en fait de sentimens monarchiques, il faudroit que son sentiment monarchique de juillet s'en fût allé. Comnc ce n'est pas là probablement ce qu'on veut vous dire, alors nous ne comprenons rien à ce qu'on nous annonce sur les sentimens monarchiques de la chambre des députés.

- Nous convenons sans difficulté que la restauration a fait grâce à un grand nombre d'ennemis qui ne valoient pas le maréchal Ney. Mais ce n'est point one raison pour que les journaux révolutionnaires trouvent són procès plus indigue et plus regrettable que celui de Louis XVI. Outre qu'il n'y a poivt de comparaisou à établir entre le caractère sacré de l'un et la personne de l'autre, il n'a été besoin de violer aucune loi de l'Etat pour juger le maréchal Ney; au lieu qu'il a fallu les violer toutes pour juger Louis XVI. Ce qui rend les disputes si difficiles el si interminables sur ces choses-là, c'est qu'en révolution rien ne se décide par la logique. Tout est haine ou affection. Ceux qui ont de l'affection pour les doctrines de 93 et pour la Convention nationale trouvent que Louis XVI a été bien jugé. Ceux qui détestent la restauration et la pairie trouvent que le maréchal Ney a été indignement assassiné. Dans ce temps de passions et de vertiges , n'attendez rien de plus en fait de raisonnemens.

Ce que la révolution de juillet à mis d'élémens de désordre est incalculable. C'est elle qui a fait l'état actuel de la Belgique et de la Hollande , de la Pologne, de l'Italie, de l'Angleierre et de l'Irlande, du Brésil et du Portugal. Encore a-t-il fallu qu'on l'ait retenue et bridée court pour cela. Si on l'avoit laissé aller à sa guise , jugez ! Il ne lui a fallu que trois jours pour opérer ce vaste ébranlement. Cinquante années ne suffiront peut-être pas maintenant pour y remédier. Et voilà ce qu'on veut que nous admirions comme glorieux d'abord, et ensuite comme heureux. Pour glorieux, tant qu'on voudra ; mais comme heureux , en vérité, nou.

Quelques mouvemens viennent d'avoir lieu parmi les préfets. La préfecture du département de la Gironde, dans lequel se trouve madame la duchesse de Berry, est retirée à M. de Preissac, qui passe au Pas-de-Calais, et donnée à M. de Lacoste, préfet du Gard; celui-ci est remplacé par M. Rivet , préfet de la HauteMarne. MM. Delamarre, Brun, Decourt et Ymbert de Montruffet , sous-préfets de Clamecy, Bazas, Béthune et Marvejols, deviennent préfets du Cautal, de Lol. et-Garonne, du Lot et de la Haute-Loire.

Le collége électoral de Condom (Cers), et ceux du 3e et 4 arrondissemens du département de l'Aisne à St-Quentin , sont convoqués pour le 14 février à l'effet d'élire chacun un département en remplacenient de MM. Dufour-de- Nelle, Nyay et Gavarret, démissionnaires.

M. de Schonen, liquidateur de l'ancienue liste civile, avoit assigné l'admi. nistration de la Quotidienne à payer les arrérages de deux actions qu'il prélendoit avoir appartenu à Charles X, bien qu'elles fussent au noin de M. de Valdéné. MM. de Brian , gérant, et de Levino, caissier du journal, dont les juges avoient ordonné l'interrogatoire sur faits el articles, sont convenus à l'audience que ces actions avoient appartenu au prince depuis 1822, mais ils ont sontenu que, quelque remps avant la révolution, le Roi les avoit données à M. Albert de Sauvigny, qui en est aujourd'hui le véritable propriétaire. Le tribunal a déclaré M. de Schce nen non recevable dans sa demande et la condamné au dépens, attendu que les deux actions de la Quotidienne sont devenues la propriété de l'Etat à son avènement au trône. Le directeur-général des domaines, qui étoit intervenu pour ce cas, a été débouté, parce qu'il ne s'étoit pas pourvu par action principale.

– L'arrêt de la cour royale, dans l'affaire du coup de pistolet , n'est pas encore définitivement rédigé. Il ne sera connu que dans quelques jours. On assure que, s'il y a renvoi devant la cour d'assises, l'affaire sera soumise au jury dans la première quinzaine de février, sous la présidence de M. Duboys (d'Anger).

M. Carpentier, ancien libraire, avoit porté plainte contre le gérant de la Tribune, dans laquelle son nom a été accolé avec les plus outrageantes épithètes, à celui de M. Chaltas, agent du duc de Brunswick. Le journaliste a été condamné à payer au plaignant 300 fr. de dommages-intérêts.

M. Philippon , direcleur de la Caricature et du Charivari, détenu depuis près de deux ans, avoit obtenu d'ètre transféré dans une maison de santé. Il n'avoit plus que 14 jours de détention à subir, lorsqu'on l'a enlevé le 22 pour le reconduire à Sle-Pélagie, où il va achever sa peine. Un journal demande si celte rigueur n'est pas due au dessein publié par M. Philippon dans le Charivari dn 21 janvier, représentant Philippe-Égalité à la tribune de la Conventiun , au moment où il vote la mort de Louis XVI.

On avoit altribué à M. de Peyronnet les détails ridicules donnés sur la vie privée de MM. de Polignac et de Chantelauze à la prison de Ham, dans l'ouvrage des Cent-et-Un, et l'on en avoit conclu qu'un dissentiment s'éloit manifesté entre les prisonniers. M. de Peyronnet vient d'écrire à la Quotidienne que ce n'est pas par lui que les délails dont il s'agit ont été donnés au libraire Ladvocat, an profit de qui se publie l'ouvrage des Cent-et-Un.

La commission des attributions départementales a nommé M. de La Pinsonnière pour son rapporteur.

M. Odilon-Barrot est nommé, comme l'année dernière, rapporteur de la proposition pour le rétablissement du divorce.

Le rapport du budget de l'instruction publique sera fait par M. Gillon.

Le ministre des affaires étrangères a expédié le 23 un courrier extraordinaire pour Constantinople. Le 6° régiment de dragons, depuis deux ans en garnison à Paris, avoit

reçu du ministre l'ordre de se rendre en garnison à Tours; trois escadrons éloient déjà partis pour Arpajon, lorsqu'un ordre inopiné vint les faire rétrograder et rentrer Jans Paris. Officiers et soldats ne savoient à quoi atıribuer ce contre-ordre, lorsqu'arrivés à Paris, ils ont su qu'on leur faisoit ainsi rebrousser chemin pour assister, à la revue de Louis-Philippe.

- L'exposition des tableaux, gravures et sculplures, au Musée du Lonvre, est définitivement fixée au i pars prochain.

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- La contusion que le ministre de la guerre a reçue à la jambe a plus de gravité que n'en comportent ordinairement les accidens de ce genre, et dans la journée du 22, il a été nécessaire de faire une opération chirurgicale. La gu érison de M. le maréchal sera plus retardée qu'on ne l'avoit annoncé.

- Des journaux annoncent que M. Grinchard, ancien curé d'Arpajon ( Seineel-Oise ), qui a fondé en celle commune un établissement pour les malades et un pour l'enseignement primaire, vient de recevoir la crois de la Légion-d'Honneur,

- M. Roux-Carbonnel, administrateur des hospices de Nimes, a été suspendu de ces furelions, pour avoir signé une protestation et participé à une souscription en faveur de madame la duchesse de Berry.

- Une adresse à mada me la duchesse de Berry ayant été signée dernièrement à Thouars ( Deux - Sèvres ), le procureur du Roi, qui fut informé de celle demonstration, fit mettre toute la police sur pied pour se saisir de celte pièce séditieuse. Il s'est même permis des visites domiciliaires.

Dans différentes villes teles que Moulins, Clermond-Ferrand, etc., un grand nombre de personnes ont fait dire, le a1 janvier, des messes de Requiem pour Louis XVI et Marie-Antoinetle.

– Un incendie a éclaté avec violence dans la soirée du 17, à Moyencourt, canton de Poix (Somme). En une demi-heure, viugt - deux maisons ont été la proie des flammes. MM. les curés de Moyencourt, de Courcelles et de Croixrault ont rivalisé de zèle et de courage dans celle malheureuse circonstance.

- II est arrivé en 1832, dans le port de Marseille, 7440 navires, dont 316 au long-cours, 1489 au grand cabotage, 5544 au petit çabotage, 74 båtimens de guerre françois , 7 id. étrangers. Il a été expédié dans la même année 6975 navires et 3982 passagers. Ces chiffres sont supérieurs à 1831, mais inférieurs, quant aux arrivées , à l'année 1830.

L'amiral Roussin, ambassadeur à Constantinople, s'est rendu le 19 à bord de la Galathée, pour se rendre sur-le-champ à son poste.

M. de Lesseps, consul-général de France à Tunis, est mort dernièrement à son poste. Il est remplacé provisoirement par M. Alex. Deval.

- Un des bâtimens de la station du Levant, la Truite, capitaine Tassain, a fait naufrage, par suite de mauvais temps, le 13 décembre, auprès de l'ile Longue, en se rendant de Nauplie à Smyrne. Les efforts extraordinaires de l'équipage, pour prévenir ce désastre, ont été inutiles. Les hommes qui montoient ce bâtiment sont parvenus à se sauver. Une embarcation du brick l'Acteon a péri en même temps avec les dix marins qui s'y trouvoient.

A la réunion de Guidhall, provoqué par le lord - maire de Londres, comptoit 2,500 personnes de la Cité. Le lord-maire et M. Hunt ont paru à la tribune. On est convenu d'adresser différeutes pétitions au parlement.

La marine anglaise compte en ce moment, non compris 20 bâtimens à vapeur, 574 bâtimens de guerre, dont 14 vaisseaux de 120 canons, 5 de 110,

on

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